Pays-Bas : Une rescapée de la Shoah paie des impôts sur son indemnité
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Pays-Bas : Une rescapée de la Shoah paie des impôts sur son indemnité

Inge Prenzlau, 86 ans, doit payer 165 dollars par mois sur l'indemnité qu'elle reçoit de l'Allemagne

Des prisonniers aux travaux forcés construisent le canal de Dove-Elbe en Allemagne, en 1941-42. Les Kapos portent des brassards blancs et noirs. . (US Holocaust Memorial Museum, autorisation de KZ-Gedenkstatte Neuengamme)
Des prisonniers aux travaux forcés construisent le canal de Dove-Elbe en Allemagne, en 1941-42. Les Kapos portent des brassards blancs et noirs. . (US Holocaust Memorial Museum, autorisation de KZ-Gedenkstatte Neuengamme)

AMSTERDAM — L’autorité fiscale néerlandaise réclame des impôts à une survivante de la Shoah âgée de 86 ans pour une indemnité qu’elle reçoit de l’Allemagne parce qu’elle a été contrainte aux travaux forcés lorsqu’elle était enfant.

L’Administration fiscale et des douanes réclame qu’Inge Prenzlau, 86 ans, paie une partie de son indemnisation mensuelle de 156 dollars versée par l’Allemagne, même si ce pays exempte les autres bénéficiaires de l’allocation qui vivent en Allemagne et au-delà de payer des impôts sur cette catégorie de versement, a fait savoir le journal Het Financieele Dagblad la semaine dernière.

Prenzlau avait travaillé à l’usine de son père sans être payée alors qu’elle avait 11 ans. Elle avait commencé à travailler en 1942 après que son père est tombé malade. La famille avait été dans l’obligation de l’envoyer travailler pour empêcher les forces d’occupation allemandes et les collaborateurs locaux de s’emparer de l’usine. Elle devait marcher deux heures pour se rendre à l’usine à l’aller comme au retour depuis son domicile, les Juifs ayant l’interdiction d’utiliser les transports publics.

Prenzlau a traduit l’autorité fiscale néerlandaise devant un tribunal, réclamant une injonction contre la motion de prélèvement sur son indemnité. Les magistrats ont statué que le gouvernement avait la responsabilité de régler ce conflit.

Menno Snel, politicien du parti libéral D66 et secrétaire d’Etat aux finances, est opposé à l’idée d’une exception faite pour Prenzlau, a rapporté Het Financieele Dagblad. Dans une lettre envoyée l’année dernière à l’administration fiscale, il a mis en garde contre un précédent pour « trop d’autres allocations dont l’origine est ancrée dans les guerres, ainsi que les catastrophes, le terrorisme, les piratages et les abus ».

Mais Prenzlau a trouvé cette attitude « impossible à comprendre, tellement obtuse », a-t-elle déclaré au journal.

« Pendant la guerre, nous avons été abandonnés. Alors le gouvernement peut arrêter de se montrer infantile, surtout que nous ne parlons pas de sommes importantes ici ».

L’affaire de Prenzlau a profondément mis en colère certains des intellectuels les plus connus du pays.

Leon de Winter, un écrivain juif renommé, a suggéré qu’elle sapait le message d’unité et d’altruisme transmis dans une déclaration récente du roi néerlandais Willem-Alexander. Dans une allocution filmée pour noël, il a dit le 25 décembre que « au lieu d’un ‘moi’ plus large, cherchons un ‘nous’ plus large ».

Tandis que le roi « touche un salaire royal sans impôts », de Winter, fils d’un survivant de l’Holocauste, a écrit sur Twitter que « cette femme de 86 ans doit payer des taxes pour son indemnité dite du ghetto ».

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