La décision sur l’annexion « revient aux Israéliens », répète Pompeo
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La décision sur l’annexion « revient aux Israéliens », répète Pompeo

Le projet d'annexion rencontre une opposition grandissante dans le monde, même parmi de proches alliés de l'État hébreu

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'exprime lors d'une conférence de presse, le 31 mars 2020, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'exprime lors d'une conférence de presse, le 31 mars 2020, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)

La décision sur une éventuelle annexion de pans entiers de la Cisjordanie « revient aux Israéliens », a déclaré mercredi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, donnant un feu vert de facto à l’Etat hébreu.

« Les décisions des Israéliens sur une extension de leur souveraineté sur ces territoires sont des décisions qui reviennent aux Israéliens », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Washington, alors que les projets d’annexion du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontrent une opposition grandissante dans le monde, même parmi de proches alliés, comme la Nouvelle-Zélande.

« Je crois que le Premier ministre a fait sien notre objectif, c’est-à-dire que notre vision pour la paix au Moyen-Orient soit couronnée de succès », a expliqué Mike Pompeo, reprochant aux Palestiniens « d’avoir refusé de participer » à des pourparlers.

« Nous parlons à tous les pays de la région pour voir comment gérer ce processus » et « les Etats du Golfe ont tous dit qu’ils espéraient que l’on puisse mettre ça en place », a-t-il ajouté. « Je garde bon espoir que nous puissions commencer à faire de vrais progrès dans les prochaines semaines. »

L’ONU et la Ligue arabe ont demandé d’une seule et même voix mercredi à Israël d’abandonner ses plans d’annexion en Cisjordanie qui pourraient « mettre fin aux efforts internationaux en faveur de la création d’un Etat palestinien viable ».

Toute annexion de territoires palestiniens par Israël serait « un crime », a affirmé mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad Al-Maliki, en avertissant « d’immédiates répercussions » si ce projet se concrétise. Tout le monde parle de « croisée des chemins » mais le problème est qu’Israël est « malheureusement le chauffeur » et qu’il refuse de s’arrêter au « feu rouge », a souligné le ministre.

L’ambassadeur israélien Danny Danon a de son côté accusé la communauté internationale de permettre aux Palestiniens de refuser continuellement d’accepter un État juif. « Certains au sein de la communauté internationale choisissent de récompenser le rejet des Palestiniens et d’ignorer la réalité », a-t-il déclaré. « Il existe un lien fort et indéniable entre le peuple juif et sa patrie historique de Judée et de Samarie », a déclaré Danon. « Si Israël décidait d’étendre sa souveraineté, il le ferait dans des endroits sur lesquels il a toujours maintenu une revendication historique et juridique légitime ». « La discussion sur l’extension de la souveraineté israélienne à certaines régions de Judée et de Samarie ne fait pas obstacle à la paix. Ce qui fait obstacle à la paix, c’est le rejet des Palestiniens et les encouragements qu’ils reçoivent de certains membres de la communauté internationale », a-t-il conclu.

Les tractations s’intensifient à une semaine d’une échéance phare pour le projet israélien controversé d’annexion de pans de la Cisjordanie.

Selon les termes d’un accord relatif à la formation d’un gouvernement d’union avec son ex-rival Benny Gantz, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu peut annoncer à partir du 1er juillet sa stratégie pour traduire dans les faits le plan de l’administration Trump pour le Proche-Orient.

Ce plan prévoit l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain, vaste langue de terre arable, et de la centaine d’implantations en Cisjordanie, en plus de la création d’un Etat palestinien sur un territoire réduit et sans Jérusalem-Est pour capitale.

Pour Netanyahu, le plan Trump offre une « opportunité historique » de faire valoir la « souveraineté » d’Israël sur des pans de la « Judée-Samarie », nom biblique et officiel pour l’Etat hébreu de la Cisjordanie.

Pour agir, Netanyahu bénéficie d’une fenêtre d’opportunité de seulement quelques mois car la réélection à Washington de son principal allié, Donald Trump, est loin d’être assurée, notent des analystes.

Il bénéficie aussi de divisions au sein de l’Union européenne, premier partenaire économique d’Israël, sur de possibles sanctions, et d’une relative mobilisation de la population palestinienne contre ce projet jusqu’à présent.

Ces trois éléments jouent en faveur d’une annexion rapide. « Pour Netanyahu, il s’agit d’avaler l’éléphant, la question est de savoir quelle est la taille du morceau qu’il avalera, c’est-à-dire quels seront les territoires annexés », note un diplomate occidental suivant de près ce dossier sensible.

Un scénario maximaliste prône l’annexion à la fois des implantations et de la vallée du Jourdain, et un scénario plus minimaliste évoque l’annexion, du moins pour commencer, d’implantations ou blocs d’implantations comme Maalé Adoumim, Gush Etzion ou Ariel.

« L’étendue de l’annexion aura définitivement un impact sur l’intensité de la réaction internationale », note Nimrod Goren, fondateur de Mitiv, un institut de recherche sur le Moyen-Orient, et enseignant à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Côté palestinien, « s’il y a une poussée de violences dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie, cela poussera d’autres pays à intensifier leur réponse et peut-être à s’impliquer davantage », dit-il.

Pour la première fois, mi-juin, un représentant des Emirats a publié une tribune en hébreu dans un journal israélien pour mettre en garde contre l’annexion de pans de la Cisjordanie.

« L’annexion mettra certainement fin aux aspirations israéliennes à de meilleures relations avec le monde arabe et les Emirats sur les plans sécuritaire, économique et culturel », a écrit l’ambassadeur émirati à Washington Youssef al-Otaïba, dans ce texte paru dans le quotidien Yediot Aharonot et retweeté par son ministère.

« Nous avons désormais avec nous une large coalition internationale contre le projet israélien d’annexion », a assuré à l’AFP le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat.

Gantz, ancien chef de l’armée, a mis en garde contre une mesure qui mettrait à mal les relations avec la Jordanie voisine, qui a qualifié l’annexion de « menace sans précédent pour le processus de paix » pouvant plonger le Proche-Orient dans un « long et douloureux » conflit.

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