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Une seconde femme va témoigner contre le rabbin Zvi Tau pour viol

La police a chargé une équipe spéciale pour enquêter suite aux multiples allégations d'abus sexuels contre l'éminent rabbin ultra-conservateur

Dorit, l'une des deux femmes qui accusent le rabbin Zvi Tau de viol, le 13 novembre 2022. (Capture d'écran Treizième chaîne / Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Dorit, l'une des deux femmes qui accusent le rabbin Zvi Tau de viol, le 13 novembre 2022. (Capture d'écran Treizième chaîne / Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)

La police israélienne va recueillir la déposition d’une deuxième femme qui affirme que le rabbin Zvi Tau l’a violée il y a plusieurs dizaines d’années, dans le but de renforcer les allégations contre le chef religieux aux multiples liens avec le monde politique..

La deuxième femme, qui n’a été nommée dans les médias que sous le nom de Dorit, devrait s’entretenir avec les enquêteurs mardi. Bien que l’incident présumé se soit produit il y a trop longtemps pour faire l’objet de poursuites, son témoignage pourrait contribuer à étayer celui d’une autre femme qui accuse également Tau d’agression sexuelle.

Plusieurs femmes ont accusé Tau d’abus sexuels et de viols depuis des décennies, mais seulement deux se sont publiquement exprimées jusqu’à présent.

Tau dirige l’influente yeshiva Har Hamor à Jérusalem et est le chef spirituel de la faction politique ultra-conservatrice Noam, qui a remporté un siège à la prochaine Knesset.

La police a d’abord demandé à Dorit de se rendre au poste de police de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, qui est chargé de l’affaire. À sa demande, ils ont accepté de la rencontrer dans un commissariat plus proche de son domicile, dans le nord de la Cisjordanie,

La première plaignante, Nechama Téena, a fait une déclaration publique il y a plusieurs mois, mais ses allégations ont été largement ignorées à l’époque par la police et les médias.

Selon la police, Téena est actuellement la seule accusatrice à avoir déposé une plainte officielle auprès de la police. D’autres ont parlé aux médias, sous couvert d’anonymat, ou se sont tournées vers des responsables rabbiniques au sujet de leurs accusations.

Nehama Téeena parlant à la Douzième chaîne des allégations selon lesquelles Zvi Tau, un éminent rabbin ultra-conservateur, aurait abusé d’elle sexuellement depuis ses 10 ans. (Crédit : La Douzième chaîne)

Jeudi, Dorit a accusé Tau de l’avoir agressée dans un témoignage vidéo enregistré à son domicile. Après avoir visionné la vidéo, plusieurs rabbins éminents ont alors demandé que Tau fasse l’objet d’une enquête.

Une équipe spéciale a été mise en place pour enquêter sur les allégations portées contre le rabbin Zvi Tau, suite aux consultations tenues entre la police et le bureau du procureur de l’État, a indiqué dimanche la police israélienne.

L’équipe d’enquêteurs est dirigée par la police du district de Judée et Samarie, sous la supervision des responsables du district.

Selon la police, Téena est actuellement la seule accusatrice à avoir déposé une plainte officielle auprès de la police. D’autres ont parlé anonymement aux médias ou se sont adressés à des responsables rabbiniques au sujet de leurs accusations.

Dorit a témoigné sur la chaîne publique Kan dimanche.

« Je ne l’appelle pas un rabbin », a-t-elle déclaré, décrivant sa rencontre avec Tau il y a environ 40 ans, alors qu’elle avait 26 ans.

« J’étais une nouvelle immigrante, mes parents étaient à l’étranger, j’étais toute seule », a-t-elle dit, expliquant qu’elle avait rencontré Tau par le biais de rencontres sociales et d’amis. Elle est rapidement devenue proche de la première femme de Tau, Channa Tau, et faisait pratiquement partie de la famille, selon son témoignage.

« Un jour, j’étais dans la cuisine, en train de ranger des choses, quand il est entré et a fermé la porte derrière lui. Il m’a attrapée, a baissé mes sous-vêtements et s’est déshabillé », se souvient-elle.

« À un moment, je me suis réveillée, j’ai réalisé ce qui se passait et je lui ai donné un coup de pied dans les parties intimes. J’ai couru jusqu’au balcon car il avait fermé la porte et j’ai réussi à m’échapper sans mes sous-vêtements », a-t-elle raconté.

« Je suis rentrée chez moi et je suis restée figée. Je pense que je suis restée comme ça pendant deux jours », a-t-elle ajouté.

Le rabbin Zvi Tau, en 2018. (Autorisation)

Dorit a déclaré que l’incident a provoqué chez elle une peur des hommes, ce qui a entravé ses efforts pour se marier, car elle s’est toujours méfiée des hommes exerçant un pouvoir sur elle. Elle a dit avoir partagé ce qu’elle avait vécu avec des prétendants potentiels, qui prenaient alors leurs distances avec elle après avoir entendu son récit.

Elle a fini par se marier mais a subi trois fausses couches car elle était alors plus âgée. Elle attribue son mariage tardif à la peur que Tau a instillé chez elle à l’égard des hommes.

« Il a ruiné toute ma vie. Pour ses cinq minutes de plaisir, il a ruiné ma vie », dit-elle. « Vous ne pouvez pas réparer ce qu’il a détruit. Il a détruit ma vie. »

Dorit a affirmé que la femme du rabbin était au courant et que l’affaire a été portée devant le rabbin Zvi Yehuda Kook, une figure de proue du mouvement sioniste religieux jusqu’à sa mort en 1982.

Elle a déclaré que Kook a interdit à Tau de donner des cours pendant un certain temps en raison de cet incident. Elle a indiqué que d’autres rabbins de haut rang étaient au courant de ses plaintes, y compris certains qui la connaissent depuis de nombreuses années, mais elle n’a pas voulu donner de détails.

Lorsqu’on lui a demandé ce qui l’a poussée à raconter son histoire 40 ans plus tard, elle a répondu qu’entendre parler de Téena l’avait convaincue que c’était la bonne chose à faire.

Plus tôt lundi, Dorit a déclaré dans une interview à Ynet qu’un mois ou deux après les faits, elle s’est rendue à la police pour se plaindre, mais les officiers qui l’ont interrogée à l’époque ne voulaient pas croire qu’un rabbin puisse faire une telle chose et l’ont fait sortir du commissariat.

Le rabbin Zvi Tau participant à une marche à Jérusalem contre les réformes de la conversion et du contrôle de la casheroute, à Jérusalem, le 30 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Bien que le cas de Dorit soit trop ancien et ne fasse pas l’objet d’une enquête de police, une source du parquet a déclaré à Kan que son témoignage pourrait étayer celui de Téena.

Le rabbin Tau n’a pas encore répondu aux allégations portées contre lui.

Le Forum Takana, qui se spécialise dans la gestion discrète des cas d’abus sexuels dans la communauté orthodoxe moderne, n’enquêtera apparemment pas sur les accusations portées contre Tau, et ne l’a pas fait dans le passé, selon Kan.

Des sources ont déclaré que le forum, qui est composé de rabbins orthodoxes, ne s’occupe que des cas qui n’ont pas encore été rapportés par les médias et lorsqu’on leur demande d’examiner les éléments, ce qui n’est pas le cas dans cette affaire.

Lors d’une discussion sur le sujet, certains rabbins membres du forum se sont opposés à tout commentaire public sur l’affaire Tau, et par conséquent il n’y aura pas de réponse officielle, a rapporté Kan.

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