Netanyahu et Bennett s’écharpent à propos de l’incident de Hébron
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Netanyahu et Bennett s’écharpent à propos de l’incident de Hébron

Le ministre de l’Education demande que le cabinet soutienne le soldat inculpé pour meurtre ; des ministres l’accusent de chercher une “capitalisation politique”

Naftali Bennett à Jérusalem le 20 septembre 2015. (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL)
Naftali Bennett à Jérusalem le 20 septembre 2015. (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL)

Pendant une orageuse session du cabinet dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rageusement défendu l’enquête de l’armée sur un meurtre présumé par un soldat israélien qui a abattu un assaillant palestinien blessé jeudi à Hébron, même s’il a affronté des critiques féroces de son ministre de l’Education, Naftali Bennett, sur cette affaire.

Jeudi, deux Palestiniens ont mené une attaque au couteau contre des soldats israéliens à Hébron, blessant un soldat avant de se faire tirer dessus par d’autres.

Un assaillant a été tué sur place, alors que l’autre a été blessé. Une vidéo de l’incident diffusée vendredi a montré un soldat israélien tirant à la tête sur le second Palestinien plusieurs minutes après les faits. Les procureurs militaires ont accusé le soldat de meurtre devant la cour militaire de Jaffa.

S’exprimant dimanche en fin de matinée devant le gouvernement réuni pour sa rencontre hebdomadaire, Netanyahu a critiqué les tentatives de « remettre en cause » la moralité de l’armée israélienne.

« Les soldats israéliens, nos enfants, respectent de hautes valeurs morales alors qu’ils combattent contre des assassins assoiffés de sang dans des conditions opérationnelles difficiles. Je suis certain que dans tous les cas, y compris celui-ci, l’enquête [de l’armée] tient compte de toutes les circonstances, a-t-il déclaré. Nous devons soutenir le chef d’Etat-major, les forces de défense d’Israël et nos soldats, qui préservent notre sécurité. ».

La remarque de Netanyahu a utilisé un ton bien moins sévère sur l’affaire que celui utilisé dans un communiqué qu’il avait publié jeudi, lorsqu’il avait souligné que « ce qui était arrivé à Hébron ne représente pas les valeurs de l’armée. »

Pendant la réunion à huis clos du gouvernement dimanche, quelques minutes après avoir diffusé son communiqué, Netanyahu a affronté la critique rageuse de son aile droite, selon des fuites en temps réel.

« Nous ne pouvons pas décider du destin du soldat. Ce n’est pas normal que l’establishment de la défense informe [les journalistes] contre lui alors que l’enquête est en cours, et il est ridicule qu’il soit accusé de meurtre », a annoncé le ministre de l’Education Bennett (président du parti national religieux HaBayit HaYehudi), s’attirant des réponses colériques des autres ministres.

Il semblait faire référence à la publication de détails de l’enquête dans des médias israéliens dimanche.

Les soldats israéliens portant le corps d'un Palestinien qui a poignardé un soldat dans la ville de Hébron en Cisjordanie le 24 Mars 2016 (Crédit : Wissam Hashlamon / Flash90)
Les soldats israéliens portant le corps d’un Palestinien qui a poignardé un soldat dans la ville de Hébron en Cisjordanie le 24 Mars 2016 (Crédit : Wissam Hashlamon / Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a interrompu Bennett, déclarant que : « Chacun ici soutient l’armée, mais vous essayez de capitaliser politiquement sur l’affaire. Si vous avez un problème avec l’inculpation et que vous pensez que les ministres devraient intervenir, dites-le à la ministre de la Justice. Si vous avez du mal à la joindre, je peux aider. » (La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, appartient au même parti que Nafatali Bennett.)

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a également critiqué Bennett, selon des fuites de la réunion, disant aux ministres qu’ « il y a une campagne palestinienne pour dépeindre l’armée comme des meurtriers, et nous devons soutenir l’armée et l’enquête indépendante qu’elle mène. »

« Je pourrais à présent être décrit comme un gauchiste qui ne défend pas nos soldats, et vous comme quelqu’un qui se bat pour eux, mais c’est un mensonge, a déclaré Deri à Bennett. Nous soutenons tous nos soldats, et nous ne devons pas laisser ceci devenir politique. »

Selon un compte du journaliste de la radio publique israélienne Ido Benbaji (lien en hébreu), les mots de Deri ont été suivis de cris.

Bennett a ensuite été entendu dire à Netanyahu : « Nous devons soutenir nos soldats. »

Le Premier ministre a rétorqué : « Ne me faites pas une leçon sur l’éthique. J’ai commandé et soutenu des soldats plus que vous. La politique n’est pas tout. »

Plus tôt dimanche, Bennett avait accusé des « politiciens importants » de « danser au son de B’Tselem », le groupe de défense des droits de l’Homme de gauche qui a rendu publique une des vidéos de l’incident.

Bennett a reconnu que le soldat pouvait avoir « mal évalué » la situation en se pensant en danger alors qu’il ne l’était pas, mais a souligné qu’il n’était pas un meurtrier. S’exprimant dimanche sur la radio publique israélienne, il a déclaré que le soldat méritait un procès avant d’être jugé coupable par les dirigeants politiques.

Il a également considéré que l’inculpation pour meurtre était « hystérique », et a promis d’utiliser son pouvoir comme membre du cabinet de sécurité pour assurer que le soldat reçoive un procès juste.

Bennett a protesté contre la publicisation par l’armée elle-même des découvertes de son enquête, déclarant qu’il était inapproprié pour le système de justice interne de l’armée d’informer les médias à propos d’une affaire.

Parmi les découvertes de l’armée, le soldat inculpé se serait prononcé pour tuer l’attaquant survivant avant le tir, et dit après à ses commandants que l’assaillant palestinien méritait de mourir.

La détention du soldat a été étendue jusqu’à mardi par la cour militaire de Jaffa. Des officiels de l’armée ont souligné ce week-end que l’armée se tenait aux côtés de ses soldats qui « font des erreurs » qui découlent d’erreurs d’évaluation raisonnables de situations de combats. Mais les commandants sur le terrain, y compris la propre compagnie du suspect et des commandants de bataillon du suspect, ont jugé que ses actions avaient dépassé la ligne de la conduite autorisée.

L’avocat du soldat a déclaré dimanche qu’il démentait ces commentaires. « La justice est faite dans les tribunaux, pas dans les médias », a souligné l’avocat.

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