Netanyahu suggère qu’il procédera à l’annexion s’il gagne le 2 mars
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Netanyahu suggère qu’il procédera à l’annexion s’il gagne le 2 mars

Lors d'un événement de campagne, le Premier ministre a clamé que le Likud ferait appliquer la loi israélienne dans certaines parties de la Cisjordanie "dès que nous aurons gagné"

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivent pour la cérémonie de présentation de sa proposition de paix israélo-palestinienne, le 28 janvier 2020, à Washington, dans la salle Est de la Maison Blanche. (AP Photo/Alex Brandon)
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivent pour la cérémonie de présentation de sa proposition de paix israélo-palestinienne, le 28 janvier 2020, à Washington, dans la salle Est de la Maison Blanche. (AP Photo/Alex Brandon)

Le Premier ministre a suggéré mardi qu’il ferait avancer le plan d’application de la souveraineté israélienne dans certaines parties de la Cisjordanie seulement après les élections du 2 mars.

Lors d’un événement de campagne organisé à Beit Shemesh, Netanyahu a vivement recommandé aux personnes présentes de l’aider à être élu lors du prochain scrutin législatif, disant qu’une victoire permettrait à son parti du Likud d’obtenir l’approbation pour le plan de paix de l’administration Trump.

Ces propos sont venus contredire la promesse faite antérieurement par Netanyahu de procéder à l’annexion des territoires immédiatement après la révélation du plan de paix, le 28 janvier. L’idée d’une annexion rapide avait été rejetée par Jared Kushner, envoyé au Moyen-Orient du président Donald Trump.

« Si nous gagnons, quand nous gagnerons, nous continuerons à écrire l’histoire. Dès que nous aurons gagné, nous ferons appliquer la loi israélienne dans toutes les communautés juives de la vallée du Jourdain et de Judée-Samarie », a-t-il assuré, utilisant les termes bibliques pour désigner la Cisjordanie.

« Nous, le Likud, nous ne laisserons pas s’échapper une telle opportunité. Mais pour garantir que tout cela se réalise, pour garantir les frontières d’Israël, pour garantir l’avenir d’Israël, j’ai besoin que tous les membres du Likud aillent voter et qu’ils persuadent également les autres d’aller voter. Cette fois-ci, tout le monde doit aller voter, nous ne devons oublier personne », a ajouté le candidat à sa réélection.

Le plan de Trump prévoit l’annexion par l’État juif de parties déterminantes de la Cisjordanie, notamment de la vallée du Jourdain et de toutes les implantations. Il envisage également la création d’un État palestinien jouissant d’une souveraineté limitée sur environ 70 % de la Cisjordanie, sans la plus grande part de Jérusalem-Est – des propositions qui ne parviennent pas seulement à répondre aux demandes de base qui avaient été soumises par les Palestiniens.

Les Palestiniens ont fermement rejeté le plan, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, estimant qu’il était « la gifle du siècle ».

Netanyahu et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman avaient indiqué, quelques heures après la révélation du plan en date du 28 janvier, qu’Israël avait le feu vert pour annexer immédiatement des zones de Cisjordanie qui lui étaient allouées selon les dispositions de la proposition.

Faisant prendre à la Maison Blanche ses distances face à ce positionnement israélien, Jared Kushner, haut conseiller et gendre de Donald Trump, avait clairement établi que les États-Unis souhaitaient qu’Israël attende au plus tôt le lendemain des élections à la Knesset du 2 mars pour mettre en œuvre une telle initiative.

Jared Kushner, assistant du président et haut-conseiller, écoute le président Donald Trump lors d’une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, DC, le 19 novembre 2019 (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

Kushner avait indiqué dans une interview qui avait été publiée le 29 janvier qu’une telle initiative prendrait plusieurs mois et que l’administration Trump ne soutiendrait pas une résolution de la Knesset permettant l’annexion avant les élections.

« L’espoir, c’est qu’ils attendront jusqu’au lendemain des élections, et nous travaillerons alors avec eux pour essayer de trouver quelque chose », avait-il dit.

