Nucléaire : l’Iran annonce une nouvelle réduction de ses engagements
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Nucléaire : l’Iran annonce une nouvelle réduction de ses engagements

Téhéran estime n'être "pas parvenu au résultat que nous désirions" dans le cadre de la tentative diplomatique de l'UE pour tenter d’éviter que l’accord ne vole en éclats

Le président iranien Hassan Rouhani en conférence de presse à Téhéran, le 26 août 2019. (Crédit : Bureau du président iranien via AP)
Le président iranien Hassan Rouhani en conférence de presse à Téhéran, le 26 août 2019. (Crédit : Bureau du président iranien via AP)

L’Iran a annoncé mercredi une nouvelle réduction de ses engagements nucléaires en faisant sauter toute limite à la recherche et au développement dans ce domaine, après avoir conclu à l’échec temporaire d’une médiation française pour amorcer un dialogue entre Téhéran et Washington.

Washington avait douché les espoirs de voir cette initiative aboutir rapidement en excluant toute dérogation à ses sanctions afin de faciliter l’octroi d’une ligne de crédit à l’Iran.

Dans une allocution télévisée vers 23h00 (18h30 GMT), le président iranien Hassan Rouhani a annoncé avoir « donné l’ordre » à l’Organisation de l’énergie atomique iranienne « de prendre toute mesure nécessaire en matière de recherche et de développement et d’abandonner tous les engagements en place dans ce domaine », de façon à doter le pays de tout ce dont il a « besoin pour l’enrichissement » de l’uranium.

Cette mesure est prise car « nous ne sommes pas parvenus au résultat que nous désirions » dans le cadre de la récente tentative diplomatique emmenée par la France pour tenter d’éviter que l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 à Vienne ne vole en éclats, a-t-il ajouté.

Les mesures annoncées par M. Rouhani sont la « troisième phase » d’un plan de réduction des engagements iraniens lancé en mai en représailles à la décision prise par les Etats-Unis un an plus tôt de se retirer de ce pacte validé par le Conseil de sécurité de l’ONU.

L’accord de Vienne avait accordé à l’Iran la levée d’une partie des sanctions internationales qui l’isolaient depuis des années en échange d’une limitation drastique de son programme nucléaire, destinée à rendre impossible l’acquisition de l’arme atomique par Téhéran.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry face au ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif pendant la négociation de l’accord nucléaire iranien, à Vienne, en Autriche, le 1er juillet 2015. (Crédit : département d’État)

Jugeant ces garanties insuffisantes, le gouvernement de Donald Trump veut forcer l’Iran à négocier un accord plus contraignant. Il poursuit contre Téhéran une politique de « pression maximale », faite de sanctions punitives, visant à interdire toute vente de pétrole iranien.

Depuis mai, l’Iran est revenu sur certaines restrictions à son programme nucléaire qu’il avait consenties. Il a ainsi augmenté ses stocks d’uranium enrichi au-delà de la limite fixée par l’accord, et enrichi ce minerai à un niveau prohibé par ce texte, soit plus de 3,67 %. En matière de recherche et développement, l’accord impose des restrictions importantes dans le domaine des centrifugeuses, élément clef du cycle d’enrichissement de l’uranium.

Le 7 juillet, l’Iran avait donné 60 jours, jusqu’à ce jeudi, aux autres Etats parties à l’accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne, Russie) pour l’aider à contourner les sanctions américaines qui paralysent l’économie iranienne, sous peine de le voir s’affranchir d’autres obligations.

Menés par la France, les Européens, attachés au texte de 2015, ont redoublé d’efforts diplomatiques pour désamorcer la tension entre l’Iran et les Etats-Unis, qui a failli tourner à l’affrontement militaire direct en juin et reste très forte.

Malgré cela, Stockholm a annoncé mercredi la libération par Téhéran d’une partie de l’équipage du Stena Impero, pétrolier suédois battant pavillon britannique arraisonné en juillet par l’Iran dans le détroit d’Ormuz.

Un bateau rapide de la Garde révolutionnaire iranienne pointe une arme en direction du pétrolier Stena Impero, qui bat pavillon britannique, saisi dans le détroit d’Ormuz par la Garde et conduit dans le port iranien de Bandar Abbas, le 21 juillet 2019. (Morteza Akhoondi / Tasnim News Agence via AP)

Tout en faisant état de progrès importants dans les négociations, Rouhani, a indiqué que l’on était encore loin du compte. Il a donné « à l’Europe » un « nouveau délai de 60 jours » pour répondre aux exigences de Téhéran, faute de quoi l’Iran se déliera encore un peu plus de ses engagements.

Ligne de crédit

Téhéran a ignoré l’appel du gouvernement français, qui avait averti que Téhéran enverrait « clairement un mauvais signal » en rognant encore un peu plus ses engagements. M. Rouhani affirme de son côté que la diplomatie a encore sa chance.

La France voudrait créer les conditions pour une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rouhani en marge de l’Assemblée générale de l’ONU fin septembre à New York. « Tout est possible », a lancé mercredi le président américain, interrogé sur une telle possibilité, alors même que son homologue iranien exclut une telle hypothèse.

Concrètement, Paris tente d’offrir à l’Iran une ligne de crédit de 15 milliards de dollars pour lui apporter une partie de la bouffée d’oxygène financière que l’accord de 2015 était censé lui procurer mais que les sanctions américaines lui ont retirée.

Selon une source diplomatique française, ce montant correspond à environ un tiers des exportations iraniennes d’hydrocarbures en 2017, et les fonds avancés grâce à la ligne de crédit en cours de négociation seraient remboursés via des ventes futures de pétrole.

Brian Hook, représentant spécial américain pour l’Iran, devant des missiles à courte-portée iraniens (Qiam) à la base conjointe Anacostia-Bolling de Washington, le 29 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster)

« Nous n’entendons pas accorder d’exceptions ou de dérogations », a néanmoins martelé mercredi l’émissaire américain pour l’Iran, Brian Hook, compliquant ainsi les efforts de Paris.

Mais M. Hook n’a pas totalement fermé la porte à la proposition de la France, dont le ministre de l’Economie Bruno Le Maire est venu mardi discuter à Washington. Donald Trump a dit qu’il était prêt à envisager un geste « quand les conditions seront réunies », a expliqué l’émissaire américain, mais pour l’instant, « il n’y a pas de proposition concrète ».

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