Mur Occidental : le grand rabbin dément toute scission avec les Juifs américains
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Mur Occidental : le grand rabbin dément toute scission avec les Juifs américains

David Lau affirme que 85 % des Juifs américains ne se rendent jamais en Israël, mais que l’Etat juif doit faire plus pour l’éducation et la lutte contre l’assimilation en Diaspora

David Lau, grand rabbin ashkénaze d'Israël. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)
David Lau, grand rabbin ashkénaze d'Israël. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

Le grand rabbin ashkénaze d’Israël a qualifié, dimanche, de « fausse information » des articles faisant état d’une scission entre Israël et les Juifs américains en raison de la crise sur le mur Occidental, affirmant que la vaste majorité des Juifs américains ne se rendent de toute façon jamais en Israël.

Il a également publié une lettre dans laquelle il dit être furieux suite à la publication d’une liste de rabbins auxquels le grand rabbinat ne fait pas confiance pour confirmer la judaïté des immigrants.

S’exprimant lors d’une conférence organisée par le quotidien ultra-orthodoxe Hamodia, le rabbin David Lau a dit que le plus grand problème auquel les Juifs américains avaient à faire face n’était pas le mur Occidental, ni le projet de loi sur les conversions, mais les mariages mixtes et l’indifférence au sujet de l’Etat juif.

« Ces deux dernières semaines, on nous a présenté des mensonges selon lesquels les Juifs américains seraient en train de se séparer d’Israël, a déclaré Lau. 85 % des Juifs américains n’ont jamais mis les pieds en Israël. »

A la fin du mois de juin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement ont fait marche arrière au sujet d’un projet, adopté en janvier 2016, pour reconnaître officiellement une zone séparée et permanente de prière pluraliste située à l’Arche de Robinson, contiguë à la zone de prière du mur Occidental ; un compromis atteint après des années de négociations entre des mouvements juifs libéraux israéliens et américains et les autorités israéliennes.

L’accord gelé aurait donné aux dirigeants juifs non-orthodoxes un rôle conjoint dans la supervision du site pluraliste. Une zone de prière temporaire existe actuellement à cet endroit.

Des archéologues affirment que la plateforme de prière égalitaire nuit à l'histoire visuelle du mur Occidental, en cachant d'importantes découvertes archéologiques. (Crédit : autorisation/Eilat Mazar)
Des archéologues affirment que la plateforme de prière égalitaire nuit à l’histoire visuelle du mur Occidental, en cachant d’importantes découvertes archéologiques. (Crédit : autorisation/Eilat Mazar)

Dans le cadre de la gestion ultra-orthodoxe, la zone principale du mur Occidental est séparée en deux sections de prière, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes.

Lau a rejeté les affirmations selon lesquelles le mur Occidental était destiné aux seuls Juifs ultra-orthodoxes.

« J’étais aux Etats-Unis il y a quelques mois, a-t-il dit. On m’a demandé : ‘Pourquoi ne laissez-vous pas les gens d’une autre religion venir prier au mur Occidental ?’ J’ai répondu que ceci aussi était faux. Je me suis rendu au mur Occidental. A mes côtés se tenait un Nigérian. Je ne sais pas de quelle manière il priait, ni qui il priait. Mais il se tenait là. L’ai-je dérangé ? M’a-t-il dérangé ? »

Lau a cité le verset biblique stipulant que « ma maison sera appelée maison de prières pour tous les peuples » [Isaïe 56:7], ajoutant que chacun était le bienvenu pour venir prier. Il n’a pas expliqué de quelle manière pourraient le faire ceux qui désirent une prière pluraliste, mais il a déclaré que ceux qui s’agitaient autour de la zone mixte n’étaient pas intéressés à venir à Jérusalem pour prier.

Les Femmes du Mur, à la fin de l'office de Rosh Hodesh, dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017 . (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Les Femmes du Mur, à la fin de l’office de Rosh Hodesh, dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017 . (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Sur les 15 % de Juifs américains à s’être rendus en Israël, a ajouté Lau, beaucoup sont orthodoxes, ou ne désirent qu’une zone de prière séparée au mur Occidental. Il a laissé entendre que le nombre de personnes ayant à cœur l’existence d’une zone mixte est insignifiant.

