Rechercher

Nir Hefetz : Walla, un « cadeau » d’Elovitch offert à la famille Netanyahu

L'ancien conseiller de l'ex-Premier ministre a témoigné sur les liens entre les faveurs faites aux Netanyahu et les avantages accordés à Bezeq

Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)
Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)

Nir Hefetz, ancien confident et conseiller de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, a témoigné lundi pour la toute première fois dans le cadre du procès pour corruption intenté contre l’ancien chef de gouvernement. Il est témoin de l’accusation.

S’exprimant devant la cour de district de Jérusalem – Netanyahu a assisté à la plus grande partie de l’audience qui a duré toute la journée – Hefetz a fourni des informations déterminantes sur les liens unissant les faveurs faites à l’ancien Premier ministre et les avantages que l’ancien chef de gouvernement aurait accordés au géant des communications Bezeq en échange.

Hefetz témoigne actuellement dans l’Affaire 4000, dans laquelle Netanyahu est accusé d’avoir privilégié de manière illicite et lucrative les intérêts de l’actionnaire majoritaire de la firme de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture positive des actions du Premier ministre sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq.

Il est aussi mis en cause pour avoir abusé de son autorité lorsqu’il était à la fois Premier ministre et ministre des Communications, de 2014 à 2017. Netanyahu, qui soit répondre de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance dans l’Affaire 4000, dit que toutes les accusations lancées à son encontre ont été fabriquées par la police et par le Parquet et il n’a cessé de clamer son innocence. Shaul Elovitch et son épouse, Iris, sont également sur le banc des accusés.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Après la session de la matinée qui s’est concentrée sur les faveurs présumées octroyées par Netanyahu à Bezeq, les procureurs, l’après-midi, se sont penchés sur l’autre partie de l’accord, tentant de prouver un lien entre les régulations profitables adoptées par Netanyahu et la couverture médiatique positive des actions du Premier ministre sur le site Walla.

« Shaul et Iris Elovitch m’ont clairement dit, et à de nombreuses reprises – au vu de ce que répétait Yair Netanyahu [fils de l’ex-Premier ministre] qui ne cessait pas de dire que la couverture médiatique de son père n’était pas bonne – qu’ils allaient offrir ce site en cadeau à la famille Netanyahu », a déclaré Hefetz aux procureurs en réponse à une question sur l’implication personnelle du propriétaire de Bezeq dans le contenu éditorial de Walla.

« Elovitch a dit : ‘Quoi, mais ils ne comprennent donc pas que ce site est à eux ?’, » s’est-il souvenu.

Benjamin Netanyahu, au centre, entouré de journalistes et d’avocats dans la salle d’audience avant le témoignage de Nir Hefetz, son ancien conseiller, dans son procès pour corruption à la cour de district de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)

Hefetz a souligné devant les juges « l’obsession » des médias nourrie par la famille Netanyahu, particulièrement à l’égard du site Walla, notant qu’il avait ainsi été expliqué à des porte-paroles qu’une partie de leur travail serait de « corriger les injustices historiques à l’encontre de Sara Netanyahu, des injustices résultant du rôle public assumé par son mari ».

L’épouse de l’ancien Premier ministre a souvent été décrite de manière peu flatteuse dans les médias pour son comportement violent à l’égard de ses employés.

Hefetz a précisé qu’Elovitch avait accordé à Netanyahu « le degré le plus élevé de contrôle » sur le site Walla, notamment « sur sa page d’accueil et sur le titre de sa Une ».

Détaillant la manière dont l’ancien Premier ministre a tenté d’utiliser ce « cadeau » fait du site Walla, Hefetz a noté que Netanyahu était « un maniaque en termes de contrôle » s’agissant de son image publique et « qu’il ne montre jamais autant de velléité de contrôle que concernant les médias et ses chaînes et autres pages sur les réseaux sociaux ».

« Il demande à tout savoir, jusqu’aux plus petits détails », a dit Hefetz, qui a confirmé que Netanyahu lui-même avait demandé des changements dans la couverture médiatique de Walla.

« Netanyahu accorde au moins autant de temps aux médias qu’aux dossiers sécuritaires, c’est aussi le cas sur des affaires qu’un regard extérieur considérerait comme absurdes », a-t-il indiqué. « Son entourage sait qu’il ne doit jamais être dérangé, sinon pour tout ce qui touche aux médias. Même quand il assistait à des réunions sur la sécurité, il demandait que des notes lui soient transmises si nécessaire ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nir Hefetz, à gauche, lorsqu’il était à la tête de l’administration d’information nationale, arrivent à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2009 (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Évoquant les accusations faites par le procureur d’un interventionnisme de Netanyahu rendu possible en échange d’avantages accordés à Bezeq, Hefetz a raconté qu’en 2015, peu avant les élections qui avaient eu lieu cette année-là, Elovitch était souvent entré en contact avec lui pour exercer des pressions en faveur de l’approbation par le gouvernement de la fusion de son groupe avec l’opérateur YES, insistant également pour savoir qui serait désigné au poste de ministre des Communications, laissé vacant à l’époque par Gilad Erdan.

