Nouvelles funérailles en préparation après la bousculade meurtrière au Meron
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Nouvelles funérailles en préparation après la bousculade meurtrière au Meron

Plus de 2 200 citoyens israéliens parmi lesquels le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ont donné leur sang pour aider les blessés dont le nombre s'élève à 120

Des ultra-orthodoxes participent à une cérémonie funéraire à Jérusalem pour la victime d'un mouvement de foule meurtrier la nuit précédente lors du rassemblement de Lag B’Omer dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
Des ultra-orthodoxes participent à une cérémonie funéraire à Jérusalem pour la victime d'un mouvement de foule meurtrier la nuit précédente lors du rassemblement de Lag B’Omer dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Israël se prépare ce samedi soir à de nouvelles funérailles au lendemain d’une bousculade monstre qui a fait au moins 45 morts lors d’un pèlerinage juif orthodoxe, l’une des pires catastrophes de l’histoire du pays.

Les funérailles devaient se dérouler après le coucher du soleil qui met fin au Shabbat, le jour de repos hebdomadaire des juifs.

Les premiers enterrements ont eu lieu la veille, quelques heures seulement après la catastrophe survenue dans la nuit de jeudi à vendredi au mont Meron (nord), un des plus grands rassemblements organisés dans le pays depuis la pandémie de Covid-19 apparue fin 2019 en Chine avant de se propager dans le monde.

« Les corps de 32 victimes de la catastrophe du Meron ont été identifiés », a indiqué vendredi soir le ministère israélien de la Santé, ajoutant que 22 corps avaient été sortis de l’institut médico-légal pour être enterrés.

Des agents de sécurité israéliens et des secouristes transportent le corps d’une victime décédée lors des célébrations de Lag B’Omer au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP)

« En raison de l’entrée du Shabbat et sur ordre du grand rabbin d’Israël, il n’est pas possible de poursuivre le processus » d’identification ainsi que les enterrements, proscrits pendant le Shabbat selon la loi juive, a-t-il précisé.

« Nous poursuivrons après la sortie du Shabbat » samedi soir, avait ajouté le ministère.

Le processus d’identification des corps se déroule en plusieurs étapes et peut nécessiter des prises d’empreintes, des analyses ADN et des dents.

« Nous travaillons dur mais il faut comprendre que c’est un processus complexe et sensible », a déclaré le docteur Chen Kugel, directeur de l’institut de médecine légale d’Abou Kabir de Tel-Aviv. Il faut agir avec « responsabilité » pour éviter de graves erreurs, avait-il ajouté, cité dans le communiqué du ministère.

Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes célèbrent Lag B’Omer lors d’un rassemblement sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

Jeudi soir, plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient réunies pour le pèlerinage marquant la fête juive de Lag Baomer, au 33e jour du Omer, au mont Meron, autour du tombeau de Rabbi Shimon Bar Yochaï, un talmudiste du IIe siècle de l’ère commune auquel on attribue la rédaction du Zohar, ouvrage central et majeur de la mystique juive. Lag Baomer marque sa hiloula, l’anniversaire de son décès et le premier transfert de son travail majeur.

Avant le drame, une foule dense dansait et chantait pour cette fête qui célèbre également la fin d’une période de deuil, reconnaissant la mort de milliers d’étudiants du rabbin Akiva dans une épidémie.

Hommes et femmes étaient séparés, des enfants étaient également présents et des bougies et des feux avaient été allumés, selon la tradition.

Yaara Chaimovich voulait montrer à ses enfants la « beauté » du Mont Meron. « Les gens étaient entassés », raconte Yaara Chaimovich, 44 ans, encore sous le choc de la nuit tragique. « C’est une sorte de Woodstock (…) Quelqu’un dit une prière et les autres répondent », souligne Mme Chaimovich, mère de six enfants, en référence au célèbre festival de rock américain. Mais alors qu’elle poussait devant elle sa fille Rivka, cinq ans, Yaara Chaimovich a vu une nuée de gens dévaler en sens inverse. La foule compacte a englouti sa fille de 11 ans, Leah. « C’était tellement stressant. » Elle a reconduit Rivka à la tente où la famille devait passer la nuit, près du site sacré. Et son mari est retourné dans la foule à la recherche de Leah qu’il a finalement retrouvée avec des contusions au bras à un poste de secours.

