A la Knesset, des dirigeants juifs américains jurent de défaire la décision sur le mur Occidental
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A la Knesset, des dirigeants juifs américains jurent de défaire la décision sur le mur Occidental

Aucune action concrète n’a été annoncée pendant la “réunion d’urgence”, mais les représentants promettent de ne pas se reposer tant que l’espace de prière pluraliste ne sera pas mis en place

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Hommes et femmes priant de part et d'autre de la séparation au mur Occidental, le 14 juin 2016. (Crédit : Wajsgras/Flash90)
Hommes et femmes priant de part et d'autre de la séparation au mur Occidental, le 14 juin 2016. (Crédit : Wajsgras/Flash90)

Des dizaines de dirigeants juifs américains et de politiciens israéliens, de l’opposition comme de la coalition, ont promis mardi de lutter contre la décision du gouvernement de revenir sur son engagement de créer un espace de prière égalitaire au mur Occidental.

Pendant une « réunion d’urgence » organisée à la hâte du caucus de la Knesset pour le renforcement des relations entre Israël et la communauté juive mondiale, aucune décision concrète n’a été annoncée pour renverser la décision, mais les représentants des communautés de la Diaspora ont promis qu’ils ne cesseraient leurs efforts qu’une fois que la décision prise dimanche par le gouvernement aura été annulée.

Ils ont cependant assuré leurs hôtes israéliens de leur engagement envers l’unité du peuple juif et de leur soutien à l’Etat d’Israël, deux valeurs sacrosaintes. Les participants ont à un moment commencé à chanter spontanément « Hineh ma tov uma naim shevet ahim gam yahad » (regarde comme il est bon et agréable pour des frères de plonger ensemble dans l’unité).

Pendant une session relativement calme – il n’y a eu qu’un seul échange agité pendant un débat de deux heures et demi, ce qui est quasiment inédit pour le Parlement israélien – les députés de l’opposition ont vivement critiqué la volte-face du gouvernement au sujet de la prière non orthodoxe au mur Occidental.

Les représentants de la coalition gouvernementale ont tenté de rassurer les dirigeants juifs américains furieux que le dernier mot sur le sujet n’avait pas encore été prononcé, sous-entendant qu’il était toujours possible de renverser le vote de dimanche et de revenir au statu quo antérieur.

Des Juifs masorti dans l'espace préparé pour la prière mixte à l'Arche de Robinson, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)
Des Juifs masorti dans l’espace préparé pour la prière mixte à l’Arche de Robinson, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)

« C’est un tournant. Je me sens déshonoré par la décision du gouvernement et, comme tant de Juifs dans le monde, je me sens offensé. Par conséquent, nous ne devons pas être polis », a dit Isaac Herzog, chef de l’opposition.

« Le mur Occidental a vu la douleur depuis 2 000 ans. Il a vu les larmes, les divisions, il a vu les tragédies. Il a aussi vu la réunification de Jérusalem et du peuple juif. Et maintenant, il est devenu le lieu même de la division de notre peuple, et c’est inacceptable. »

Herzog a fustigé le gouvernement, qui n’a pas « les tripes et le courage de dire stop » et de faire face aux demandes des partis ultra-orthodoxes, qui se sont opposés à l’accord de janvier 2016 incluant une amélioration importante de la plate-forme de prière non orthodoxe du lieu saint.

« C’est une honte, et je présente mes excuses, comme tant d’Israéliens qui pensent que l’égalité devrait être pour tous, a dit Herzog. Nous devons faire ce que nous pouvons pour changer ce cours dangereux. C’est un cours qui pourrait mener vers une difficile division de notre peuple et compromettre la force d’Israël. »

Natan Sharansky, président de l'Agence juive pour Israël, avant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)
Natan Sharansky, président de l’Agence juive pour Israël, avant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Natan Sharansky, président de l’Agence juive pour Israël qui a vivement critiqué la décision du gouvernement de geler un accord qu’il a négocié pendant des années, s’est concentré sur le fait que la « réunion d’urgence » de mardi a rassemblé aussi rapidement dans une même pièce députés israéliens et dirigeants juifs.

« Je suis très souvent énervé que nous n’ayons pas de discussion sur les relations entre Israël et la Diaspora à la Knesset. Je suis très heureux que ce soit différent cette fois. Mais les raisons qui ont permis cette réunion sont très, très malheureuses », a-t-il dit.

Michael Oren, vice-ministre en charge de la Diplomatie, a raconté avoir été élevé dans le mouvement conservateur, avant de rejoindre le mouvement réformé puis une communauté moderne-orthodoxe.

« [Israël] a été créé pour être le foyer du peuple juif, pas le foyer de la religion juive, mais du peuple juif, quelle que soit sa pratique ou son absence de pratique de la religion. Et l’accord du mur Occidental était la réalisation de cet idéal sioniste », a-t-il dit.

