Friedman : l’annexion n’aura lieu qu’après l’aval d’un panel israélo-américain
Rechercher

Friedman : l’annexion n’aura lieu qu’après l’aval d’un panel israélo-américain

L'ambassadeur américain n'a pas précisé si le panel devait se prononcer sur la souveraineté en Cisjordanie avant un vote au cabinet israélien qui pourrait avoir lieu mardi

L'implantation d'Ariel, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
L'implantation d'Ariel, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman, a laissé entendre mercredi qu’il faudra peut-être du temps avant qu’Israël puisse mettre à exécution ses plans d’annexion de la vallée du Jourdain et des implantations en Cisjordanie.

Ces commentaires formulés lors d’une réunion d’information aux journalistes sont survenus alors qu’Israël annonçait que son cabinet intérimaire se réunirait mardi prochain pour voter sur l’annexion, deux jours plus tard que ce qui avait été annoncé initialement afin de laisser le temps de préparer la proposition.

Friedman a souligné qu’une commission israélo-américaine chargée de discuter des paramètres exacts de l’annexion présumée doit d’abord être mise en place avant que Jérusalem puisse aller de l’avant avec ses projets. Mardi, en revanche, il avait déclaré qu’Israël était libre de commencer immédiatement à annexer les implantations de Cisjordanie.

« Cette commission travaillera avec tout le soin nécessaire pour parvenir aux bonnes choses. Mais c’est un processus qui exige un certain effort, une certaine compréhension, un certain calibrage. Nous avons besoin de voir les dimensions et de voir qu’il n’est pas incompatible avec les cartes », a-t-il assuré lors de la réunion d’information de mercredi.

Citant les propos du président américain Donald Trump tenus la veille, Friedman a expliqué que « l’accord que nous avons avec le Premier ministre est qu’en échange de l’acceptation par Israël du gel du territoire alloué à un État palestinien dans le cadre de la vision, en échange de l’acceptation de notre plan et de la poursuite des travaux… [et] de la formation d’une commission conjointe avec Israël pour convertir la carte conceptuelle en un rendu plus détaillé et calibré afin que la reconnaissance puisse être immédiatement obtenue ».

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s’exprime pendant la conférence du Forum Kohelet au centre Menachem Begin de Jérusalem, le 8 janvier 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Le gouvernement israélien fera ce qu’il fera. Mais ensuite, la commission sera formée », a précisé l’ambassadeur.

« Nous allons bientôt désigner les membres de la commission de notre côté. Nous espérons que le gouvernement israélien fera de même. Le plan et la proposition nous seront présentés et nous les considérerons comme faisant partie de l’accord. Et ils prendront une décision ».

« Nous sommes conscients que c’est quelque chose sur lequel nous allons travailler immédiatement et nous allons essayer de passer à l’action très rapidement », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait initialement déclaré qu’il voulait soumettre la proposition d’annexion au vote lors de la réunion du cabinet de dimanche, mais le ministre Yariv Levin a fait savoir plus tôt mercredi qu’il restait plusieurs obstacles bureaucratiques à franchir, notamment « soumettre la proposition au procureur général et le laisser examiner la question ».

Un cadre du Likud, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a semblé tempérer la possibilité d’un vote d’annexion imminent, indiquant que « le bureau du Premier ministre travaille dur pour préparer la décision [du cabinet de souveraineté]. C’est un travail complexe qui comprend des cartes et des photographies aériennes. Nous espérons l’achever le plus rapidement possible ».

Il n’est pas certain que le procureur général Avichai Mandelblit donnera son feu vert à une telle mesure prise par un gouvernement intérimaire, qui n’est pas habilité à prendre de telles décisions irréversibles.

« J’estime que je dois aider le gouvernement à mettre en œuvre sa politique, et cela comporte des règles – la retenue doit être maintenue pendant un gouvernement de transition », avait expliqué Avichai Mandelblit lors d’une conférence à l’Institut d’études de sécurité internationale (INSS) mardi, quelques heures avant que le président américain Donald Trump ne rende public son plan de paix qui prévoit que 30 % de la Cisjordanie, y compris toutes les implantations israéliennes, relèvent de la pleine souveraineté israélienne.

