Pas de procès pour l’affaire Sarah Halimi : Macron souhaite un changement de loi
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Pas de procès pour l’affaire Sarah Halimi : Macron souhaite un changement de loi

Cette déclaration intervient alors que la Cour de cassation a confirmé mercredi l'irresponsabilité pénale du meurtrier de Sarah Halimi

Le président français Emmanuel Macron à l'Elysée, le 1er décembre 2020. (Crédit : Thomas COEX / AFP)
Le président français Emmanuel Macron à l'Elysée, le 1er décembre 2020. (Crédit : Thomas COEX / AFP)

Emmanuel Macron a dit souhaiter dimanche un changement de la loi pour que l’abolition du discernement causé par une prise de stupéfiants n’exonère pas de sa responsabilité pénale, après la décision de la Cour de cassation dans le meurtre de Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris.

« Décider de prendre des stupéfiants et devenir alors ‘comme fou’ ne devrait pas à mes yeux supprimer votre responsabilité pénale. Sur ce sujet, je souhaite que le garde des Sceaux présente au plus vite un changement de la loi », a déclaré le chef de l’État au Figaro.

Cette déclaration intervient alors que la Cour de cassation a confirmé mercredi l’irresponsabilité pénale du meurtrier de Sarah Halimi, une sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris, tout en entérinant le caractère antisémite du crime.

« Il ne m’appartient pas de commenter une décision de justice, mais je voudrais dire à la famille, aux proches de la victime et à tous nos concitoyens de confession juive qui attendaient ce procès, mon chaleureux soutien et la détermination de la République à les protéger », a ajouté Emmanuel Macron.

Un modèle de cartes postales envoyées à Emmanuel Macron réclamant justice pour Sarah Halimi. (Crédit : Consistoire israélite du Haut-Rhin)

« En République, on ne juge pas les citoyens qui sont malades et n’ont plus de discernement, on les traite. Mais décider de prendre des stupéfiants et devenir alors ‘comme fou’ ne devrait pas à mes yeux supprimer votre responsabilité pénale », a insisté M. Macron.

Lundi matin sur Europe 1, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a lui affirmé : « La décision rendue par la cour dit le droit. Mais le sens de cette décision dit que le droit permet qu’une bouffée délirante liée à la consommation de stupéfiants entraîne une irresponsabilité pénale. Ce n’est pas possible, la drogue ne peut pas être un permis de tuer. Il faut changer la loi puisque la loi ne convient pas. »

La décision de la Cour de cassation mercredi ne remet pas en cause l’hospitalisation psychiatrique du meurtrier, fort consommateur de cannabis depuis l’adolescence, ordonnée par la justice. Mais elle signifie qu’il n’y aura pas de procès, ce qui a suscité déception et colère de représentants de la communauté juive.

L’affaire, qui suscite la controverse depuis quatre ans en France et en Israël, notamment sur l’antisémitisme qui imprègne certains quartiers populaires, remonte au 4 avril 2017.

Cette nuit-là, Kobili Traoré, 27 ans, de confession musulmane, fait irruption chez sa voisine de 65 ans, Lucie Attal aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris de « Allah Akbar », il la roue de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l’est de Paris.

D’un côté, un bras de fer s’engage entre le parquet de Paris et la juge d’instruction sur le caractère antisémite du geste, – finalement – retenu par la magistrate en 2018.

Si, pendant l’enquête, sept experts psychiatriques ont tous conclu à une « bouffée délirante » chez le jeune homme, probablement provoquée ou aggravée par sa forte consommation de cannabis, l’un d’eux s’était démarqué sur les conséquences juridiques à en tirer.

L’expert Daniel Zagury suggérait en effet de retenir « l’altération du discernement », invoquant une « intoxication chronique volontaire » dont Kobili Traoré ne pouvait ignorer les dangers.

Les magistrats de la cour d’appel ne l’avaient pas suivi et avaient déclaré le jeune homme irresponsable pénalement, tout en retenant que les charges étaient suffisantes pour des poursuites pour meurtre avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme.

Sur ce dernier point, ils avaient suivi les explications du Dr. Zagury sur la dimension antisémite du geste de Kobili Traoré, pris d’un « délire persécutif polymorphe, à thématique mystique et démonopathique ».

« Dans le bouleversement délirant, le simple préjugé ou la représentation banale partagée se sont transformées en conviction absolue », avait expliqué l’expert dans son rapport. Après un débat public, la cour d’appel de Paris, le 19 décembre 2019, avait déclaré Kobili Traoré irresponsable pénalement, et ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour 20 ans.

Cette décision avait fait scandale, suscitant de vives réactions politiques.

« Le besoin de procès est là », avait alors commenté le président Emmanuel Macron depuis Jérusalem, récoltant une rare mise au point des deux plus hauts magistrats français sur l’indépendance de la justice.

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