A la question de savoir si l’administration Trump soutiendrait une décision immédiate d’Israël d’annexer la vallée du Jourdain et les implantations de Cisjordanie, Kushner avait répondu : « Non », ajoutant que « nous aurons besoin qu’un gouvernement israélien soit en place » avant d’aller de l’avant.

Friedman avait suggéré le même jour qu’il faudrait peut-être du temps avant qu’Israël puisse entamer ses plans d’annexion, soulignant qu’un comité israélo-américain chargé de discuter des paramètres exacts de l’annexion présumée devait d’abord être établi avant que Jérusalem puisse faire avancer son projet. Immédiatement après la révélation du plan de paix à la Maison Blanche, il avait néanmoins assuré qu’Israël pouvait lancer ce processus immédiatement.

Suite à la révélation du plan de paix à la Maison Blanche, Netanyahu avait fait savoir qu’il souhaitait présenter la proposition d’annexion au vote devant le cabinet de sécurité dans les meilleurs délais, soit quelques jours plus tard, mais le député du Likud Yariv Levin avait ensuite estimé qu’il y avait encore plusieurs obstacles bureaucratiques à franchir et qu’il fallait notamment « amener le plan devant le procureur général et le laisser réfléchir au dossier ».

Un responsable du Likud, qui s’était exprimé sous couvert d’anonymat, avait encore semblé minimiser davantage la perspective d’un vote imminent, clamant que « le bureau du Premier ministre travaille dur pour préparer la décision du cabinet sur la souveraineté israélienne. Il s’agit d’une tâche complexe qui comprend des cartes et des photographies aériennes. Nous espérons pouvoir l’accomplir dans les meilleurs délais ».

Une éventuelle approbation du procureur général Avichai Mandelblit à la réalisation d’une telle initiative par un gouvernement de transition reste encore indéterminée – un gouvernement de ce type étant largement limité dans la prise de décisions irréversibles.

Le procureur-général Avichai Mandelblit lors d’un débat de la commission de la Knesset consacré à la demande d’immunité du député du Likud Haim Katz, le 4 février 2020 (Crédit : Adina Veldman/Knesset)

« Mon point de vue est que je dois aider le gouvernement à faire appliquer ses politiques, et il y a des règles pour cela – il faut faire usage de retenue pendant un gouvernement intérimaire », avait expliqué Mandelblit lors d’une conférence organisée à l’Institut d’études sécuritaires internationales, quelques heures avant la révélation du contenu du plan de paix.

« Si une requête m’est soumise, alors je l’examinerai du point de vue juridique », avait-il répondu à une question sur un éventuel feu vert de sa part. « Je n’exclus rien. J’écouterai le contenu de la requête et quelle explication me sera donnée pour justifier son degré d’urgence et je prendrai une décision sur cette base ».

Vingt-quatre heures après le dévoilement de la proposition de paix, le ministre de la Défense Naftali Bennett avait annoncé qu’il avait mis en place une équipe spéciale qui serait chargée des initiatives relatives à l’annexion des implantations juives en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain et les zones entourant la mer Morte.

Bennett avait appelé le gouvernement transitoire à lancer le processus d’annexion des parties concernées de Cisjordanie sans délai et sans attendre le scrutin du mois de mars.

Le principal adversaire de Netanyahu, le parti Kakhol lavan de Benny Gantz, a pour sa part expliqué qu’il ne soutiendrait la mise en œuvre des contours du plan qu’au lendemain des élections et qu’il le ferait en coordination avec les Palestiniens, l’Égypte, la Jordanie et les autres acteurs plutôt que de manière unilatérale.

Rompant avec les précédentes administrations américaines, le plan envisage la création d’un État palestinien dans une partie de la Cisjordanie, en y joignant quelques banlieues de Jérusalem-Est, la bande de Gaza et certains secteurs du sud d’Israël – à la condition que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’État juif et que le Hamas et les autres groupes terroristes de la bande de Gaza déposent les armes.

La proposition appelle également à confier à Israël le contrôle sécuritaire total sur la zone ouest du fleuve Jourdain et interdit aux Palestiniens d’entrer en Israël comme réfugiés.

Les Palestiniens réclament toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est – capturés par l’État juif pendant la guerre de 1967 – pour y fonder leur futur État et exigent le départ de plus de 700 000 Israéliens de la zone.

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