Grâce à Netanyahu, Ben Gvir est optimiste
Rechercher

Grâce à Netanyahu, Ben Gvir est optimiste

Itamar Ben Gvir semble détendu pendant cette campagne, alors que son mouvement d'extrême droite est pratiquement assuré d'entrer à la Knesset après des décennies de statut de paria

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le dirigeant d'Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, vote dans la ville de Kiryat Arba en Cisjordanie, le 23 mars 2021. (Jacob Magid/Times of Israel)
Le dirigeant d'Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, vote dans la ville de Kiryat Arba en Cisjordanie, le 23 mars 2021. (Jacob Magid/Times of Israel)

KIRYAT ARBA, Cisjordanie – Le candidat du Parti sioniste religieux, Itamar Ben Gvir, est arrivé au bureau de vote de son village natal le matin de l’élection de mardi, l’air relativement détendu.

Après avoir échoué à entrer à la Knesset lors de trois élections au cours des deux dernières années, M. Ben Gvir est aujourd’hui membre d’une faction qui, selon les sondages, devrait franchir le seuil électoral avec quatre ou cinq sièges.

Ben Gvir, le candidat n°3 du Parti sioniste religieux, n’a pas hésité à expliquer pourquoi il en est ainsi. « Lorsque vous avez le soutien du Premier ministre, cela a de l’importance », a-t-il déclaré au Times of Israel alors qu’il faisait la queue pour voter dans une école pour filles religieuses de Kiryat Arba.

En effet, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a joué un rôle déterminant dans le rapprochement des trois factions d’extrême-droite qui composent le Parti sioniste religieux.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant une audience dans son procès pour corruption au tribunal de district de Jérusalem, le 8 février 2021. (AP Photo/Reuven Castro, Pool)

Après que le président de la faction, Bezalel Smotrich, s’est séparé du parti Yamina, plus populaire, dirigé par Naftali Bennett, en janvier, Netanyahu a travaillé pour convaincre le premier de fusionner avec d’autres partis de même sensibilité afin de s’assurer de franchir le seuil électoral.

Le Premier ministre compte le Parti sioniste religieux parmi les « partenaires naturels » sur lesquels il dit s’appuyer pour former le prochain gouvernement – avec les factions ultra-orthodoxes. Netanyahu a donc fait valoir qu’il ne pouvait pas se permettre que l’un de ces partis ne parvienne pas à entrer à la Knesset.

Cela signifie que Smotrich a été poussé à s’allier, non seulement avec le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir, qui se décrit comme les disciples de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane, mais aussi avec le parti Noam, ouvertement anti-LGBT.

Les efforts de Netanyahu pour garantir l’entrée du Parti sioniste religieux à la Knesset ont été critiqués par ses opposants qui affirment que le Premier ministre est prêt à franchir toutes les lignes rouges pour rester au pouvoir. Mais le Premier ministre affirme que le Parti sioniste religieux n’est pas moins légitime que les partis de la ligne dure de l’autre côté de l’échiquier politique, tout en ajoutant qu’il ne prévoit pas d’offrir un poste ministériel à Ben Gvir.

Le jour de l’élection, M. Ben Gvir n’a pas semblé s’offenser de cet affront et a attribué au Premier ministre (« et à Dieu ») le mérite d’avoir assuré son prochain poste – celui de membre de la Knesset.

Lorsqu’on lui a demandé si Netanyahu avait contribué à dédiaboliser son parti dans l’arène politique israélienne, après des décennies où les kahanistes étaient considérés comme hors-la-loi, Ben Gvir s’est montré dédaigneux. « C’est une question de gauchiste », a-t-il répondu, sans se donner la peine d’y répondre.

Bien qu’il soit numéro 3 sur la liste du Parti sioniste religieux, Ben Gvir rivalise avec Smotrich en tant que visage le plus reconnaissable du parti. Il apparaît régulièrement dans les publicités de campagne de divers partis centristes et de gauche, qui avertissent leurs partisans qu’il obtiendra un poste important dans le prochain gouvernement s’ils ne se déplacent pas pour voter pour le bloc anti-Netanyahu.

« La gauche sait que, contrairement à tous les autres politiciens, je fais ce que je dis, et cela leur fait peur », a-t-il déclaré. « Leur peur est mon rêve. »

Alors que Netanyahu a juré de ne pas donner à Ben Gvir un poste de ministre, le candidat du Parti sioniste religieux a fait remarquer que le Premier ministre devra compter sur lui pour former un gouvernement et ne sera donc pas en mesure de rejeter d’emblée ses demandes.

Le candidat du Parti sioniste religieux Itamar Ben Gvir est assailli par des partisans à l’extérieur d’un bureau de vote à Ofakim, le 23 mars 2021. (Jacob Magid/Times of Israel)

A ce titre, il compte insister pour être nommé ministre de la Défense du Néguev et de la Galilée. Un tel poste n’existe pas, mais il est essentiel de le créer pour protéger les résidents des zones périphériques qui souffrent d’une recrudescence non traitée de la criminalité arabe, affirme Ben Gvir.

