Musée d’Israël : Des bibelots rappellent la genèse du pays naissant
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Musée d’Israël : Des bibelots rappellent la genèse du pays naissant

Une collection familiale en mémoire d'un fils mort au combat apporte un nouvel intérêt à l'institution - hors de sa sphère habituelle de "l'art"

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La conservatrice du musée d'Israël Sharon Weiser-Ferguson dans l'aile de l'Art et de la Vie juive, avec certains objets qui ont été donnés par les parents de Yadin Tanenbaum, mort pendant la guerre de Yom Kippour, en mémoire de leur fils. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
La conservatrice du musée d'Israël Sharon Weiser-Ferguson dans l'aile de l'Art et de la Vie juive, avec certains objets qui ont été donnés par les parents de Yadin Tanenbaum, mort pendant la guerre de Yom Kippour, en mémoire de leur fils. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Une nouvelle collection de bibelots fabriqués en Israël et autres objets domestiques du quotidien a dorénavant intégré l’aile de l’Art et de la vie juive au sein du musée d’Israël – une collection offerte en mémoire de Yadin Tanenbaum, tombé sur le front pendant la guerre de Yom Kippour, en 1973, alors qu’il se battait dans le Sinaï.

Ensemble, ces objets et l’histoire de Tanenbaum racontent une partie du récit de l’État d’Israël.

Une partie de ces objets – qui consistent en une petite collection d’assiettes décoratives, de ménorahs pour Hanoukka et de boîtes à cigarettes – a été donnée par les parents de Tanenbaum, Rivka et Zvi, collectionneurs d’objets en métal arborant des représentations du sionisme.

Ils ont donné 70 objets au musée d’Israël en hommage à leur fils, un flûtiste prometteur à qui il avait été proposé d’entrer à l’orchestre de l’armée israélienne, mais qui avait choisi de servir au combat.

L’exposition d’objets israéliens présentée au musée d’Israël, avec des curiosités en métal portant une iconographie sioniste lors des premières années de l’Etat. (Autorisation : Elie Posner)

Pendant la guerre, le mitrailleur Tanenbaum, 19 ans, avait été stationné aux abords du canal de Suez où son tank avait été l’un des trois qui avaient été placés sur le front, face aux forces égyptiennes. Son char avait été frappé et Tanenbaum avait été tué. Le jeune soldat avait été décoré à titre posthume de la Médaille de la conduite exemplaire pour le courage qu’il avait montré dans la bataille.

« Mes parents ont donné une partie de leur collection au musée d’Israël pour faire en sorte que mon frère continue à vivre à travers l’art », commente Ella Koren, la sœur de Yarin, qui avait treize ans quand ce dernier était mort. « C’est ce qui leur avait paru le plus naturel ».

Yadin Tanenbaum avait 19 ans quand il avait tué pendant la guerre de Yom Kippour, en 1973. (Autorisation : Afikim Foundation)

Le couple Tanenbaum – collectionneur de longue date d’objets israéliens en métal fabriqués dans les années 1950 et 1960, arborant des représentations sionistes, comme des ménorahs, des symboles agricoles et les douze tribus, avaient très rapidement eu le goût de ces bibelots israéliens, explique Koren, qui a continué à accroître elle-même la collection familiale après le décès de ses parents.

« J’ai grandi entourée de ces objets », continue Koren. « On est ébloui devant la beauté de ces reliques d’une époque passée, on veut savoir d’où elles viennent, on veut en savoir davantage sur ces artistes ».

Le couple Tanenbaum croyait aux vertus consolatrices de l’art – qu’il s’agisse de musique, d’objets juifs ou d’arts créatifs, poursuit Koren.

Autre souvenir de leur fils, une partition musicale du grand compositeur Leonard Bernstein, que le couple Tanenbaum avait pu approcher après un concert qu’il avait donné à Tel Aviv, en 1976. Les parents éplorés avaient voulu commander une œuvre et, si Bernstein avait déclaré ne pas accepter de telles missions, il avait été profondément ému par l’histoire de Yadin, ce flûtiste dont le talent n’avait finalement jamais pu être reconnu.

