Options binaires : réquisitoire et plaidoiries dans le procès de Lee Elbaz
Rechercher

Options binaires : réquisitoire et plaidoiries dans le procès de Lee Elbaz

La dirigeante d'entreprises frauduleuses s'est trouvée au coeur d'un plan massif d'escroquerie, pour le procureur. Pour son avocat, l'accusée n'a jamais franchi la ligne interdite

Lee Elbaz, accusée d'escroquerie par la vente et la commercialisation d'options binaires, arrive à une cour fédérale lors de la sélection du jury pour son procès à Greenbelt, dans le Maryland, le 16 juillet 2019 (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)
Lee Elbaz, accusée d'escroquerie par la vente et la commercialisation d'options binaires, arrive à une cour fédérale lors de la sélection du jury pour son procès à Greenbelt, dans le Maryland, le 16 juillet 2019 (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

GREENBELT, Maryland — La dirigeante d’une entreprise israélienne de vente d’options binaires qui s’était qualifiée de « machine à faire de l’argent » s’est trouvée au cœur d’un plan qui aura escroqué des dizaines de milliers d’investisseurs de sommes atteignant des dizaines de millions de dollars, a déclaré un procureur fédéral, jeudi, lors de la fermeture du procès de la femme.

Lee Elbaz, 38 ans, était accusée au Maryland d’avoir conspiré – avec les employés placés sous sa supervision -l’escroquerie d’investisseurs, sur tout le globe, à travers la vente et la commercialisation d’instruments financiers connus sous le nom d’options binaires.

Elle a formé les employés à mentir aux investisseurs et à jouer sur les chiffres en leur défaveur en récupérant ainsi leur argent, a dit le procureur du département de la Justice Rush Atkinson au cours de son réquisitoire.

« Cette fraude ne serait jamais arrivée sans Lee Elbaz », a affirmé Atkinson. « Tout le monde disait exactement les mêmes mensonges parce que c’est ce que madame Elbaz avait formé ses employés à faire ».

L’avocat de la défense d’Elbaz a dit aux jurés que son client n’avait jamais franchi la limite entre la « vente » et la fraude.

« Elle a placé la ligne exactement là où elle pensait que l’avocat de l’entreprise lui avait dit de le faire », a dit Pollack.

Les jurés ont commencé à délibérer après avoir écouté le réquisitoire et les plaidoiries et à l’issue de dix jours de témoignages dans le dossier contre Elbaz, qui doit répondre de trois chefs d’inculpation de fraude électronique et d’un chef d’inculpation de conspiration en vue de commettre une fraude électronique.

Le jury a délibéré pendant environ trois heures, jeudi. Les jurés doivent se retrouver vendredi.

Elbaz était directrice-générale de Yukom Communications, dont le siège était en Israël. Elle est l’une des 15 accusés dans le dossier et la première à être traduite devant la justice.

Cinq autres ont plaidé coupable et ont accepté de coopérer avec les procureurs. Neuf autres individus avaient été inculpés au mois de février.

La fraude aux options binaires a prospéré en Israël pendant environ une décennie avant que la Knesset ne mette hors-la-loi l’industrie, au mois d’octobre 2017, largement grâce aux résultats d’un travail de journalisme d’investigation mené par le Times of Israel et qui avait commencé avec un article écrit au mois 2016 et intitulé Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée.

A son apogée, des centaines d’entreprises s’étaient engagées dans cette escroquerie, employant des milliers d’Israéliens.

Pollack a déclaré que les autres employés qui avaient travaillé sous les ordres d’Elbaz dans un centre d’appel de Césarée, en Israël, s’étaient engagés dans des activités frauduleuses sans qu’elle ne sache et sans qu’elle n’y ait consenti.

Il a expliqué que sa cliente savait pertinemment qu’elle ne pouvait pas mentir sur le produit qu’elle était chargée de vendre. « Tout le reste était autorisé », a-t-il dit.

Quatre anciens employés de Yukom, qui avaient travaillé avec Elbaz, ont témoigné à son procès.

« Chacun de ces individus a une crédibilité réduite à zéro », a dit Pollack. « Quatre fois zéro reste égal à zéro ».

Elbaz, qui a également apporté son témoignage, a essuyé des larmes lorsque l’avocat a présenté sa plaidoirie.

Elbaz avait été arrêtée le 14 septembre 2017 par le FBI alors qu’elle descendait d’un avion à l’aéroport JFK, à New York. Elle avait été inculpée par un grand jury fédéral au mois de mars 2018 pour sa participation présumée à un plan visant à « tromper les investisseurs aux Etats-Unis et dans le monde ».

Le dossier avait été préparé par l’avocat du département de la Justice Ankush Khardori et Tracee Plowell.

Ce sont les agents spéciaux du FBI Jeremy Desor et Gregory Fine qui ont mené l’enquête et ce sont les avocats Henry Van Dyck, Rush Atkinson et Caitlin Cottingham, du département de la Justice, qui représentent le gouvernement américain au procès.

Yukom fournissait des services de marketing et de commercialisation aux sites internet BinaryBook et BigOption, des entreprises qui se consacraient à la vente d’options binaires en ligne.

