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Le Likud et l’extrême-droite méprisent les critiques de Joe Biden

Selon Nissim Vaturi, Israël serait "plus démocratique" que les USA ; certains fonctionnaires US penseraient que Netanyahu représente un "danger existentiel pour Israël"

À gauche : le président américain Joe Biden à l'aéroport international de Raleigh-Durham à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. À droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 19 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster ; Abir Sultan/Pool Photo via AP)
À gauche : le président américain Joe Biden à l'aéroport international de Raleigh-Durham à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. À droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 19 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster ; Abir Sultan/Pool Photo via AP)

Les membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont réagi avec fureur mercredi matin à la critique extraordinaire du président américain Joe Biden sur le projet de loi sur la réforme du système judiciaire israélien. Un député du Likud, le parti au pouvoir du Premier ministre, est allé jusqu’à affirmer qu’Israël était « probablement plus démocratique » que les États-Unis et à accuser l’ancien président américain Barack Obama d’avoir causé la mort de soldats israéliens lors d’une opération menée en 2014 dans la Bande de Gaza.

Pendant ce temps, des personnalités de l’opposition ont qualifié le gouvernement Netanyahu de « dangereux » et un ancien envoyé israélien à Washington a décrit la crise actuelle comme étant peut-être la pire dans les relations bilatérales depuis plus de 30 ans, ajoutant que l’Administration Biden n’a « aucune confiance » dans le Premier ministre.

Mardi, Biden a exhorté Netanyahu à « renoncer » à sa réforme du système judiciaire, se disant « très préoccupé » par la santé de la démocratie israélienne et avertissant qu’Israël « ne peut pas continuer sur cette voie ».

« Il faut espérer que le Premier ministre agira de manière à trouver un véritable compromis, mais cela reste à voir », a déclaré Biden à la presse, en insistant sur le mot « véritable ». Biden a également répondu par un « non » à la question de savoir s’il inviterait Netanyahu à la Maison Blanche. « Pas à court terme », a-t-il ajouté.

Les commentaires publics extraordinairement critiques du président semblent aller à l’encontre du message de son administration au cours des dernières 24 heures, au cours desquelles les responsables américains ont salué à plusieurs reprises la décision de Netanyahu, lundi, de suspendre les efforts législatifs de sa coalition visant à réduire radicalement le pouvoir de la Haute Cour de justice et d’entamer des négociations avec l’opposition afin de parvenir à un compromis sur la réforme judiciaire.

Netanyahu a rapidement réagi en insistant sur le fait qu’il cherchait à rétablir « l’équilibre entre les trois branches du gouvernement » par le biais d’un consensus. Rejetant l’avertissement sans précédent de Biden, le Premier ministre a déclaré qu’Israël est un pays souverain qui prend ses décisions en fonction de la volonté de son peuple et non pas en fonction de pressions exercées de l’étranger, même de la part du « meilleur de ses amis ».

« Pendant des dizaines d’années, Israël a été le plus proche allié des États-Unis. Le gouvernement le plus extrémiste de l’histoire du pays a gâché cela en trois mois », a écrit le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, sur Twitter mercredi matin.

Benny Gantz, chef du parti d’opposition HaMahane HaMamlahti, a qualifié les commentaires de Biden de « réveil urgent pour le gouvernement israélien ». « La détérioration de nos liens avec les États-Unis, notre ami le plus proche et notre allié le plus important, est un coup stratégique », a-t-il ajouté.

La cheffe du parti Avoda, Merav Michaeli, a déclaré que Biden avait « dit à sa manière que Netanyahu est dangereux pour Israël. Il est temps d’agir pour remplacer ce dangereux gouvernement ».

Yair Lapid, Benny Gantz, Merav Michaeli et Avigdor Liberman se rencontrant pour coordonner la stratégie de l’opposition face à la réforme du système judiciaire, à Jérusalem, le 13 mars 2023. (Crédit : Yesh Atid)

De nombreux membres de la coalition ont fait des commentaires mercredi matin dont le message était similaire à la réaction de Netanyahu, tandis que d’autres ont répondu à Biden avec plus de virulence.