« Je pense qu’Elovitch pensait à l’époque : ‘Qui sait qui sera ministre ? Il faut absolument que l’accord avec YES soit conclu au préalable », a-t-il déclaré.

Il a expliqué qu’Elovitch était très inquiet concernant la désignation d’un nouveau ministre des Communications en 2014 après le départ d’Erdan, qui avait pris une nouvelle fonction.

Elovitch souhaitait avoir un droit de regard sur la personnalité susceptible de prendre la tête du ministère des Communications en raison de l’existence d’un accord de fusion potentiel entre son entreprise Bezeq et la firme satellite YES, une fusion qui devait rapporter des millions de shekels à l’homme d’affaires.

Hefetz a dit que l’homme d’affaires avait soumis une liste de candidats potentiels, et que le nom de l’ex-Premier ministre figurait en tête de cette liste.

« Elovitch a donné une liste et il a déclaré que son choix numéro un, pour le ministère des Communications, était que ce soit Netanyahu qui en prenne la tête, avec Tzachi Hanegbi qui arrivait en deuxième choix et Yuval Steinitz en troisième. Il a aussi dit qu’il avait entendu parler d’Ofir Akunis mais qu’il ne savait pas si ce serait une bonne chose pour lui ou non », a indiqué Hefetz, se référant à des députés du Likud.

Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : Oren Ben Hoken/Pool)

Hefetz a aussi noté qu’à une occasion, Elovitch lui avait demandé de transmettre certains documents à Netanyahu, ainsi que le message que l’accord de fusion (qui devait finalement ensuite être approuvé) entre Bezeq et YES devait être signé avant les élections en raison de l’expiration de la décision prise par l’Autorité Anti-trust de l’autoriser.

« Je ne voulais pas faire ça. Je ne pensais pas qu’il fallait réellement que ce message soit transmis, je ne comprenais pas vraiment les questions de régulation », a continué Hefetz, qui a ajouté qu’Elovitch l’avait rassuré en lui disant que les informations figurant sur les documents étaient disponibles sur Google.

« A la première occasion, un jour ou deux jours plus tard, j’ai expliqué le message d’Elovitch à Netanyahu à la résidence du Premier ministre », a poursuivi Hefetz. « Il a pris les pages, il les a lues et il les a déchirées. Il a décroché le téléphone et il a demandé qu’un rendez-vous soit pris avec Elovitch. »

Hefetz a indiqué avoir la certitude absolue que Netanyahu avait connaissance des discussions qu’il pouvait avoir avec le propriétaire de Bezeq.

« Cent pour cent sûr, je me souviens d’avoir transmis les messages d’Elovitch, tels que je les percevais, à Netanyahu », a affirmé Hefetz. « Les discussions que j’avais avec Elovitch n’avaient pas lieu dans le dos de Netanyahu ».

Le témoin a aussi dit au tribunal que l’attitude adoptée par Netanyahu à l’égard des médias était de « contacter le propriétaire » et d’aller droit au but.

Lors d’un moment déterminant, lundi, les procureurs ont fait savoir aux avocats de Netanyahu que Hefetz avait « établi clairement » qu’il n’avait pas été envoyé par Netanyahu pour discuter avec le directeur-général du ministère des Communications de l’époque, Shlomo Filber, au sujet des régulations qui concernaient Bezeq. Hefetz avait apparemment, dans le passé, déclaré aux enquêteurs que cela avait été le cas. Cette volte-face apparente a été notée dans un document après un entretien de Hefetz avec les procureurs, avant sa parution à la barre. Le site Ynet a indiqué que la défense de Netanyahu avait estimé que cette rétractation était le signe que « le dossier est en train de s’effondrer ».

Shaul Elovitch arrive à la cour de district de Jérusalem pour une audience dans le procès Netanyahu, le 22 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu et Hefetz ont semblé faire des efforts délibérés pour éviter de se regarder, ont noté les journalistes qui se trouvaient dans la salle.

Netanyahu était accompagné par trois députés du Likud, Amir Ohana, Galit Distel Atbaryan et Shlomo Karhi. Un petit groupe de partisans de l’ex-Premier ministre s’était rassemblé à l’extérieur du tribunal.

Hefetz devait passer à la barre des témoins dès la semaine dernière, mais son témoignage avait été reporté suite à une demande de la défense qui avait réclamé le temps nécessaire pour examiner de nouvelles révélations faites dans ce dossier.

Avant le début du témoignage, Netanyahu a refusé de répondre aux questions des journalistes concernant ces nouveaux éléments qui concerneraient de nouveaux cadeaux coûteux qui auraient été faits à la famille de l’ancien-Premier ministre, de manière illicite, par de riches bienfaiteurs, notamment au sujet d’un bracelet de diamants offert à Sara Netanyahu.

Hefetz était devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant une période de plus de deux semaines, et il aurait fourni aux procureurs des informations déterminantes en tant qu’intermédiaire entre Netanyahu et Elovitch, de Bezeq.

Hefetz a fait des milliers d’enregistrements de conversations pendant toutes les années où il a travaillé avec la famille Netanyahu.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...