Montpellier conserve « l’un des plus beaux mikvé du monde »
Rechercher

Montpellier conserve « l’un des plus beaux mikvé du monde »

Au 14e siècle en France, "la population chrétienne s'acharne alors à effacer les témoignages de la présence juive"

Une femme entrant dans le mikvé, le bain rituel juif  (Crédit : JTA / Mayyim Hayyim)
Une femme entrant dans le mikvé, le bain rituel juif (Crédit : JTA / Mayyim Hayyim)

Montpellier conserve « l’un des plus beaux Mikvé [bain rituel juif] médiévaux du monde », a souligné l’archéologue Christian Markiewicz, rapportant le résultat de nouvelles fouilles archéologiques conduites depuis janvier 2017 et attestant d’une présence juive dans la ville dès le 12e siècle.

Le bain rituel médiéval juif de Montpellier est « très rare, il n’en reste plus beaucoup en France ou en Europe », environ une dizaine, assure l’archéologue du Laboratoire d’Archéologie médiévale et moderne en Méditerranée-CNRS-Université d’Aix-Marseille.

Cette nouvelle étude « pierre par pierre » du sous-sol du 1 rue de la Barralerie, et un relevé en 3D, « confirment la présence d’une communauté juive à Montpellier à partir du 12e siècle », après l’expulsion des juifs d’Andalousie en 1140, a expliqué mardi l’archéologue lors d’une présentation à la presse. Véritable îlot, le quartier juif compte alors de 500 à 1 000 personnes, notamment de grands penseurs ou des médecins.

Le bain rituel, situé à 5 mètres sous la chaussée actuelle, et auquel on accède en descendant sept marches après avoir ôté ses vêtements dans le « déshabilloir », est alors un aménagement central du quartier.

Les juifs ont creusé dans la roche et l’eau, qui ne doit pas stagner pour conserver son caractère sacré, arrive par capillarité pour ces bains, qui servaient notamment à « purifier » les femmes ayant leurs règles ou ayant accouché.

Les juifs seront chassés du royaume de France par Philippe le Bel en 1306.

A Montpellier comme ailleurs, « la population chrétienne s’acharne alors à effacer les témoignages de la présence juive », rendant complexe la tâche des archéologues, relève M. Markowicz.

Le Mikvé montpelliérain est partiellement épargné car il sert de puits au 14e siècle. Conservé « un peu par hasard » sous des constructions successives de maisons bourgeoises, il a été découvert dans les années 1980. Il est propriété de la ville et classé monument historique depuis 2004.

La troisième campagne de fouilles a notamment permis d’étudier un « bassin énigmatique », attenant au Mikvé qui pourrait être un pédiluve, mais aussi de mettre au jour des dallages des 12e et 13e siècles et des fragments de céramique du 12e venus de Syrie.

« Ce Mikvé appartient à la ville et non à la communauté » juive, a tenu à souligner mardi Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la métropole. « Il est trop important pour qu’il échappe au corps constitué des Montpelliérains, quelle que soit leur couleur, leur origine ou leur religion. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...