Il avait écrit « Halil », un solo pour flûte, orchestre à corde et percussions qui avait été joué pour la toute première fois en 1981 par la Philarmonie d’Israël. Bernstein avait dédié « Halil » à la mémoire de Yadin et de ses « frères tombés au combat », avait-il déclaré, confiant au New York Times qu’il menait une guerre entre le sonore et le non-sonore – « une lutte impliquant les guerres et la menace des guerres face au désir débordant de vivre ».

Cette œuvre de Bernstein et ces curiosités modernes créées au début du sionisme ont fait partie des efforts de commémoration par le couple Tanembaum de leur fils disparu – même après leur décès.

« Ces donations ont été faites par mes parents il y a très, très longtemps », note Koren. « Ils avaient trouvé ce centre d’intérêt et ils ont ensuite continué à s’y intéresser pour respecter cette tradition ».

Les objets, qui incluent des lampes de Hanoukka gravées de représentations agricoles ou ayant la forme de cartes d’Israël, des chandeliers en acier inoxydable façonnés selon les lignes modernes de style Bauhaus, et une boîte à cigarette décorée de copies de pièces de monnaie israéliennes originales, avaient tous appartenu au tout jeune État d’Israël mais ne sont pas spécifiquement des œuvres d’art, note la conservatrice Sharon Weiser-Ferguson.

La conservatrice du musée d’Israël Sharon Weiser-Ferguson tient une lampe de Hanoukka de la collection d’objets-souvenirs du jeune État d’Israël présentés au musée. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« Quand ils ont été fabriqués, ils ne prétendaient pas être des œuvres d’art », explique Weiser-Ferguson, dont le département s’est impliqué profondément dans les recherches menées sur ces bibelots sionistes. « Je suis convaincue que celui qui les a faits n’a jamais pensé que ces pièces pourraient, un jour, être présentées dans un musée ».

La métallurgie avait été l’une des premières industries sionistes, à partir de 1948 et même avant. L’école Bezalel des arts et du design, qui avait été fondée en 1906 par Boris Schatz, artiste et peintre, proposait des ateliers de travail portant sur la production d’objets d’art décoratifs en argent, en cuir, en bois, en cuivre ou en tissu.

Certains artistes qui s’étaient formés à Bezalel, comme cela avait été le cas du peintre Zeev Raban, avaient travaillé pour les petites usines familiales qui fabriquaient ces bibelots et qui s’étaient multipliées sur le territoire.

Une lampe de Hanoukka présentée au musée d’Israël dans le cadre de son aile Art et vie juive. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Pal-Bell avait été l’une de ces toutes premières usines de métallurgie. Elle avait été fondée en 1939 par l’artiste hongrois Maurice Ascalon (né Moshe Klein). L’usine, ensuite, avait été réorientée vers le travail de production de munitions au cours de la guerre de l’Indépendance.

Ascalon avait introduit une patine chimique verte dans certaines de ses créations, leur donnant une apparence antique et archéologique délibérée. Cette technique avait été ensuite imitée par d’autres entreprises du même secteurs, et les assiettes et autres boîtes en métal teintées de vert étaient devenus les achats favoris des touristes en visite en Israël.

L’argent et le métal étaient des matériaux populaires parce que leurs prix étaient abordables, explique Weiser-Ferguson, et qu’ils servaient à fabriquer toutes sortes d’objets, bien au-delà des seuls objets issus du rituel religieux. Finalement, d’autres firmes spécialisées dans le métal avaient élargi leurs activités en travaillant le céramique et le verre, en proposant plus de créations et en mettant moins l’accent sur les représentations sionistes.

La collection du musée d’Israël, avec environ cent objets, est principalement composée de donations, explique Weiser-Ferguson. Si le musée refuse généralement ce type de dons, c’est la grande qualité de ces bibelots qui a attiré l’attention de l’institution.

« Et si nous ne les acceptons pas aujourd’hui, ce sera beaucoup plus difficile d’en retrouver dans 20 ou 30 ans », indique-t-elle. « Ce sont des objets qui, s’ils ne sont pas spécifiquement une œuvre d’art, sont avant tout un morceau de vie ».

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