Le ministre de la Sécurité nationale d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, avec lequel l’Administration Biden a indiqué à plusieurs reprises qu’elle ne s’engagerait pas directement, a déclaré à la radio de l’armée : « Nous apprécions le régime démocratique en place, mais c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent comprendre qu’Israël est un pays indépendant et non une étoile de plus sur le drapeau américain ».

« Il faut que cela soit clair pour le monde entier : les gens ici ont tenu des élections et ont leurs propres souhaits. »

Cependant, une série de récents sondages d’opinion ont montré que la coalition actuelle s’effondrait en termes de soutien et risquait de perdre jusqu’à 11 sièges sur les 64 dont elle dispose actuellement à la Knesset, qui en compte 120 au total. Même dans un sondage diffusé mardi sur la Quatorzième chaîne – une chaîne de télévision qui a adopté une position de droite non dissimulée et qui a les faveurs de nombreux politiciens de l’actuel gouvernement – les partis de la coalition actuelle n’obtiendraient que 58 sièges, perdant ainsi leur majorité.

« Il est hors de question que les États-Unis s’immiscent dans les affaires internes d’Israël. Nous sommes une démocratie. Alors au nom de quoi pourraient-ils nous dicter ce que nous devons faire ? », a déclaré le député Nissim Vaturi (Likud) à la radio 103FM.

Il a également critiqué le système américain de sélection du président de la Cour suprême, le qualifiant « d’inapproprié ». « Nous sommes probablement un peu plus démocratiques que les États-Unis », a-t-il ajouté.

Concernant la dépendance d’Israël à l’égard du soutien américain, Vaturi a déclaré que « si nous devons nous protéger, nous le ferons sans les États-Unis, s’ils ne nous soutiennent pas ».

Le député a également accusé l’Administration Obama d’imposer un embargo sur les armes pour fournir à Israël des missiles Hellfire pour les hélicoptères d’attaque Apache, accusant directement Washington d’avoir causé la mort de soldats israéliens lors d’une guerre en 2014 avec des groupes terroristes à Gaza.

« Il y a eu un incident pendant l’Opération Bordure protectrice, lorsqu’ils ont décidé d’un embargo sur les armes pour les missiles Hellfire pour les [hélicoptères] Apache… Il me semble que des soldats ont été tués, également ‘grâce au soutien américain' », a déclaré Vaturi. Lorsque l’interviewer lui a demandé s’il affirmait que des soldats israéliens avaient été tués à cause d’un embargo sur les armes imposé par les États-Unis, Vaturi a répondu : « Oui ».

Le député du Likud Nissim Vaturi participant à une discussion à la Knesset, à Jérusalem, le 21 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Biden est influencé par des journalistes de gauche et des figures de l’opposition israélienne qui ont décidé de faire un coup d’État. Est-ce que cela est démocratique ? », a interrogé Vaturi lors d’une autre interview avec la radio de l’armée.

« L’intervention répétée de l’administration américaine n’est pas digne d’une relation entre amis, et est inacceptable. La politique intérieure d’Israël n’appartient qu’à Israël, et il doit en être ainsi », a déclaré Dan Illouz, un autre député du Likud.

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar (Likud), a écrit sur Twitter que Biden avait été « victime de fausses nouvelles diffusées en Israël contre notre réforme judiciaire justifiée ». Il a ensuite supprimé le tweet « par respect pour notre relation importante avec notre plus grand allié, les États-Unis », tout en répétant qu’Israël avait été victime de « fake news ».

