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Pas de blâme lors de la convocation de l’envoyé israélien en Russie

Des informations initiales avaient laissé entendre que l'ambassadeur Michael Ben Zvi serait réprimandé ; un compte-rendu russe de la rencontre ne mentionne cependant rien de tel

Alexander Ben Zvi, ambassadeur d'Israël en Russie (Crédit: capture d'écran)
Alexander Ben Zvi, ambassadeur d'Israël en Russie (Crédit: capture d'écran)

La Russie a évité de blâmer officiellement l’ambassadeur israélien dans le pays, lundi, après que des informations initiales ont fait savoir que Moscou l’avait convoqué pour le réprimander suite à des propos tenus sur l’invasion de l’Ukraine par le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid.

Mais après la rencontre entre l’ambassadeur israélien Alexander Ben Zvi et le vice-ministre des Affaires étrangères russe Mikhail Bogdanov, le bureau de ce dernier a émis un communiqué selon lequel la réunion avait été l’occasion d’un entretien relativement habituel.

Ainsi, les deux hauts-responsables ont parlé de la guerre en Ukraine ; de la situation en Syrie où Israël utilise l’espace aérien russe pour attaquer des cibles liées à l’Iran sur le territoire et ont également évoqué le conflit israélo-palestinien – les tensions récentes survenues sur le Mont du Temple tout particulièrement, a fait savoir un communiqué du ministère des Affaires étrangères russe qui n’a mentionné par ailleurs aucun désaccord avec l’État juif.

Dimanche, Haaretz avait fait savoir que la Russie utiliserait cette réunion pour blâmer officiellement Ben Zvi, même si le journal avait par ailleurs cité des responsables israéliens qui avaient estimé qu’une éventuelle réprimande ne signerait pas une détérioration des relations entre Moscou et Jérusalem mais plutôt une « confrontation contrôlée ». Une source diplomatique israélienne avait par ailleurs noté que « la convocation de l’ambassadeur n’est pas surprenante. Cela fait partie des moyens de réponse disponibles dans la boîte à outils diplomatique », selon Haaretz.

Mais d’autres responsables continuent néanmoins à s’inquiéter de ce que les liens entre les deux pays, selon eux, commenceraient à s’essouffler et ils se disent préoccupés des conséquences possibles d’un tel effilochage sur les efforts actuellement livrés par Israël pour contrer les activités des forces iraniennes et pro-iraniennes en Syrie, a fait savoir la Treizième chaîne. Selon cette dernière, les responsables israéliens ont été surpris de la convocation de Ben Zvi, car ils avaient pensé que la querelle survenue au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU était terminée.

Un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères publié vendredi dernier avait accusé le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid d’une « attaque russophobe » suite aux propos qu’il avait tenus après le vote de l’Assemblée générale, la semaine dernière – un vote qui avait marqué la deuxième fois seulement qu’un pays se voyait retirer ses droits de membre du Conseil.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 avril 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

« Il y a eu là une initiative qui a visé à détourner l’attention de la communauté internationale de l’un des plus longs conflits non résolus – le conflit israélo-palestinien – en utilisant la situation actuelle en Ukraine », avait déclaré le ministère.

Le communiqué avait ensuite fustigé Israël au sujet de « l’occupation illégale et l’annexion endémique des territoires palestiniens ». Il avait également dénoncé le blocus de la bande de Gaza, avec à sa tête le Hamas – un blocus qui, selon Israël, est nécessaire pour empêcher les armes d’atterrir dans les mains des groupes terroristes au sein de l’enclave côtière.

« Il convient également de noter que… la plus longue occupation de l’histoire mondiale d’après-guerre a lieu avec l’acceptation tacite des principaux pays occidentaux et le soutien réel des États-Unis », avait poursuivi le communiqué.

Il est difficile de savoir ce que Lapid – qui a accusé la Russie de crimes de guerre en Ukraine – avait spécifiquement dit à l’issue du vote du 7 avril pour s’attirer ainsi les foudres de Moscou.

Un communiqué du ministère des Affaires étrangères, à ce moment-là, avait dénoncé « l’invasion injustifiée » de l’Ukraine et avait accusé les forces russes de « tuer des civils innocents ». Lapid avait indiqué, selon ce même communiqué, qu’il n’y avait pas de changement dans le positionnement d’Israël à l’égard du Conseil des droits de l’homme – qui, affirme Jérusalem, affiche un parti pris anti-israélien.

Il n’y avait pas eu de réponse de Lapid ou du ministère des Affaires étrangères à ce communiqué russe.

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergey Lavrov pendant une conférence de presse durant la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Israël a évité de prendre ouvertement parti pour l’Ukraine ou pour la Russie depuis l’invasion, par les troupes de Poutine, du territoire ukrainien, le 24 février. C’est l’un des rares pays à entretenir des relations relativement chaleureuses tant avec l’Ukraine, une démocratie occidentale, qu’avec la Russie, qui contrôle l’espace aérien au-dessus de la Syrie, dans lequel Israël opère pour cibler les groupes mandataires iraniens.

Mais jeudi, l’État juif a de nouveau rejoint le bloc des pays qui ont voté contre la Russie – une position qu’elle a maintenue depuis qu’elle s’est attirée les foudres de l’administration Biden pour avoir refusé de co-parrainer la première résolution du Conseil de sécurité des Nations unies contre l’invasion de l’Ukraine par Moscou en février. Depuis, Israël s’aligne sur l’Occident pour condamner la Russie dans plusieurs résolutions de l’ONU.

Jérusalem a également tardé à s’aligner sur le positionnement occidental contre la Russie de manière plus générale, bien qu’il y ait eu une délégation de responsabilité entre le Premier ministre Naftali Bennett, qui jusqu’à récemment cherchait à servir de médiateur entre les parties et évitait largement de critiquer la Russie, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, qui a été beaucoup plus virulent dans ses critiques. Les deux hommes ont condamné le massacre qui a eu lieu à Boutcha, mais seul Lapid a désigné la Russie comme responsable.

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