Liora Welles sur une photo téléchargée sur Facebook, au mois de décembre 2015 (Capture d’écran : Facebook)

Cinq anciens employés de Yukom Communications Ltd. et de Numaris Communication Ltd. en Israël — Lissa Mel, Shira Uzan, Liora Welles, Austin Smith et Yair Hadar — ont souscrit à des arrangements judiciaires avec le gouvernement américain. Tous, à part Mel, ont témoigné au procès au nom des procureurs, disant qu’Elbaz leur avait donné pour instruction de mentir aux investisseurs afin que ces derniers déposent autant de fonds que possible dans l’entreprise et de faire tout ce qu’ils pouvaient pour les empêcher de récupérer leur argent.

Une inculpation distincte contre neuf autres accusés et notamment contre le propriétaire de Yukom, Yosef Herzog, affirme que le plan impliquant BinaryBook et BigOption aura coûté aux investisseurs plus de 145 millions de dollars dans le monde entier, avec notamment des milliers de victimes aux Etats-Unis.

Herzog se trouve actuellement en Israël et le gouvernement américain se prépare à demander officiellement son extradition. Il nie toute malversation. Yukom Communications a été l’une des plus de 100 entreprises d’options binaires qui ont été exploitées depuis Israël ces dernières années.

Les employés de Yukom prétendaient être d’autres pays, ils mentaient sur leurs qualifications personnelles et ils adoptaient des « noms de scène ». Elbaz utilisait le pseudonyme de « Lena Green » lorsqu’elle interagissait avec les investisseurs, selon les procureurs.

Les employés de Yukom garantissaient également des profits de manière mensongère, ils mentaient sur les taux de retour sur investissement et ne disaient pas à leurs clients qu’ils ne gagnaient de l’argent que si ces derniers perdaient le leur, ont expliqué les procureurs.

« Personne, ici, n’était intéressé à l’idée d’aider les clients », a estimé Atkinson. « C’était un plan pour voler de l’argent. »

Un courriel avait donné pour instruction aux commerciaux de BinaryBook de prendre pour cible des retraités, des anciens combattants, des allocataires de la sécurité sociale et autres indemnités, selon les documents judiciaires accompagnant les dossiers de plaider-coupable des anciens employés.

L’acte d’inculpation d’Elbaz citait ainsi un courriel envoyé au mois de septembre 2014 par un employé à ses collègues sur une vente « marathon », une compétition visant à obtenir des dépôts de fonds de la part des investisseurs. « Ce n’est pas un cimetière ici ! C’est une chaufferie », avait écrit l’auteur du message.

Atkinson a déclaré qu’il était impossible qu’Elbaz soit restée dans l’ignorance de la fraude rampante qui avait lieu dans son bureau.

« Il était impossible de rater les mensonges qui étaient racontés quotidiennement depuis le bureau où elle se trouvait », a dit le procureur.

Elbaz avait vivement recommandé à ses employés de « travailler proprement », a noté son avocat. « Les employés qui arnaquaient les clients arnaquaient également Madame Elbaz », a ajouté Pollack. « Elle tentait d’empêcher les fraudes ».

Plus tôt dans le procès, les procureurs avaient révélé un courriel datant du mois d’août 2016 dans lequel Elbaz transmettait des liens renvoyant vers des articles du Times of Israel, notamment Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée, Sharansky au régulateur israélien : Fermez les options binaires “répugnantes et immorales” et « Régulateur israélien : la répugnante fraude des options binaires ruine notre réputation ».

A côté de ce dernier, dans lequel l’ex-dirigeant de l’Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser affirmait chercher à faire fermer l’industrie des options binaires, Elbaz avait écrit : « Le plus important ». »

Les parties civiles avaient également présenté une série de courriels dans lesquels Elbaz interagissait avec SpotOption, l’entreprise ayant fourni la plateforme de BigOption et BinaryBook et qui avait clamé avoir fait la même chose pour des centaines de sites internet d’options binaires.

Dans ces courriels, Elbaz demandait à ce que SpotOption puisse mettre un client à « haut risque » ou à « bas risque ».

Les témoins des procureurs ont déclaré que cela signifiait que SpotOption pouvait manipuler l’issue des opérations de trading de manière frauduleuse mais l’avocat de la Défense d’Elbaz a clamé que cette dernière n’avait jamais dit à SpotOption qu’elle voulait empêcher certains clients de gagner de l’argent de manière explicite.

L’industrie des options binaires a finalement été mise hors-la-loi par la Knesset au mois d’octobre 2017. Toutefois, de multiples sources ont indiqué au Times of Israel qu’elle continuait ses opérations après avoir pris l’apparence de sites de trading de Forex, de CFD ou de crypto-devises en Israël comme depuis l’étranger.

Shmuel Hauser avait démissionné de son poste de manière inattendue au mois de novembre 2017.

Dans le « mémoire » établi par les procureurs avant le début du procès d’Elbaz, le gouvernement américain présente la manière dont la fraude aux options binaires a été perpétrée de façon générale, décrivant comment les victimes étaient approchées, trompées, encouragées à faire des dépôts toujours plus importants puis écartées lorsqu’elles tentaient de retirer leurs fonds.

Soumettant dans le détail les moyens utilisés par Elbaz pour tromper ses victimes, le document constitue un aperçu dévastateur des pratiques cyniques mises en oeuvre par cette industrie frauduleuse qui sera parvenue à dérober d’immenses montants d’argent à des victimes confiantes, dans le monde entier.

Le document confirme, au nom du gouvernement américain, une importante quantité d’informations qui avaient été fournies par le Times of Israel au cours des trois dernières années et demi, concernant les méthodes utilisées par les fraudeurs pour dépouiller leurs victimes.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...