Le ministre des Communication Shlomo Karhi (Likud) s’en est pris aux figures de l’opposition, Lapid et Michaeli, en reprenant l’affirmation selon laquelle leur campagne contre la réforme du système judiciaire s’apparentait au mouvement anti-Israël Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

« On ne peut pas être en colère contre Biden alors qu’il est affecté par la campagne BDS menée par Merav Michaeli et Yaïr Lapid », a déclaré Karhi à la radio Galey Israël. « Nous respectons les États-Unis, qui sont notre plus grand ami, mais nous restons fidèles à nos valeurs. Nous respectons Biden, mais nous sommes libres. Une partie de notre liberté consiste à nous libérer des chaînes qui nous ont liés pendant une génération. »

Le député Gideon Saar (HaMahane HaMamlahti), un ancien membre du Likud, qui s’était brouillé avec Netanyahu et qui est maintenant dans l’opposition, a critiqué certaines des réactions de la coalition. « Jamais un gouvernement n’a causé de dommages aussi importants au pays en l’espace de si peu de temps. Les remarques des ministres et des députés du Likud témoignent d’un manque total de jugement. »

Danny Ayalon, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur aux États-Unis, 23 octobre 2012. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/Flash90)

L’ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Danny Ayalon, a déclaré que la crise actuelle était peut-être la pire dans les relations bilatérales depuis 1991, lorsque le président américain de l’époque, George H. W. Bush, avait bloqué le transfert de 10 milliards de dollars à Israël en raison de sa méfiance à l’égard du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Shamir.

« Peut-être que c’est encore pire [maintenant], parce qu’en 1991, c’était vraiment une question de politique étrangère sur les implantations », a déclaré Ayalon à la radio 103FM. « Mais aujourd’hui, lorsqu’ils voient qu’Israël se bat pour ses valeurs fondamentales, c’est pour eux quelque chose qui déstabilise complètement la base de la relation. »

Ayalon a déclaré qu’après l’annonce par Netanyahu du limogeage du ministre de la Défense Yoav Gallant – qui a déclenché des rassemblements et des grèves sans précédent qui ont contraint le Premier ministre à suspendre la réforme, même si Gallant n’a pas encore reçu de lettre officielle de licenciement – l’ancien diplomate a reçu des appels téléphoniques confus de responsables américains, dont certains ont déclaré que « jusqu’à preuve du contraire, Netanyahu représente un danger existentiel pour l’État d’Israël ».

« C’est aussi grave que ça. De plus, il met en péril les intérêts des États-Unis en matière de sécurité », a déclaré Ayalon. « Ils suivent cela avec anxiété. Netanyahu connaît l’ADN et la tradition de Washington – l’ensemble des dirigeants politiques de la région ne pensent qu’à la prolifération de la démocratie. Pour eux, la démocratie est comme une religion, ils ne font pas de compromis. »

Biden ouvre ce mercredi son « Sommet pour la démocratie », qu’il estime être à un « point d’inflexion » face aux autoritarismes, au cours duquel il annoncera près de 700 millions de dollars pour appuyer le « renouveau démocratique » à travers le monde.

Ayalon a déclaré que la réaction de Netanyahu « aggravait la situation », ajoutant qu’ils n’ont « aucune confiance en lui ».

Michael Oren, un autre ancien ambassadeur aux États-Unis, qui a été nommé par Netanyahu et a servi sous ses ordres, a critiqué Biden et la démocratie américaine et a invoqué l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole.

« Je ne pense pas qu’un pays qui a connu, il n’y a pas si longtemps, une telle insurrection soit en mesure de prêcher pour la démocratie à Israël, ni même à qui que ce soit d’autre. Il n’est pas exactement bien placé pour nous dire ce qui est démocratique et ce qui ne l’est pas », a estimé Oren auprès d’I24 news.

Il a ajouté que la remarque de Biden pourrait avoir l’effet boomerang de rallier les Israéliens au gouvernement, et a critiqué le président américain pour avoir émis ses critiques publiquement plutôt que lors d’un appel téléphonique. Il a aussi jugé que la crise actuelle n’était pas le pire moment de l’histoire des relations entre les deux pays.

Par ailleurs, un haut fonctionnaire américain qui s’est entretenu avec The Forward sous le couvert de l’anonymat a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que le gouvernement israélien avait fait une « grossière erreur de calcul » dans son interprétation de la réaction de Washington face à cette refonte judiciaire.

« Il n’y a aucune raison pour que Jérusalem veuille en arriver là aujourd’hui. »

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