Le procureur-général Avichai Mandelblit lors de la cérémonie d’adieu pour le procureur d’Etat sortant Shai Nitzan à Jérusalem, le 18 décembre 2019 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Si une demande est déposée, je l’examinerai d’un point de vue juridique », a-t-il fait savoir en réponse à une question de savoir s’il autoriserait le cabinet à procéder à l’annexion. « Je n’exclus rien. J’entendrai quelle est la demande et quelle est l’explication de l’urgence, et je déciderai sur cette base. »

Le site d’information Ynet a cité une hypothèse non fondée selon laquelle Mandelblit dirait probablement que l’annexion est légale, mais a souligné les difficultés juridiques que pose une décision aussi conséquente. Ynet évoque la décision prise il y a près de 20 ans, lorsque le procureur général Elyakim Rubinstein a répondu au Premier ministre Ehud Barak qu’il n’y avait pas d’obstacle juridique à la tenue de négociations avec les Palestiniens pendant un gouvernement de transition, mais que le moment était néanmoins inapproprié.

A LIRE / Netanyahu en 2018 : « Pas de plan diplomatique à la veille d’une élection »

Netanyahu a promis de poursuivre l’annexion des territoires qu’Israël conserverait dans le cadre du plan de paix américain dévoilé mardi, malgré l’opposition internationale en dehors des États-Unis.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett a annoncé mercredi qu’il avait mis en place une équipe spéciale pour diriger l’effort d’annexion des implantations de Cisjordanie, de la vallée du Jourdain et de la zone autour de la mer Morte, à la suite de la publication du plan de l’administration Trump.

Bennett a appelé le gouvernement intérimaire à commencer l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie immédiatement, avant les élections du 2 mars, malgré l’apparente contradiction avec l’avis juridique largement accepté selon lequel les gouvernements intérimaires ne sont pas censés prendre des mesures politiques aussi importantes.

Le président américain Donald Trump (à droite), rejoint par le premier ministre Benjamin Netanyahu, s’exprime lors d’un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, pour annoncer le plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)

Le conseiller principal et gendre de Trump, Jared Kushner, l’un des architectes du plan, a expliqué mardi lors d’une interview à CNN qu’il ne pensait pas qu’Israël approuverait les annexions dimanche, « du moins pas au sens où je l’entends ».

Cependant, l’ambassadeur Friedman a déclaré aux journalistes mardi lors d’un point-presse après la publication du plan qu’Israël était libre d’annexer immédiatement les implantations de Cisjordanie.

« Israël n’a pas besoin d’attendre du tout », avait-il répondu, lorsqu’on lui a demandé s’il y avait un « délai de carence » au-delà duquel le pays pourrait étendre la souveraineté israélienne aux implantations.

Netanyahu avait assuré aux journalistes à Washington que les États-Unis avaient accepté l’annexion immédiate par Israël de « zones supplémentaires » de Cisjordanie qui sont adjacentes aux implantations. Cependant, il a précisé qu’Israël n’appliquerait pas sa souveraineté immédiatement, mais au cours d’une deuxième phase, à un moment encore indéterminé.

« Nous devons faire un travail pour définir exactement ce que nous allons annexer », a-t-il ainsi déclaré mardi.

Le principal rival de Netanyahu, Benny Gantz du parti Kakhol lavan a, lui, indiqué qu’il ne soutiendrait la mise en œuvre des contours du plan qu’après les élections du 2 mars.

Rompant avec les administrations américaines précédentes, le plan envisage la création d’un État palestinien dans une partie de la Cisjordanie, une poignée de quartiers de Jérusalem-Est, la bande de Gaza et certaines zones du sud d’Israël – à condition que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif et que le Hamas et les autres groupes terroristes de la bande de Gaza déposent les armes.

Le plan prévoit également l’annexion des implantations par Israël, d’accorder à l’État juif la souveraineté sur la vallée du Jourdain, de maintenir un contrôle général de la sécurité à l’ouest du Jourdain et d’empêcher les Palestiniens d’entrer en Israël en tant que réfugiés.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...