Lors de la même réunion à la fin du mois de juin, le cabinet a également adopté un projet de loi qui aurait donné au grand rabbinat israélien – une entité à dominante ultra-orthodoxe – pleine autorité en ce qui concerne les conversions au judaïsme reconnues en Israël. Le projet de loi a cependant été gelé pour une durée de six mois.

Lau a déclaré qu’il s’agissait également d’une fausse information et a démenti le fait que les juges officiant dans les tribunaux rabbiniques soient déconnectés de la réalité.

« Vous devez savoir que la plupart des juges officiant dans les tribunaux rabbiniques ont été officiers à l’armée, a-t-il dit. Ils sont liés à l’expérience juive autant que n’importe qui d’autre. »

Le rabbi d'Efrat Shlomo Riskin, deuxième à gauche, pendant un examen de conversion au tribunal rabbinique Giyur Kahalacha, en novembre 2015. (Crédit : autorisation)
Le rabbi d’Efrat Shlomo Riskin, deuxième à gauche, pendant un examen de conversion au tribunal rabbinique Giyur Kahalacha, en novembre 2015. (Crédit : autorisation)

Il a cependant ajouté qu’Israël ne pouvait permettre une situation dans laquelle n’importe quel groupe de trois Juifs pourrait décider de former un tribunal de conversion et distribuer des certificats de conversion. « Ils donnent des certificats, a-t-il dit, mais quid du judaïsme ? »

Il a souligné qu’Israël portait la responsabilité de prendre soin des Juifs américains et de Diaspora, qui sont « nos frères ». Mais la manière de le faire n’est pas par le biais du mur Occidental ou des conversions, mais par celui de l’éducation et du renforcement de leur identité juive.

Lau, de même que le grand rabbin séfarade Yitzhak Yossef, a joué un rôle important en poussant les ministres à forcer le gouvernement à se rétracter au sujet de l’accord du mur Occidental. Une semaine à peine avant la décision du cabinet, le rabbinat a publié une lettre condamnant les projets visant à améliorer la situation de la prière mixte au mur.

Cette lettre stipulait que « la position du grand rabbinat est que la décision du gouvernement de diviser le mur Occidental est invalide et ne peut pas tenir », selon une copie obtenue par le quotidien Israel Hayom. « Le grand rabbinat est la plus haute autorité halakhique [de la loi juive] de l’Etat ; il est donc absolument interdit d’organiser des prières mixtes, rassemblant hommes et femmes, à n’importe quel endroit du mur Occidental. »

Des membres des mouvements conservateur et réformé pendant un service religieux mixte sur la place publique située devant le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 4 juillet 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des membres des mouvements conservateur et réformé pendant un service religieux mixte sur la place publique située devant le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 4 juillet 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le recul du gouvernement sur ces deux décisions, sur le mur Occidental et sur les conversions, a été accueilli par une féroce opposition des associations juives américaines, de philanthropes, d’hommes d’affaires et de nombreuses personnalités actives du monde juif, ainsi que de la part de politiciens israéliens qui ont exprimé leur désaccord et leur déception.

Certains ont insinué que ces décisions pourraient avoir un impact sur les contributions financières faites à Israël et pourraient affaiblir le soutien apporté à l’Etat juif.

Dimanche également, le grand rabbinat a publié une liste de quelques 160 rabbins, provenant de 24 pays, auxquels il ne fait pas confiance pour attester de la judaïté d’une personne. Le bureau de Lau a publié une lettre stipulant que cette liste avait été établie sans autorisation du rabbinat et sans consultation du grand rabbin, et qu’il s’opposait aussi bien à la liste qu’à sa publication.

La structure bureaucratique du rabbinat implique que les grands rabbins ne sont pas impliqués dans les décisions concernant la judaïté des immigrants potentiels. C’est le rabbin Itamar Tubul, fonctionnaire de niveau inférieur, qui s’occupe de toutes ces requêtes. En décembre, les grands rabbins ont mis sur pied un comité controversé afin de vérifier les conversions, mais l’on ne sait pas si ce comité a approuvé la liste ou sa publication.

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