Suspendre l’accord du mur Occidental va non seulement « à l’encontre de la raison d’être de ce pays », mais nuit aussi aux intérêts économiques et sécuritaires d’Israël, a-t-il affirmé.

Oren, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, a juré de combattre la politique de sa propre coalition. « Ce n’est que le premier round, a-t-il dit. C’est une bataille pour l’âme d’Israël, rien de moins. Et je suis fier d’être aux côtés de dirigeants juifs et d’amis du monde entier pour combattre cette bataille. Et je suis convaincu que nous gagnerons. »

Michael Siegal, qui a été élu mardi à la présidence du conseil d’administration de l’Agence juive, a promis de ne pas abandonner le combat contre la décision du gouvernement.

« Ce sujet n’est pas fermé pour nous, a-t-il dit. Il y a toujours cette pensée, que ce sont les gros titres d’aujourd’hui, et peut-être que demain des [missiles] Scud tomberont ici, ou des roquettes là, que les médias passeront à la prochaine histoire, que nous oublierons tout cela, et que ce n’est pas si grave. Nous sommes engagés à prendre des actions ici pour renverser ces décisions réellement répugnantes. »

Avraham Neguise, député du Likud et président de la commission pour l'Immigration, l'Intégration et la Diaspora de la Knesset. (Crédit : GPO)
Avraham Neguise, député du Likud et président de la commission pour l’Immigration, l’Intégration et la Diaspora de la Knesset. (Crédit : GPO)

Avraham Neguise, député du Likud, a affirmé qu’Israël devait accepter tous les Juifs, quelles que soient leurs orientations religieuses, mais quand il a souligné que la crise actuelle n’était « pas une question politique », les députés de Yesh Atid, parti de l’opposition, ont commencé à crier que c’était le Premier ministre qui en était responsable.

Il a répliqué en rappelant que c’était le gouvernement qui avait conclu l’accord, indiquant qu’il trouverait encore une fois un moyen de combler l’écart.

Même s’il n’a pas masqué son opposition à la décision du gouvernement, Richard Sandler, président des Fédérations juives d’Amérique du Nord, a souligné qu’il « ne permettra pas [aux Juifs américains] d’abuser de cette crise pour leur propre agenda. » Certains Juifs peuvent protester avec colère à la décision de dimanche et promettre d’annuler leurs donations et leurs voyages en Israël mais « la plupart ne le feront pas », a-t-il dit.

Les Juifs d’Amérique du Nord défendent Israël au Congrès, sur les campus et dans les médias, a-t-il ajouté, « mais ce que nous faisons pour vous défendre n’est qu’une fraction de ce que vous faites pour nous défendre. »

Le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, a déclaré qu’il y avait plus de trois millions de Juifs réformés et conservateurs aux Etats-Unis « qui aiment l’Etat d’Israël », mais se sentent maintenant délégitimés et « repoussés » par le gouvernement de Jérusalem.

« La liberté de religion n’est pas un service que le gouvernement israélien pourrait nous rendre. C’est un droit. C’est un droit dans un état juif démocratique. Et il vaut la peine de se battre », a-t-il dit.

Benny Begin, député du Likud, se rend à une réunion de son parti à la Knesset, le 23 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Benny Begin, député du Likud, se rend à une réunion de son parti à la Knesset, le 23 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Benny Begin, député du Likud, a déclaré que le mur Occidental était d’abord un « site national » qui lui rappelle sa connexion avec ses ancêtres et le peuple juif dans le monde entier. Tout en exprimant une certaine compréhension du Premier ministre, qui doit gérer un système de coalition complexe, il a dit que tous les courants religieux devraient avoir le droit d’y prier comme ils le veulent.

« Je suis très désolé des derniers développements. Je suis profondément désolé », a-t-il dit. Il a cependant ajouté que le compromis de 2016 ne s’était « pas écroulé » et pouvait encore être ravivé.

Tzahi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale qui a été chargé par Netanyahu de diriger une équipe qui essaiera de négocier un nouvel accord, s’est exprimé à la fin de la session, qui s’est déroulée entièrement en anglais.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Tzahi Hanegbi en 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Tzahi Hanegbi en 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« A mon nouveau poste de magicien, ou peut-être de Tom Cruise dans ‘Mission Impossible’, je dois écouter plus et parler moins », a-t-il dit en commençant son discours. Il a ensuite indiqué que, personnellement, il pensait que l’accord sur le mur Occidental était « génial, parfait, parce que tout le monde l’a soutenu ou s’y est opposé avec la même passion. »

En janvier 2016, quand l’accord a été conclu, il y a eu un « sentiment de bonne volonté », a-t-il dit, même si peu après, il est devenu évident qu’il « serait très difficile de le mettre en place » en raison de la pression des partis ultra-orthodoxes de la coalition.

« Je pense toujours que c’est un bon compromis. Il ne s’est pas évaporé. Peut-être a-t-il été suspendu pour les raisons juridiques que vous connaissez, mais il est là, attendant la reprise du dialogue. »

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