Quand Lee Elbaz se vantait d’être une « p..n de machine à faire de l’argent »
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Quand Lee Elbaz se vantait d’être une « p..n de machine à faire de l’argent »

Le FBI révèle des conversations dans laquelle la dirigeante d'une firme de l'industrie des options binaires s'attribuait le mérite de la réussite de la firme frauduleuse

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Lee Elbaz, Israélienne qui comparaît actuellement aux Etats-Unis dans le scandale des fraudes aux options binaires, entre au tribunal de Greenblet, dans le Maryland, le 25 juillet 2019. (Crédit : Times of Israel)
Lee Elbaz, Israélienne qui comparaît actuellement aux Etats-Unis dans le scandale des fraudes aux options binaires, entre au tribunal de Greenblet, dans le Maryland, le 25 juillet 2019. (Crédit : Times of Israel)

GREENBELT, Maryland — Lee Elbaz, ex-dirigeante d’une firme d’options binaires, qui est actuellement jugée par les tribunaux américains pour fraude électronique et conspiration en vue de commettre une fraude électronique, s’était qualifiée de « p… de machine à faire de l’argent » dans un enregistrement audio d’une conversation téléphonique qui a été présenté à son procès.

Dans une conversation trouvée par le FBI sur le téléphone d’Elbaz, peu après son arrestation, au mois de septembre 2017, elle dit que si elle a enrichi les propriétaires des firmes qu’elle a gérées, faisant d’eux des millionnaires, elle-même n’a engrangé que 500 000 dollars environ au cours des trois ans passés au sein de BigOption.com et de BinaryBook.com.

« Je ne veux pas paraître arrogante, ce n’est pas mon genre mais je suis une p…n de machine à faire de l’argent », dit-elle à un ami qui s’appelle Rami Regaim au cours d’une conversation présentée au cours du témoignage apporté par Gregory Fine, agent du FBI ayant enquêté sur l’affaire, le 24 juillet.

« J’ai commencé il y a trois ans quand l’entreprise ne comptait que six employés et gagnait seulement 30 000 dollars par mois », dit-elle dans cet enregistrement datant de 2017. « J’ai amené la firme à 140 employés, seulement en Israël, et à gagner 12 millions de dollars par mois ».

Elbaz, 38 ans, déclare encore dans l’enregistrement qu’elle a travaillé avec tellement d’acharnement au sein de Yukom Communications et des compagnies associées qu’elle en a négligé ses affaires personnelles.

« J’ai pris 45 kilos. J’étais une femme très belle. J’ai travaillé de 9 heures du matin jusqu’à 4 heures, le matin suivant. Je n’ai pas pris de week-ends ou de vacances », ajoute-t-elle encore.

Selon Elbaz, Yossi Herzog et Kobi Cohen sont deux des propriétaires de l’entreprise d’options binaires dont elle a eu la responsabilité. Elle mentionne le fait que Cohen a obtenu une licence au Congo pour ouvrir une firme de paris sportifs et qu’elle et trois autres responsables de Yukom sont devenus partenaires dans cette société.

« On était tous partenaires là-dedans. J’ai investi 100 000 dollars et j’ai acheté 3 % », poursuit-elle.

Elbaz aura supervisé les activités de BinaryBook.com et BigOption.com, deux firmes d’options binaires qui étaient exploitées par au moins trois entreprises associées : Yukom Communications à Caesarea, Numaris Communication à Tel Aviv, et Linkopia à l’île Maurice.

Yossi Herzog, troisième à droite, lors d’une commission des réformes de la Knesset pour discuter de la législation interdisant les options binaires (Crédit : Times of Israel staff)

Ensemble, cette conspiration présumée aura résulté en des pertes, pour les investisseurs, dépassant les 145 millions de dollars, selon un acte d’inculpation datant du mois de février 2019 émis à l’encontre du patron d’Elbaz et propriétaire de Yukom Communications Yossi Herzog, aux côtés de huit autres accusés.

Herzog se trouve actuellement en Israël et le gouvernement américain se prépare à demander officiellement son extradition. Il nie toute malversation. Yukom Communications a été l’une des plus de 100 entreprises d’options binaires qui ont été exploitées depuis Israël ces dernières années.

Dans la conversation enregistrée, Elbaz fait allusion à d’autres lieux où elle a travaillé, se référant à des bureaux situés en Ukraine et en Turquie.

« J’avais la charge de toutes les branches de l’entreprise dans le monde », explique-t-elle.

Elle évoque son patron, Herzog, propriétaire de Yukom Communications à Caesarea, « un génie du marketing. Il a des idées incroyablement bonnes », dit-elle, en ajoutant que « c’est dur de s’entendre avec lui ».

« Il est très impulsif », ajoute-t-elle.

Elle dit avoir appris auprès de Kobi Cohen tout ce qu’elle devait savoir sur le côté humain de l’affaire et la manière de gérer les gens.

