Netanyahu accuse Bennett, mais c’est le Parti sioniste religieux qui l’a trahi
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Opinion

Netanyahu accuse Bennett, mais c’est le Parti sioniste religieux qui l’a trahi

Le Premier ministre a ouvert la voie à l'extrême-droite à la Knesset. Ils ont montré leur gratitude en refusant l'alliance avec Raam, l'empêchant de réunir une majorité

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le dirigeant du Parti sioniste religieux Bezalel Smotrich (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Dossier ; Autorisation)
Le dirigeant du Parti sioniste religieux Bezalel Smotrich (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Dossier ; Autorisation)

Annonçant que Benjamin Netanyahu avait informé le président qu’il n’était pas en mesure de former un gouvernement avant 23H59 mardi, le parti du Likud a rejeté la faute sur le seul et unique dirigeant de Yamina, Naftali Bennett.

« En raison du refus de Bennett de s’engager dans un gouvernement de droite, un geste qui aurait certainement conduit à la constitution d’un gouvernement avec l’entrée de députés supplémentaires, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rendu le mandat au président », a déclaré le Likud dans un communiqué, publié alors que s’égrenaient les dernières minutes de l’allocation de 28 jours accordée à Netanyahu pour constituer une coalition.

En fait, l’effort de Netanyahu pour rassembler une majorité a été anéanti non pas par Bennett, ou du moins pas uniquement par lui, mais par le Parti sioniste religieux, avec ses composantes ouvertement racistes et homophobes Otzma Yehudit et Noam – l’alliance de factions d’extrême droite que, ironiquement, le leader du Likud avait lui-même négociée, avant les élections du 23 mars, pour s’assurer qu’aucun vote de droite ne soit gaspillé sous le seuil de 3,25 % de la Knesset.

Les efforts de Netanyahu ont porté leurs fruits… à court terme : Le Parti sioniste religieux a largement dépassé le seuil pour remporter six sièges, dont un pour Itamar Ben Gvir, un disciple de feu le raciste Meir Kahane, qui veut expulser les citoyens arabes « déloyaux ». Mais la gratitude du parti envers Netanyahu a été de courte durée.

Mansour Abbas, chef du parti Raam, dirige une réunion de faction, au Parlement israélien, le 19 avril 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’arithmétique post-électorale a dicté que le chemin du président sortant vers une majorité à la Knesset nécessitait de s’appuyer – que ce soit au sein de la coalition ou en la soutenant de l’extérieur – sur le parti islamiste conservateur Raam, qui dispose de 4 sièges. Et alors que Netanyahu avait juré avant les élections qu’il ne construirait pas un gouvernement dépendant de Raam, une fois les votes effectués et les sièges distribués, ses émissaires du Likud ont tendu la main au dirigeant de Raam, Mansour Abbas. Abbas a prononcé un discours aimable il y a un mois sur la volonté d’améliorer la coexistence israélo-arabe, il est allé jusqu’à condamner cette semaine la fusillade de ceux qu’il a appelés des « innocents » israéliens lors d’une attaque terroriste au carrefour Tapuah en Cisjordanie, et a laissé entendre qu’il était plus que disposé à s’allier à Netanyahu s’il estimait que cela profiterait à ses électeurs.

Cependant, malgré les pressions incessantes du Likud, le Parti sioniste religieux, sous la direction de Bezalel Smotrich, ne voulait pas d’une telle association.

Netanyahu était peut-être prêt à travailler avec Raam – le bras politique de la branche sud du Mouvement islamique, dont la charte est profondément hostile au sionisme et soutient un « droit au retour » pour les réfugiés palestiniens – tout en qualifiant simultanément, de manière absurde, des gens comme Bennett, Saar et Liberman de gauchistes pour le crime de chercher à l’évincer. Mais Smotrich a déclaré à plusieurs reprises qu’il considérait les membres de Raam comme des partisans du terrorisme.

Le rabbin derrière la faction Noam, auparavant hostile, a changé de cap en début de semaine et a approuvé les accords de coalition avec Raam. Mais lorsque le grand rabbin sioniste religieux Chaim Druckman, a déclaré lundi que le gouvernement israélien ne devait pas être construit sur des votes arabes – même s’il a ensuite déclaré avoir rencontré Abbas, avoir eu une « impression positive » de lui et avoir été pressé à plusieurs reprises par Netanyahu d’approuver la combinaison surréaliste de forces politiques – les chances de Netanyahu de former un gouvernement avaient disparu.

Lorsque le Premier ministre a annoncé lundi, en désespoir de cause, qu’il était même prêt à laisser Bennett servir la première année en tant que Premier ministre, si seulement Yamina rejoignait sa coalition, Bennett l’a immédiatement rabroué avec la réplique précise que, même avec Yamina, Netanyahu n’avait pas les voix. « Smotrich a brûlé les ponts menant à un gouvernement de droite », a observé Bennett, faisant référence au refus obstiné du leader du Parti sioniste religieux d’entrer dans un gouvernement soutenu par Raam.

Si le Parti sioniste religieux avait accepté de tolérer le parti arabe, c’est en effet Bennett qui aurait bloqué un gouvernement avec Netanyahu, et la pression exercée sur le leader de Yamina pour qu’il se joigne à lui, par ses collègues du parti, ses rabbins et nombre de ses électeurs, aurait probablement été irrésistible.

Naftali Bennett (à gauche), alors ministre de l’Éducation, et Yair Lapid, président de Yesh Atid, lors d’une cérémonie à Netiv Haavot, dans l’implantation d’Elazar en Cisjordanie, le 23 juillet 2017. (Gershon Elinson/Flash90)

Si, comme on s’y attend, le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, est maintenant chargé de former une coalition et que ses négociations avec Bennett progressent – Lapid ayant déjà offert publiquement à Bennett d’être le premier à occuper le poste de Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation – lui et le reste du « bloc du changement » auront également besoin du soutien de Raam et/ou de la Liste arabe unie pour obtenir une majorité à la Knesset. On ne sait pas à ce stade si tous les membres idéologiquement divers du camp anti-Netanyahu sont prêts à compter sur les partis arabes pour obtenir une majorité – Yoaz Hendel, autrefois membre de Kakhol lavan et maintenant de Tikva Hadasha, par exemple, s’est implacablement opposé à cette idée lorsque le leader de Kakhol lavan l’envisageait après les élections de mars 2020. Et il n’y a aucune certitude à ce stade, d’ailleurs, que Raam et/ou la Liste arabe unie joueront le jeu.

Mais en tendant la main à Raam ces dernières semaines, le Likud de Netanyahu a clairement indiqué qu’il était prêt à briser un tabou littéralement historique sur les partis arabes jouant un rôle déterminant dans la mise en place d’un gouvernement israélien. Il sera donc beaucoup plus facile pour les membres du « bloc du changement » d’envisager et de justifier un tel arrangement.

Après tout, seul le Parti sioniste religieux d’extrême droite – l’alliance que Netanyahu a contribué à faire entrer à la Knesset, légitimant honteusement ses membres les plus extrêmes – a torpillé le projet du leader du Likud de faire exactement la même chose.

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