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Pallier la pénurie d’enseignants d’oulpan en Israël ? Les élus en désaccord

Les faibles salaires de ces professeurs seraient à l'origine des longs mois d'attente subis par les olim

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

La commission de l'Immigration, de l'Intégration et des Affaires de la diaspora, lors d'une réunion à la Knesset, le 18 janvier 2023. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)
La commission de l'Immigration, de l'Intégration et des Affaires de la diaspora, lors d'une réunion à la Knesset, le 18 janvier 2023. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Une Commission de la Knesset a débattu lundi des causes d’une pénurie majeure de professeurs de langue dans les instituts publics d’apprentissage intensif de l’hébreu, ou oulpan – un manque qui oblige des milliers de nouveaux immigrants [olim] à attendre très longtemps avant de pouvoir apprendre la langue du pays.

En plus de la frustration, cette longue attente pourrait avoir un impact négatif non négligeable sur la capacité d’intégration à long-terme de ces olim au sein de la société israélienne, – la maîtrise de l’hébreu s’avérant être un élément plus que déterminant.

L’année dernière, l’immigration en Israël – ou alyah – a augmenté de façon spectaculaire, atteignant son plus haut niveau depuis plus de deux décennies, principalement en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie au mois de février, qui a poussé des dizaines de milliers d’Ukrainiens, mais aussi de Russes, à trouver refuge au sein de l’État juif.

Israël s’est démené pour accueillir au mieux ces nouveaux arrivants, louant des chambres d’hôtel et travaillant avec les écoles pour se préparer à l’afflux d’enfants qui ont eu besoin d’une aide et d’une assistance sociale.

A LIRE – Violées, exploitées : Ces Ukrainiennes qui cherchent – en vain – un refuge en Israël

Un point particulièrement faible a néanmoins été identifié : celui de l’enseignement de l’hébreu pour les adultes qui est habituellement proposé par des instituts publics, les oulpanim. Les nouveaux immigrants ont dû attendre longtemps avant de pouvoir commencer à apprendre l’hébreu dans ces établissements.

« Dans une année normale, la période d’attente est d’un ou deux mois. Cette année, ça a été jusqu’à six mois », a commenté un employé du ministère de l’Éducation.

A l’origine de ces retards ? La pénurie de professeurs dans les oulpanim – dont les activistes affirment qu’elle a pour origine des années de salaires médiocres et de mauvaises conditions de travail, ce qui amène les professeurs à chercher des postes d’enseignants mieux payés.

Selon le ministère de l’Éducation, il y a actuellement seulement un peu plus de 525 professeurs qui enseignent l’hébreu dans les oulpanim, soit environ cent de moins que le niveau optimal.

Une nouvelle immigrante s’inscrivant pour des cours d’hébreu à l’Oulpan Etzion à Jérusalem, en 2012 (Crédit photo: Oren Nahshon / Flash90)

Les membres de la Knesset – coalition et opposition – ont appelé à résoudre cette problématique lors d’une réunion de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora. Des représentants des différents bureaux gouvernementaux impliqués dans le programme des oulpanim étaient également présents.

« Personne ne veut vivre dans un pays dont il ne comprend pas la langue. La langue, c’est la base de l’intégration réussie des immigrants. Nous devons faire tout notre possible pour résoudre la question du manque de professeurs d’hébreu et ce, dans les meilleurs délais », a noté le député Boaz Bismuth (Likud).

Zeev Elkin (HaMahane HaMamlahti), qui est lui-même originaire d’Ukraine, a souligné les préjudices entraînés par les longues attentes.

« Une période d’attente de six mois pour entrer dans un oulpan va faire des dégâts importants dans le processus d’intégration d’un nouvel arrivant. Pour régler cela, il faut améliorer les conditions de travail des professeurs. La raison principale de cette attente, c’est le manque d’enseignants et tant que leur situation ne s’améliorera pas, les choses ne feront qu’empirer. Trouver une solution, ce n’est pas seulement aider les enseignants, c’est aider l’État », a-t-il estimé.