Elbaz a été arrêtée le 14 septembre 2017 par le FBI alors qu’elle descendait d’un avion à l’aéroport JFK, à New York. Elle a été inculpée par un grand jury fédéral au mois de mars 2018 pour sa participation présumée à un plan visant à « tromper les investisseurs aux Etats-Unis et dans le monde ».

Elle doit répondre, dans le district du Maryland, d’un chef de conspiration en vue de commettre une fraude électronique et de trois chefs de fraude électronique, selon un communiqué transmis par le département américain de la Justice. Le dossier a été préparé par l’avocat du département de la Justice Ankush Khardori et Tracee Plowell. Ce sont les agents spéciaux du FBI Jeremy Desor et Gregory Fine qui ont mené l’enquête et ce sont les avocats Henry Van Dyck, Rush Atkinson et Caitlin Cottingham, du département de la Justice, qui représentent le gouvernement américain au procès.

Le procès d’Elbaz a débuté le 16 juillet et il devrait durer jusqu’au 2 août. Au début des audiences, son avocat Barry Pollack a affirmé que les employés avaient agi seuls, sans l’autorisation d’Elbaz.

« Madame Elbaz n’a pas été parfaite », aurait-il dit.

« Madame Elbaz a eu de nombreux défauts en tant que manager. Mais elle n’a pas autorisé les employés à faire ce qu’ils ont fait », a-t-il clamé.

Cinq anciens employés de Yukom Communications Ltd. et de Numaris Communication Ltd. en Israël — Lissa Mel, Shira Uzan, Liora Welles, Austin Smith et Yair Hadar — ont souscrit à des arrangements judiciaires avec le gouvernement américain. Tous, à part Mel, ont témoigné au procès au nom des procureurs, disant qu’Elbaz leur avait donné pour instruction de mentir aux investisseurs afin que ces derniers déposent autant de fonds que possible dans l’entreprise et de faire tout ce qu’ils pouvaient pour les empêcher de récupérer leur argent.

L’avocat de Lee Elbaz, Barry Pollack, à la cour fédérale pour le procès de sa cliente à Greenbelt, dans le Maryland, le 16 juillet 2019 (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Elbaz s’implique pour sa part beaucoup dans les audiences, écrivant fréquemment des notes qu’elle transmet à son avocat.

Peu après le commencement du procès, l’un des membres de la famille s’est assis aux côtés de l’un des jurés dans la cafétéria du tribunal, ont dit des témoins au Times of Israël. Il a été par la suite vertement réprimandé par le juge Theodore Chuang.

Les procureurs fédéraux prétendent que loin d’ignorer les fraudes que ses employés commettaient, Elbaz a bien dit à des agents commerciaux de mentir au téléphone, en plus de mentir elle-même.

« L’accusée a menti aux clients, elle a menti aux victimes sans discontinuer », aurait dit la procureure fédérale Caitlin Cottingham au commencement du procès.

‘Je prends un vol pour New York. Est-ce que j’ai quelque chose à craindre ?’

Le 11 septembre 2017, Elbaz avait écrit un message à son patron, Herzog, sur l’application WhatsApp. Ce message a été présenté comme preuve par les procureurs, le 24 juillet.

« Yossi, » écrit-elle. « Je prends un vol pour New York, est-ce que j’ai quelque chose à craindre ? »

Herzog répond que « je suis revenu des Etats-Unis il y a dix jours. Vas-y ! »

Trois jours plus tard, Elbaz était arrêtée à l’aéroport JFK. Elle avait alors signé un document en hébreu l’informant de ses droits et elle avait été interrogée par deux agents spéciaux au bureau du FBI de l’aéroport.

Au cours du procès, les procureurs ont diffusé des extraits de l’entretien filmé.

« L’histoire que nous entendons est toujours la même », avait dit l’un des agents du FBI à Elbaz au mois de septembre 2017. « Les investisseurs tentent de récupérer leur argent et ils n’y parviennent pas ».

« C’est vraiment, vraiment, vraiment étrange, vraiment étrange. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui ait demandé à récupérer son argent et qui n’ait pas réussi à le faire », avait répondu Elbaz.

Dans un autre extrait, Elbaz avait indiqué à l’agent que « 95 % des clients perdent de l’argent : Je le répétais en permanence. Il faut savoir comment prendre en charge son compte. Apprendre au client comment faire des affaires correctement. Ils pouvaient alors beaucoup apprendre et ne pas faire partie de ces 95 %. »

Les procureurs ont également choisi de diffuser un enregistrement audio de Lee Elbaz s’adressant à un client norvégien, Thomas Christiansen, alors qu’elle utilise elle-même le pseudonyme de Lena Green. Elle avait enregistré l’appel et l’avait retransmis par courriel à ses employés avec le commentaire : « C’est mon appel pour vous montrer que vous pouvez tous gagner de l’argent. Bonne chance ».

Pendant l’entretien téléphonique avec le client, Elbaz persuade un Christiansen tout d’abord réticent à continuer son trading, l’encourageant même à déposer plus de fonds.

