Nouvel appel d’élus jordaniens à « réviser » le traité de paix avec Israël
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Nouvel appel d’élus jordaniens à « réviser » le traité de paix avec Israël

Après les heurts au mont du Temple, un député a soumis des "recommandations non-contraignantes" pour expulser l'envoyé israélien et rappeler celui d'Amman

Les forces de sécurité israéliennes se rendent sur le mont du Temple dans la vielle ville de Jérusalem pour faire revenir le calme, le 11 août 2019. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)
Les forces de sécurité israéliennes se rendent sur le mont du Temple dans la vielle ville de Jérusalem pour faire revenir le calme, le 11 août 2019. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

Des élus jordaniens ont exhorté lundi leur gouvernement à renvoyer l’ambassadeur israélien du pays et à « réviser » le traité de paix signé en 1994 avec l’Etat hébreu.

Ces appels des députés ont été lancés pendant une réunion « d’urgence » de la Chambre des Représentants à Amman lundi, pour discuter des « récentes violations, notamment le scandale des forces de l’occupation israélienne et des colons, à la mosquée d’al-Aqsa », a rapporté la chaîne publique Al-Mamlaka.

Cet appel est non-contraignant, mais pourrait refléter le ressenti à Amman, quelques jours après que les responsables diplomatiques jordaniens ont réprimandé l’ambassadeur israélien Amir Weissbrod suite aux récentes violences sur le mont du Temple de Jérusalem.

Dans un communiqué dimanche, le ministre des Affaires étrangères a fait part à Weissbrod de sa « condamnation et de son rejet des violations israéliennes » sur le mont du Temple, lieu saint pour musulmans et juifs et administrés par la Jordanie.

L’esplanade a été le théâtre de heurts entre les fidèles musulmans et la police dimanche, en raison de l’arrivée de Juifs durant la fête musulmane de l’Aid al-Adha, qui coïncidait cette année avec le jour du jeûne de Tisha Be’Av.

Amman avait, à ce moment, appelé à la fin immédiate de ces « violations provocantes et absurdes », qui, selon lui, « attise le conflit » et enfreint le droit international.

Le vote de lundi n’est pas le premier appel à la révision du traité de paix avec Israël, mais ces appels restent largement symboliques. Le Parlement jordanien, qui est plus réactionnaire et radical que la monarchie, ne pèse pas lourd dans le pays. La prise de décisions politiques, notamment sur les questions de diplomatie et de défense, est étroitement contrôlée par le gouvernement et la cour.

Les fidèles musulmans prient à proximité du Dôme du rocher et de la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple de Jérusalem pendant les premières prières du vendredi du mois du Ramadan, le 18 mai 2018 (Crédit : AFP Photo/Ahmad Gharabli)

Lors de cette réunion, le député Yahya Al-Saud a soumis 17 recommandations rédigées par la Commission parlementaire pour la Palestine, qu’il préside. Le texte de recommandations faisait référence à Israël comme à « l’entité sioniste » et mettait en garde contre « l’autorisation accordée aux colons Juifs à faire des prières talmudiques » au mont du Temple.

Il a notamment recommandé « l’expulsion de l’ambassadeur de l’entité sioniste à Amman »; le rappel de l’ambassadeur jordanien en Israël ; la « révision » du traité de paix signé en 1994 par les deux pays ; l’affirmation selon laquelle la mosquée d’al-Aqsa a une superficie de 14 hectares – ce qui signifie qu’il s’agit de l’ensemble de la zone du mont du Temple et pas uniquement le bâtiment de la mosquée, et par conséquent, que les non-musulmans ne sont pas autorisés ailleurs sur le mont du Temple ; renforcer l’administration du lieu saint par la monarchie hachémite ; rejeter tout projet présumé d’Israël de diviser le mont du Temple en sections et créneaux horaires de prières pour Juifs et Musulmans.

La politique israélienne consiste à maintenir l’administration jordanienne et à n’autoriser que les musulmans à prier sur le mont du Temple, les non-musulmans pouvant y effectuer de simples visites.

Le président de la Chambre des Représentants Atef Tarawneh a appelé à un vote informel pour accepter les recommandations de la Commission et de nombreux députés ont crié leur approbation.

Le Parlement jordanien (photo officielle)

Saud, président de la Commission pour la Palestine, est farouchement opposé à Israël. Il avait une fois appelé l’ancien député du Likud Oren Hazan, écarté du Parlement israélien aux dernières élections à cause d’une séries de scandales, à organiser un duel à la frontière.

Dans une interview accordée au journal jordanien Al-Ghad après la réunion, Saud a ajouté que les députés avaient accepté de faire un sit-in sur le pont Allenby, qui relie la Jordanie et la Cisjordanie, vendredi. La manifestation ne réunirait que les députés, a-t-il précisé.

Dans le cadre d’un arrangement conclu lors de la guerre des Six jours en 1967, quand Israël a capturé la Vieille Ville et Jérusalem-Est de la Jordanie, les non-musulmans ne sont pas autorisés à prier sur le mont du Temple, lieu le plus saint du judaïsme et troisième lieu le plus saint de l’islam.

En vertu du traité de paix de 1994 entre les deux pays, Israël reconnait la Jordanie comme gardien des Lieux saints de Jérusalem et du mont du Temple.

Capture d’écran d’Atef Tarawneh (Crédit : YouTube)

Quelques jours après les heurts, le ministre israélien de la Sécurité intérieure avait déclaré qu’Israël devrait se montrer en faveur d’un changement du statu quo sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem.

« Je pense que le statu quo en vigueur depuis 67 est injuste », a-t-il dit à la station Radio 90. « Nous devons travailler pour le changer pour qu’à l’avenir, les Juifs, avec l’aide de Dieu, puissent prier au mont du Temple. »

Il a assuré qu’il s’opposait à tout changement unilatéral.

« Cela doit être fait par des accords diplomatiques, et non par la force », a souligné Erdan.

Les rumeurs sur le changement de statu quo sur le lieu saint déclenchent systématiquement de virulentes protestations de la part du monde arabe, qui a accusé Israël de tenter de « judaïser » le site ou d’en étendre l’accès aux pèlerins juifs.

L’Arabie Saoudite et le Qatar ont rejoint le concert des condamnations d’Israël après les affrontements entre la police israélienne et des fidèles musulmans dans la journée de Tish BeAv.

Amir Weissbrod, le nouvel ambassadeur d’Israël en Jordanie. (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré dimanche que la convocation de Weissbrod visait à exprimer le rejet d’Amman des propos d’Erdan.

« Lors de la réunion, nous avons réaffirmé que la mosquée d’al-Aqsa/Noble sanctuaire… est un lieu de prière et de culte pour musulmans exclusivement », indique le communiqué, utilisant la dénomination islamique pour désigner le mont du Temple.

Selon Erdan, 1 729 Juifs se sont rendus sur le mont du Temple à Tisha BeAv, un record.

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