Moscou appelle Téhéran à ne pas céder aux « provocations »
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Moscou appelle Téhéran à ne pas céder aux « provocations »

Les Etats-Unis ont indiqué le 15 avril qu'onze bateaux iraniens avaient harcelé leurs navires, dans ce qu'ils ont décrit comme les eaux internationales du "golfe Arabique"

Le président iranien Hassan Rouhani, à droite, avec son homologue russe Vladimir Poutine à Téhéran, le 23 novembre 2015 (Crédit : Atta Kenare/AFP)
Le président iranien Hassan Rouhani, à droite, avec son homologue russe Vladimir Poutine à Téhéran, le 23 novembre 2015 (Crédit : Atta Kenare/AFP)

La Russie a appelé mercredi l’Iran à ne pas céder aux « provocations » des Etats-Unis, dans un contexte d’escalade verbale après un incident maritime entre des navires américains et des vedettes rapides iraniennes dans le Golfe.

« Nous appelons à la retenue maximale et à faire attention, à ne pas céder aux provocations et à la rhétorique guerrière, à agir strictement dans le cadre des normes et du droit international », a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova lors d’un point presse.

« Moscou a toujours considéré la stabilité et la sécurité dans la zone du Golfe persique comme l’un des facteurs clé » de la paix au Moyen-Orient, a-t-elle ajouté.

Les Etats-Unis ont indiqué le 15 avril qu’onze bateaux iraniens avaient harcelé leurs navires, dans ce qu’ils ont décrit comme les eaux internationales du « golfe Arabique », accusant l’Iran de « manoeuvres dangereuses » en mer.

Et le président américain, Donald Trump, a dit avoir ordonné « à l’US Navy d’abattre et de détruire toute embarcation iranienne qui harcèlerait nos navires en mer ».

Le président iranien Hassan Rouhani a de son côté appelé mercredi les Etats-Unis à cesser de « comploter » contre la République islamique.

Les deux pays, ennemis depuis plus de 40 ans, sont à couteaux tirés depuis la dénonciation unilatérale par les Etats-Unis en 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien. Les tensions ont atteint un nouveau pic après la mort le 3 janvier d’un puissant général iranien, tué dans un raid américain.

Les Etats-Unis envisagent aussi « toutes les options » pour obtenir une prolongation de l’embargo sur les ventes d’armes conventionnelles à l’Iran qui expire en octobre, et sont même prêts à invoquer l’accord sur le nucléaire qu’ils ont pourtant abandonné, a déclaré mercredi le secrétaire d’Etat américain.

« Nous demandons à nos partenaires du E3 (France, Allemagne et Royaume-Uni) de prendre les mesures qu’ils peuvent prendre. Nous allons travailler avec le Conseil de sécurité de l’ONU pour prolonger l’interdiction sur les ventes d’armes », a affirmé mercredi Mike Pompeo lors d’une conférence de presse à Washington.

« Si nous n’arrivons pas à faire en sorte que les autres agissent, les Etats-Unis envisagent toutes les options pour y parvenir », a-t-il ajouté.

Cet embargo est inscrit dans une résolution de 2015 du Conseil de sécurité entérinant l’accord conclu par les grandes puissances avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de la bombe atomique.

Mais cet accord vacille depuis que le président des Etats-Unis Donald Trump l’a unilatéralement dénoncé en 2018, jugeant qu’il était trop laxiste, et a rétabli et même renforcé les sanctions américaines contre l’Iran — qui a, en retour, commencé à se désengager progressivement de ses promesses nucléaires.

Du coup, tout renouvellement de l’embargo risque de se heurter à un veto de la Russie et de la Chine, qui n’ont jamais digéré le départ américain de l’accord.

« Les échecs de l’accord nucléaire iranien sont légion. L’un d’eux est devant nous, dans seulement quelques mois, quand la Chine, la Russie et d’autres pays à travers le monde pourront tous vendre des systèmes d’armes conventionnelles d’envergure aux Iraniens », a protesté Mike Pompeo.

Ironie de l’histoire, les Etats-Unis, pour contourner l’opposition russe et chinoise, envisagent d’invoquer, en dernier ressort, ce même accord nucléaire qu’ils conspuent.

Juridiquement, si un Etat partie prenante à l’accord atteste d’une violation significative de la part de l’Iran, cela pourrait déclencher in fine le retour des sanctions de l’ONU levées après sa signature en 2015.

Même si la manoeuvre laisse sceptiques ses alliés européens qui restent attachés à l’accord, et est déjà dénoncée par Téhéran, Washington pourrait donc tenter de faire valoir qu’il est toujours partie prenante.

« La résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU est très claire » et « sans ambiguïté »: « le fait que les Etats-Unis sont un Etat participant est écrit dedans », « il suffit de la lire », a assuré le chef de la diplomatie américaine.

« Et les droits prévus pour les participants dans la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sont pleinement disponibles pour tous ces participants », a-t-il insisté.

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