Elle commence en présentant ses excuses pour son anglais médiocre, clamant que sa première langue est le russe. Elle indique également avoir trois enfants et être âgée de 46 ans.

Aucune de ces descriptions ne correspond à Elbaz.

Dans l’enregistrement, Christiansen se plaint : « Je veux fermer mon compte. Cela fait longtemps que je tente de retirer de l’argent. J’ai vraiment besoin de lui. A chaque fois que je tente de le retirer, je n’y arrive pas ».

Elbaz, utilisant le nom de Lena Green, exprime sa surprise. « Vraiment ? Avec nous ? », s’exclame-t-elle.

Elbaz dit à Christiansen qu’elle a été déçue de la conduite des précédents managers du compte, ajoutant qu’elle prévoit dorénavant de le prendre en charge elle-même et de travailler directement avec lui.

« Habituellement, je ne prends pas en charge les clients de moins de 250 000 », explique-t-elle. « Nous allons construire un plan qui vous permettra de récupérer les 50 000 que vous avez perdus ».

Elle ajoute, flirtant un peu : « Je vous aime bien. Vous devez travailler avec moi. J’ai besoin que vous soyez mon partenaire, mon mari pour les six prochains mois ».

Les procureurs ont également montré un courriel datant du mois d’août 2016 dans lequel Elbaz envoie des liens vers des articles du Times of Israel, notamment Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée et Sharansky au régulateur israélien : Fermez les options binaires “répugnantes et immorales” et Régulateur israélien : la répugnante fraude des options binaires ruine notre réputation

A côté de ce dernier, dans lequel l’ex-dirigeant de l’Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser affirme chercher à faire fermer l’industrie des options binaires, Elbaz écrit : « Le plus important ».

L’industrie des options binaires a finalement été mise hors-la-loi par la Knesset au mois d’octobre 2017. Toutefois, de multiples sources ont indiqué au Times of Israel qu’elle continuait ses opérations après avoir pris l’apparence de sites de trading de Forex, de CFD ou de crypto-devises en Israël comme depuis l’étranger.

Shmuel Hauser avait démissionné de son poste de manière inattendue au mois de novembre 2017.

Le site de SpotOption offre une gamme d’outils et de services pour les entreprises d’options binaires, notamment des plateformes de paiement et de gestion de risque. (Capture d’écran : Spotoption.com)

Les parties civiles ont également présenté une série de courriels dans lesquels Elbaz interagissait avec SpotOption, l’entreprise ayant fourni la plateforme de BigOption et BinaryBook et qui a clamé avoir fait la même chose pour des centaines de sites internet d’options binaires.

Dans ces courriels, Elbaz demande à ce que SpotOption puisse mettre un client à « haut risque » ou à « bas risque ». Les témoins des procureurs ont déclaré que cela signifiait que SpotOption pouvait manipuler l’issue des opérations de trading de manière frauduleuse mais l’avocat de la Défense d’Elbaz a clamé que cette dernière n’avait jamais dit à SpotOption qu’elle voulait empêcher certains clients de gagner de l’argent de manière explicite.

Pollack a par ailleurs affirmé que les clients de BigOption et de BinaryBook avaient accepté les termes et les conditions qui établissaient explicitement que le trading des options binaires présentait un haut-risque et que les clients étaient susceptibles de perdre toute leur mise.

Fine, agent du FBI, avait également déclaré à Pollack, durant les contre-interrogatoires, que le FBI avait reçu des « centaines de milliers » de documents de preuve en lien avec le dossier d’Elbaz.

La fraude aux options binaires a prospéré en Israël pendant environ une décennie avant que la Knesset ne mette hors-la-loi l’industrie, au mois d’octobre 2017, largement grâce aux résultats d’un travail de journalisme d’investigation mené par le Times of Israel et qui avait commencé avec un article écrit au mois 2016 et intitulé Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée. A son apogée, des centaines d’entreprises s’étaient engagées dans cette escroquerie, employant des milliers d’Israéliens.

Dans le « mémoire » établi par les procureurs avant le début du procès d’Elbaz, le gouvernement américain présente la manière dont la fraude aux options binaires a été perpétrée de façon générale, décrivant comment les victimes étaient approchées, trompées, encouragées à faire des dépôts toujours plus importants puis écartées lorsqu’elles tentaient de retirer leurs fonds.

Soumettant dans le détail les moyens utilisés par Elbaz pour tromper ses victimes, le document constitue un aperçu dévastateur des pratiques cyniques mises en oeuvre par cette industrie frauduleuse qui sera parvenue à dérober d’immenses montants d’argent à des victimes confiantes, dans le monde entier. Le document confirme, au nom du gouvernement américain, une importante quantité d’informations qui avaient été fournies par le Times of Israel au cours des trois dernières années et demi, concernant les méthodes utilisées par les fraudeurs pour dépouiller leurs victimes.

Le procès continue. Elbaz nie, pour sa part, toute malversation.

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