Israël en guerre - Jour 229

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Opinion

Netanyahu saisira-t-il l’opportunité de calmer les tensions avec Washington ?

En 3 mois, le Premier ministre a déchiré le pays et mis à mal nos relations avec notre principal allié. Il existe bien une solution, mais elle implique de renforcer notre démocratie

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Joe Biden s'adressant à la presse à l'aéroport international de Raleigh-Durham, à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. (Crédit : Jim Watson/AFP)
Le président américain Joe Biden s'adressant à la presse à l'aéroport international de Raleigh-Durham, à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. (Crédit : Jim Watson/AFP)

Peu importe le nombre de fois où le Premier ministre Benjamin Netanyahu affirme qu’il « renforce la démocratie » en exerçant un contrôle politique sur le système judiciaire israélien, il sait que ce n’est pas vrai.

Et le président américain Joe Biden sait qu’il sait que ce n’est pas vrai.

En critiquant publiquement, mardi, la tentative de Netanyahu de transformer Israël – d’une démocratie juive tolérante en un fief personnel – en avertissant qu’Israël « ne peut pas continuer sur cette voie » et en appelant Netanyahu à « renoncer » à sa réforme qui aurait pour but de neutraliser les tribunaux, le président américain a ajouté son poids considérable à l’effort de protection d’un pays qu’il aime contre un Premier ministre manifestement déterminé à faire tout ce qu’il faut pour conserver le pouvoir – tout ce qui sera nécessaire, y compris déchirer le tissu de la société israélienne, détruire l’économie et saper la cohésion des forces de sécurité.

Les tentatives immédiates de Netanyahu et de ses alliés pour discréditer le président américain, en le présentant comme une victime collatérale des « fake news » de la réforme du système judiciaire ou comme un adversaire déclaré de l’État, ne tiennent manifestement pas la route.

Toutes les politiques de Joe Biden dans cette région ne trouvent pas grâce aux yeux d’Israël – sa réticence à s’opposer plus fermement à l’Iran a suscité une profonde consternation dans une grande partie de l’échiquier politique. Mais c’est un sioniste convaincu de longue date, dont l’engagement n’est plus à démontrer, et qui avait déclaré en termes très émouvants, lors de sa visite ici l’année dernière, qu’après plus de 50 ans passés au sein du gouvernement fédéral à contribuer à l’établissement de liens bilatéraux, « voir Israël prospérer, voir les rêves les plus fous des pères et mères fondateurs d’Israël se transformer en une réalité, dont bénéficient aujourd’hui les enfants d’Israël, est pour moi proche du miracle ».

Et il est conscient de ce qui se passe précisément ici et maintenant, de la prise de pouvoir de Netanyahu et de sa présentation fallacieuse d’un rétablissement de l’équilibre entre les branches du gouvernement. Les liens entre les États-Unis et Israël sont les plus intimes qui soient, avec les interactions les plus nuancées à tous les niveaux de chaque sphère bilatérale. Il suffit d’écouter les propos de Biden à l’aéroport de Raleigh-Durham pour s’en convaincre.

« Il faut espérer que le Premier ministre agira de manière à essayer de trouver un véritable compromis », a déclaré le président, en insistant sur le mot « véritable » pour souligner que le dirigeant du monde libre, âgé de 80 ans et chargé de nombreuses crises, reconnaît néanmoins exactement le type de législation radicale que Netanyahu a fait passer au bulldozer à la Knesset, que les excès du Premier ministre en renvoyant son ministre de la Défense l’ont contraint à annoncer une suspension temporaire, et qu’il existe un scepticisme bien fondé quant au fait que le dialogue qu’il a accepté d’entamer ne soit rien d’autre qu’un bref répit avant la reprise de ce blitz législatif.

La réponse immédiate et cinglante de Netanyahu n’a fait que renforcer toutes les craintes concernant son comportement de plus en plus destructeur. En substance, le Premier ministre a dit au dirigeant de l’allié principal d’Israël qu’il ne savait pas de quoi il parlait et qu’il devait se rétracter.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la séance plénière de la Knesset, à Jérusalem, le 27 mars 2023. (Crédit: Yonatan Sindel/ Flash90)

Netanyahu savait depuis le début à quel point il serait incendiaire de donner au suprémaciste juif et théocrate Bezalel Smotrich un rôle central dans le gouvernement, sans parler des fonctions qui lui ont été attribuées – en tant que ministre délégué – au sein du ministère de la Défense. Il savait que le provocateur anti-arabe Itamar Ben Gvir était la dernière personne à placer à la tête de la police. Il savait à quel point il serait source de divisions d’accéder aux demandes des ultra-orthodoxes d’une exclusion générale du service militaire et national. Et il savait que la révolution judiciaire qu’il déclenchait était l’antithèse de la « réforme ».

Mais il a pris toutes ces mesures impensables et bien d’autres encore, s’étant lui-même convaincu que sa propre survie politique était essentielle à la survie de ce pays.

En réalité, c’est le contraire qui est en train de se produire. Lui et ses fidèles sont en train de déchirer Israël.

Le président Isaac Herzog accueillant des délégations des partis le Likud, Yesh Atid et HaMahane HaMamlahti pour des négociations, à sa résidence de Jérusalem, le 28 mars 2023. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Et pourtant.

Le recours de Netanyahu à une suspension temporaire et son consentement à un nouveau dialogue sous les auspices du président Isaac Herzog, aussi cyniques que soient les motivations du Premier ministre, offrent encore une issue à ce désastre.

Nous avons maintenant deux présidents horrifiés, dans leur pays et à l’étranger, qui implorent Netanyahu d’abandonner ses propositions actuelles et de s’engager dans un effort substantiel et patient pour instituer une véritable réforme du système judiciaire par le biais de la discussion et du consensus.

Les pourparlers qui ont débuté mardi pourraient en effet, comme le dit Herzog depuis longtemps, marquer un « moment constitutionnel décisif ». (D’ailleurs, un médiateur qui n’a jamais été à la tête d’un parti d’opposition pourrait être une idée).

Les Israéliens ont pris conscience, au cours des trois derniers mois, de la vulnérabilité de notre démocratie, du manque de protection de nos droits fondamentaux, de l’inadéquation totale des soi-disant « Lois fondamentales » qui n’ont jamais été rassemblées, complétées et inscrites dans une constitution. Il n’a jamais été aussi évident que ce pays miraculeux et complexe, avec une population d’une telle diversité et des croyances et priorités souvent contradictoires, a besoin d’un cadre garanti pour une coexistence interne tolérante et stable, sur le modèle inestimable de la Déclaration d’Indépendance.

De la crise est née une opportunité, une voie pour guérir les fractures qui se creusent.

Mais comme nous le savons tous et comme l’a souligné le dirigeant de notre allié surpuissant, c’est au Premier ministre d’en décider.

Le cauchemar épouvantable et clivant que Netanyahu a imposé à Israël au cours des trois derniers mois, en donnant la priorité à son attaque contre l’État de droit au détriment de tous les intérêts nationaux fondamentaux, ne laisse guère de place à l’optimisme. Mais s’il venait à saisir cette opportunité, il renforcerait réellement la démocratie.

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