Il a partagé cette demande avec une douzaine de militants du parti qui l’acclamaient à son arrivée dans un bureau de vote de la ville d’Ofakim, dans le sud du pays. « Hé ho, regardez qui est là, le prochain ministre de la Défense du Néguev et de la Galilée ! » ont-ils scandé.

Un Ben Gvir tout rougissant a dit aux jeunes supporters qu’ils allaient devoir travailler à raccourcir le slogan.

Bien qu’il puisse être considéré comme un candidat marginal, Ben Gvir a été accueilli en héros dans tous les bureaux de vote qu’il a visités mardi matin.

Des électeurs orthodoxes portant de longues barbes et des fusils semi-automatiques attachés dans le dos ont arrêté le candidat d’Otzma Yehudit devant le bureau de vote de Kiryat Arba pour le remercier de s’être présenté.

À Beer Sheva, une militante du parti Likud a sauté de sa chaise lorsque Ben Gvir s’est arrêté pour prendre un selfie avec le candidat.

Dans un autre bureau de vote de la ville, il a été arrêté par un homme à la chemise déchirée. « Toute ma vie, j’ai voté pour le Likud. Je suis actuellement en deuil, mais je suis venu vous rencontrer et voter pour vous », a-t-il dit à un Ben Gvir visiblement touché.

Le candidat du Parti sioniste religieux Itamar Ben Gvir (au centre) bénit un homme sur la tombe de Baba Salé à Netivot, le 23 mars 2021. (Jacob Magid/Times of Israel)

Alors que d’autres chefs de parti se sont arrêtés au mur Occidental pour une prière de dernière minute, Ben Gvir a choisi de se rendre sur la tombe du rabbin séfarade marocain et kabbaliste Baba Saleh à Netivot pour y prier le jour de l’élection. Là, il a été accueilli par plusieurs fidèles qui ont demandé au candidat du Parti sioniste religieux de les bénir.

« Que Dieu veille sur vous et vous protège… et nous apporte un gouvernement de droite », a-t-il murmuré, apparemment peu habitué à recevoir de telles demandes.

Debout à côté du sanctuaire, un jeune père s’est approché de Ben Gvir avec une paire de ciseaux et a demandé à l’homme politique s’il accepterait de couper la première mèche de cheveux de son enfant de 3 ans.

Ben Gvir a parcouru un long chemin depuis ses années de jeunesse.

À l’adolescence, Ben Gvir a dirigé l’aile jeunesse du mouvement Kach du rabbin Kahane, qui a été déclaré illégal en Israël dans les années 1990 et désigné par la suite comme une organisation terroriste par le Département d’État américain. Après des années passées devant les tribunaux en tant qu’accusé en raison de son militantisme d’extrême droite, Ben Gvir a décidé qu’il préférait pratiquer le droit plutôt que de l’enfreindre. Il est depuis devenu l’un des avocats les plus recherchés par les jeunes ultranationalistes accusés de mener des attaques haineuses contre les Palestiniens, ainsi que par les soldats de Tsahal accusés d’avoir fait un usage excessif de la force.

Itamar Ben Gvir tenant un ornement de la voiture du Premier ministre Yitzhak Rabin, dans une interview d’octobre 1995. (Capture d’écran : YouTube/IBA)

M. Ben Gvir compte désormais protéger ces personnes depuis la Knesset, affirmant mardi que les soldats israéliens ont actuellement peur de se défendre contre les lanceurs de pierres et de cocktails Molotov par crainte de répercussions juridiques.

« J’aurai le soutien de chaque soldat, qu’il ait ou non une kippa sur la tête », a-t-il déclaré à Netivot.

« Mais il faut aussi se débarrasser des Arabes », a lancé un homme plus âgé, alors que Ben Gvir était en direct sur Facebook Live.

« Non, non. Seulement ceux qui sont déloyaux. Ceux qui sont loyaux envers le pays, ahlan wa sahlan« , a dit le candidat en utilisant une formule de salutation arabe.

La photo du tueur Baruch Goldstein accrochée dans le salon du chef d’Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir. (Capture d’écran Treizième chaîne)

Ben Gvir s’est arrêté pour saluer plusieurs femmes âgées qui demandaient de l’argent à l’extérieur des bureaux de vote et a exhorté ceux qui chahutaient les militants des partis de gauche à respecter ceux qui ont des différences politiques.

Pour la première fois, Ben Gvir se retrouve sur la liste d’un parti dans lequel il n’est pas considéré comme l’élément le plus extrémiste. « Grâce » à Noam, dont les candidats ont critiqué Netanyahu pour avoir nommé un ministre ouvertement homosexuel, Ben Gvir est considéré comme un membre relativement ordinaire du Parti sioniste religieux.

« J’ai toujours dit que nous étions centristes », a plaisanté le candidat qui, jusqu’à récemment, avait accroché dans son salon une photo de l’auteur du massacre de Hebron de 1994, Baruch Goldstein.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...