Des agents de sécurité israéliens et des secouristes transportent le corps d’une victime décédée lors des célébrations de Lag B’Omer au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP)

Mais des dizaines d’autres personnes, dont des enfants, n’ont pas eu cette chance. Elles sont mortes écrasées par la foule après s’être retrouvées coincées dans un passage étroit près du tombeau.

Des pèlerins sont arrivés en masse pour passer dans un couloir étroit. « Davantage de gens sont arrivés, de plus en plus, de l’intérieur et des côtés (…) La police ne les laissait pas sortir donc ils ont commencé à être serrés les uns contre les autres, puis à s’écraser », a raconté Shmuel, témoin du drame âgé de 18 ans.

Moshe Shapiro, 19 ans, un habitué du pèlerinage, tombé en « amour » dans son enfance avec le mont Meron, adossé à la frontière du Liban, raconte avoir vu des milliers de personnes arriver jeudi soir en même temps pour voir l’énorme feu de joie, moment clé des célébrations.

Dès le feu allumé, « une marée humaine s’est dirigée d’un coup dans la même direction », souffle le jeune homme qui s’est enfui sur le champ en prenant une autre direction.

« Il y avait un couloir étroit et un escalier d’environ 4 mètres – soit environ 15 ou 20 marches. Cet espace doit pouvoir contenir 50 personnes, mais quand j’y étais il y avait au moins 300 personnes », a dit Gil Alon, 47 ans, un rescapé transporté à l’hôpital Rambam, à Haïfa, selon une vidéo diffusée par l’établissement. « Je n’oublierai jamais. J’étais sur les épaules d’un homme et il y avait un homme sur mes épaules. Nous avons tous les trois survécu car nous nous sommes maintenus les uns les autres », pour ne pas perdre pied, a-t-il ajouté.

Les corps de victimes ont été transportés à l’Institut médico-légal Abou Kabir de Tel-Aviv.

Yael Freund, 58 ans de Bnei Brak, localité ultra-orthodoxe située en périphérie, s’est rendu dans cet institut pour soutenir des familles qui n’ont plus de nouvelles de leurs proches et s’agglutinent devant l’établissement.

Au pèlerinage, les « gens perdaient connaissance », a-t-elle indiqué à l’AFP.

« C’était clair qu’un désastre allait arriver. J’ai voulu demander à la police : pourquoi n’arrêtez-vous pas les gens d’affluer ? Et j’ai prié Dieu en lui demandant : ‘fais en sorte qu’il n’y ait pas de désastre' ».

Selon un communiqué publié samedi par Magen David Adom, plus de 2 200 citoyens israéliens parmi lesquels le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ont donné leur sang pour aider les blessés dont le nombre s’élève à 120, selon un dernier bilan.

« Ce qu’il s’est passé ici est déchirant. Il y a eu des gens écrasés à mort, y compris des enfants », avait déclaré M. Netanyahu vendredi sur les lieux du drame, promettant une « enquête exhaustive » sur ce drame dont les causes n’ont pas été encore clairement établies.

Parmi les victimes figurent deux Canadiens, a annoncé le ministère canadien des Affaires étrangères, et « plusieurs citoyens américains », selon un porte-parole du département d’Etat.

Le président américain, Joe Biden, s’est joint vendredi aux dirigeants du monde entier qui ont exprimé leurs condoléances, déclarant que « la perte de vies humaines parmi les fidèles pratiquant leur foi était déchirante ».

Dans une lettre envoyée au président israélien, Reuven Rivlin, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a exprimé sa tristesse face à cette « tragédie » et a dit prier « pour les victimes ».

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