Mont Meron : Le rabbin chargé des lieux saints témoigne pour l’enquête
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Mont Meron : Le rabbin chargé des lieux saints témoigne pour l’enquête

Rabbi Shmuel Rabinovitch a déclaré au panel n'avoir eu aucune autorité sur les festivités de Lag BaOmer, affirmant que personne ne l'a averti d'un problème sur la passerelle

Le rabbin du mur Occidental Shmuel Rabinovitch témoigne devant la commission chargée d'enquêter sur la tragédie du mont Meron à Jérusalem, le 23 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le rabbin du mur Occidental Shmuel Rabinovitch témoigne devant la commission chargée d'enquêter sur la tragédie du mont Meron à Jérusalem, le 23 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, et pour la deuxième journée consécutive, la commission gouvernementale chargée d’enquêter sur un accident meurtrier survenu lors d’un pèlerinage, au mois d’avril, sur le mont Meron a écouté les témoignages des responsables impliqués dans la supervision de cet événement organisé lors de Lag BaOmer dans le nord d’Israël.

Le rabbin Shmuel Rabinovitch, responsable du mur Occidental et des Lieux saints, a expliqué aux membres de la commission qu’il ignorait que la rampe étroite sur laquelle la bousculade meurtrière est survenue était dangereuse. « Nous ne savions pas qu’il y avait un problème », a-t-il déclaré. « On ne nous a pas dit qu’il y avait un problème avec la ‘passerelle Dov’. Personne ne nous a rien dit ».

Rabinovitch a pris la parole devait le panel – placé sous l’autorité de l’ancienne juge à la Cour suprême Miriam Naor – presque quatre mois après le mouvement de foule qui avait fait 45 morts sur le mont Meron. Cet incident, arrivé le 29 avril lors d’une fête juive organisée dans le nord du pays, a été la pire catastrophe civile de toute l’histoire du pays. Environ 100 000 fidèles, majoritairement ultra-orthodoxes, s’étaient rendus à ces festivités malgré des mises en garde de longue date sur la sécurité du site et sur les dangers posés par le trop grand nombre de participants.

Au mois de juin, le gouvernement avait approuvé la formation d’une commission d’État indépendante – constituée de Naor, de l’ancien maire de Bnei Brak, Rabbi Mordechai Karelitz et de l’ancien responsable de la planification au sein de Tsahal, le général de brigade Shlomo Yanai — qui aurait pour mission d’enquêter sur les défaillances sécuritaires qui ont entraîné le drame sur le site.

Rabinovitch a été président de la Commission des Cinq, chargée de superviser le mont Meron, qui attire, tous les ans à Lag BaOmer, les fidèles désireux de se rendre sur la tombe du rabbin Shimon Bar Yochai, un sage du 2e siècle.

Rabinovitch a affirmé de manière répétée que sa commission n’était pas impliquée dans la planification des événements lors de Lag BaOmer et qu’elle n’avait de surcroît aucune autorité pour intervenir. « Si l’État m’avait dit que j’étais responsable des festivités de Lag BaOmer, j’aurais immédiatement présenté ma démission », a-t-il dit lundi.

Il a aussi indiqué aux membres du panel que lorsque sa commission avait été établie en 2008, le site était encore bien pire. « La situation là-bas, en 2008, était horrible – il n’y avait pas d’infrastructures, il y avait des constructions illégales, il y avait des câbles électriques partout et chaque brique déplacée déclenchait une guerre », a-t-il expliqué lors de l’audience organisée dans le quartier Malha de Jérusalem.

« J’ai décidé que je ne pouvais pas céder aux demandes qui étaient formulées parce que l’endroit était très, très dangereux. Et il y a eu des changements majeurs qui ont été effectués au cours des trois ans qui ont suivi », a continué Rabinovitch, qui a estimé que les choses s’étaient beaucoup améliorées depuis 2008.

« A l’époque, n’importe quel enfant pouvait toucher un fil électrique et s’électrocuter », a-t-il noté.

Les victimes du drame de Meron, le 30 avril 2021. De haut en bas, de gauche à droite : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh, Moshe Levy, Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechai Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum, Yehuda Leib Rubin, Yaakov Elchanan Starkovsky, Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy, Yosef Amram Tauber, Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechai Goldberg, Moshe Bergman, Daniel Morris, Ariel Achdut, Moshe Mordechai Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen.

Naor a demandé à Rabinovitch de répondre aux questions sur la passerelle étroite où a eu lieu la tragédie, au moment où des centaines de personnes tentaient de quitter les lieux. La passerelle, humide, était propice aux glissades.

« Nous ne savions pas qu’il y avait un problème. Les conseillers à la sécurité que nous avions consultés en 2008 et que nous avons consultés depuis ne nous ont jamais dit qu’il y avait un problème avec la Passerelle Dov, ils n’ont pas mentionné de problème », a dit Rabinovitvch lundi. Il a affirmé qu’il était possible que la passerelle ne pose aucun problème pendant la plus grande partie de l’année, ajoutant que pour Lag BaOmer, « je ne passe pas vraiment beaucoup de temps sur le site. »

Rabinovitch a répété ne jamais avoir entendu parler d’éventuelles inquiétudes au sujet de la passerelle – « mais j’ai pensé que le périmètre tout entier ressemblait au tiers-monde. Nous avions demandé de pouvoir tout faire construire à partir de zéro », a-t-il ajouté. « Nous avions commencé à travailler sur un plan qui portait sur la rénovation de tout le site. J’ignorais qu’il y avait des problèmes avec cette passerelle. Personne ne m’a jamais rien dit à ce sujet », s’est-il exclamé.

Les membres du panel ont continué à exercer des pressions sur le rabbin pour obtenir des informations sur le secteur spécifique du mont Meron où s’est déroulée la tragédie, là où la communauté Toldot Aharon allume un feu de joie tous les ans. Rabinovitch a indiqué que ce feu de joie était organisé chaque année sans supervision particulière et sans approbation spéciale.

« Je n’approuve rien – personne ne nous demande quoi que ce soit », a-t-il déclaré.

Rabinovitch a précisé qu’il pensait que les autorités devaient réfléchir à annuler ou à déplacer les cérémonies de feu de joie qui sont organisées sur le mont Meron. « La commission était défavorable au feu de joie de la secte Toldot Aharon… On leur avait dit d’aller ailleurs mais ils ont rejeté cette idée. »

L’ancienne cheffe de la Cour suprême, Miriam Naor, au centre, préside la commission d’enquête sur la catastrophe du mont Meron à Jérusalem, le 23 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a dit au panel qu’il était heureux de l’établissement de cette commission d’enquête, notant qu’il était désolant qu’une telle tragédie ait dû arriver pour que des investigations sur le site soient lancées.

« Il y a de nombreux intérêts différents en jeu. Je fais partie, moi aussi, des familles touchées – j’ai perdu mon neveu lors de l’incident », a expliqué Rabinovitch. « C’est une tragédie horrible, mon cœur saigne ».

La commission a commencé son travail dimanche en écoutant le témoignage du chef de la police du District du nord Shimon Lavi, l’officier qui était chargé de la gestion de l’événement.

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