Coalition chairman Zeev Elkin (photo credit: Uri Lenz/Flash90)
Zeev Elkin, à la Knesset. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Dans une initiative prise mardi pour raccourcir les délais d’attente, Ofir Sofer, le nouveau ministre de l’Immigration et de l’Intégration a alloué – c’est l’une de ses premières actions à son poste – la somme supplémentaire de 20 millions de shekels en coupons qui permettront aux olim de prendre des cours d’hébreu privés, multipliant par deux le budget du ministère pour ces leçons particulières.

Sofer, qui a expliqué avoir hérité du problème à son arrivée à sa fonction, espère que ces coupons « pourront aider des milliers de nouveaux immigrants à apprendre l’hébreu et à faciliter leur intégration sur le marché israélien de l’emploi. »

Oded Forer (Yisrael Beytenu), chef de la Commission, a fustigé l’échec du gouvernement à résoudre la problématique.

« L’État d’Israël, qui lance des satellites, ne peut pas trouver une solution pour résoudre le problème de l’attente dans les oulpanim ? » s’est-il interrogé.

Le député Oded Forer, président de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la diaspora, lors d’une réunion de la commission, le 18 janvier 2023. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Forer a donné deux semaines aux représentants des ministères de l’Immigration et de l’Intégration, de l’Éducation et des Finances pour présenter « un plan d’urgence ».

« Gérer ce problème de l’attente est une nécessité, pas seulement un ornement politique qui sera agréable à regarder », a-t-il expliqué.

Il a aussi rejeté la proposition de Sofer concernant la remise de coupons pour des cours particuliers. Quand un nouvel arrivant apprend l’hébreu dans un oulpan public, les frais sont automatiquement payés à l’école par l’État. S’il fréquente un oulpan privé, l’immigrant est tenu de verser les frais nécessaires pour son apprentissage puis de réclamer le remboursement des sommes au gouvernement.

« Les olim ne savent pas nécessairement comment faire respecter pleinement leurs droits. Ils ne devraient pas être tenus de négocier les choses eux-mêmes. C’est l’État qui doit gérer les oulpanim« , a-t-il rappelé.

Des enseignants d’écoles de tout le pays manifestent dans le cadre d’un conflit social, à Tel Aviv, le 22 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Par ailleurs, il a exhorté le gouvernement à rencontrer les enseignants dans les oulpanim et à réfléchir sérieusement à leurs revendications. Il a ajouté qu’il demanderait régulièrement des informations réactualisées sur les négociations.

Les professeurs, dans les oulpanim, demandent avant tout des salaires alignés sur ceux des enseignants qui travaillent dans les écoles traditionnelles – qui ont par ailleurs un puissant syndicat et qui reçoivent, en conséquence, des salaires plus élevés.

Prenant la parole devant la commission, une enseignante travaillant dans un oulpan a indiqué que son salaire n’avait jamais augmenté en l’espace de vingt ans. « Cela fait vingt ans que je gagne 7 000 shekels par mois », a déploré Ziva Alias.

Yad LOlim, un groupe de soutien aux immigrants et qui défend aussi la cause des professeurs d’hébreu dans les oulpanim, a précisé que ces derniers voulaient être rémunérés au même niveau que les employés du ministère de l’Éducation, qu’ils souhaitaient être indemnisés pour toutes les années passées sans hausse de salaire et qu’ils revendiquaient le statut de travailleur à plein temps – ils sont actuellement considérés comme des salariés à temps partiel.

Illustration d’un cahier d’oulpan (Crédit : Sophie Gordon/Flash 90)

Ce qui coûterait approximativement 40 millions de shekels, selon les estimations.

« Nous sommes obligés d’avoir une licence et un diplôme d’enseignant et pourtant, les salaires que nous touchons sont humiliants », a expliqué Suzy Atar, présidente de l’Association des enseignants des oulpanim et directrice-adjointe de l’Oulpan Gordon à Tel Aviv, auprès de la Commission.

« Nous savons nous montrer flexibles. L’année dernière, nous avons augmenté de 50 % le nombre de nos élèves et nous sommes en droit d’espérer que nos salaires soient révisés à la hausse en conséquence », a-t-elle continué.

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