Portugal : Les Juifs marqués par l’Inquisition ouvrent le 1er musée de la Shoah
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Portugal : Les Juifs marqués par l’Inquisition ouvrent le 1er musée de la Shoah

Ce musée, inauguré pour la Journée internationale de la mémoire de la Shoah, reflète la renaissance des Juifs du pays, qui sont désormais 3 100, soit 75 % de plus qu’il y a 20 ans

L'intérieur du musée de l'Holocauste de Porto, janvier 2021. (Autorisation : Communauté juive de Porto / via JTA)
L'intérieur du musée de l'Holocauste de Porto, janvier 2021. (Autorisation : Communauté juive de Porto / via JTA)

JTA – Le Portugal a ouvert son premier musée de l’Holocauste, construit dans la capitale Porto par des membres de la communauté fondée par les descendants des victimes juives de l’Inquisition.

Le Musée de la Shoah de Porto a été développé en coopération avec le Musée juif et Centre de tolérance de Moscou et d’autres institutions. Il a ouvert ses portes le 20 janvier, a déclaré dans un communiqué la Communauté juive de Porto, une association qui représente les Juifs locaux. Il prévoit de recevoir 10 000 visiteurs par an lorsque les restrictions d’urgence liées à la pandémie de COVID-19 seront levées.

Le 27 janvier, Journée internationale de la mémoire de la Shoah, des étudiants de tout le Portugal visiteront le musée, indique le communiqué.

Le musée présente une reproduction des baraques de prisonniers d’Auschwitz, une salle commémorative dont les murs portent les noms des victimes de la Shoah et un centre d’étude.

L’Inquisition, une campagne de persécutions religieuses dans la péninsule ibérique qui a commencé en Espagne en 1492, a sévi également au Portugal en 1536. Elle a mis un terme à la vie juive à Porto et dans la région alors que des centaines de milliers de Juifs séfarades ont fui les deux pays. Ceux qui sont restés pratiquaient le judaïsme en secret. Leurs descendants sont connus sous le nom de bnei anusim, ou fils de la contrainte.

La vie juive institutionnelle est réapparue à Porto dans les années 1920 grâce à Artur Carlos de Barros Basto, un descendant de bnei anusim et capitaine dans l’armée, qui a contribué à promouvoir la vie juive dans et autour de Porto. En conséquence, il a été exclu de l’armée et traité comme un pédophile à cause de fausses accusations dans une affaire antisémite. Sa mise à l’écart a porté un coup à la vie juive de Porto.

Dans les années 1940, plusieurs milliers de réfugiés juifs d’Europe de l’Est sont passés par le Portugal, resté neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, pour fuir vers les États-Unis et Israël, alors la Palestine britannique. Aristides de Sousa Mendes, ancien consul général portugais en poste en France, a délivré des milliers de visas qui ont sauvé la vie des Juifs fuyant l’Europe occupée par les nazis.

Illustration : Des fidèles priant à la synagogue Kadoorie – Mekor Haim à Porto, au Portugal, en mai 2014. (Autorisation : Communauté juive de Porto)

Au début des années 2000, plusieurs bnei anusim de Porto ont effectué des conversions orthodoxes au judaïsme, dont l’ancien chef de la communauté, Jose Ferrao Filipe.

La communauté compte également des Juifs ashkénazes qui ont perdu des proches pendant la Shoah, notamment le trésorier de l’organisation communautaire, Michael Rothwell.

« Mes grands-parents étaient de bons patriotes allemands », écrit-il dans le communiqué, mais avec le nazisme « ils sont devenus des étrangers indésirables, ils ont été transportés comme du bétail à Auschwitz, séparés les uns des autres, victimes de la violence nazie, et ils sont morts ».

Illustration : des fidèles portant un rouleau de la Torah dans la synagogue Kadoorie – Mekor Haim à Porto, au Portugal, le 29 janvier 2016. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)

Le Portugal compte aujourd’hui environ 3 100 personnes qui s’identifient comme Juives – une augmentation de 75 % par rapport à 2001, selon un rapport de 2020 sur la démographie juive en Europe par l’Institute for Jewish Policy Research basé à Londres. La communauté juive de Porto compte aujourd’hui environ 400 membres, contre quelques dizaines il y a dix ans. Porto compte environ 200 000 habitants au total.

Cet afflux est lié à l’immigration, venue du reste de l’ Europe et d’Amérique latine, ainsi qu’à la loi portugaise de 2015 garantissant la citoyenneté aux descendants de Juifs séfarades, conçue pour réparé le crime de l’Inquisition. L’Espagne a adopté une loi similaire plus tard la même année.

Les communautés juives de Porto et de Lisbonne examinent les demandes de citoyenneté pour le gouvernement, facturant des centaines de dollars par demande. Il y a eu plus de 76 000 demandes, et environ 30 % ont été approuvées.

Une scène du nouveau film historique « Sefarad » montre le premier mariage juif dans la ville portugaise de Porto, après des siècles d’interdiction de la foi juive depuis l’Inquisition. (Autorisation : Miami Jewish Film Festival)

La communauté juive de Porto, qui il y a à peine dix ans n’avait pas les moyens de réparer le plafond fissuré de sa synagogue ou d’embaucher un rabbin, a rénové sa synagogue ces dernières années, embauché un rabbin à plein temps, ouvert un musée juif et a produit l’année dernière un documentaire au budget d’un million de dollars sur de Barros Basto.

Un porte-parole de la communauté a refusé de dire combien a coûté la construction du musée, situé dans la zone centrale d’Arrabida, et quel sera son budget annuel.

Le projet de musée a bénéficié « d’un don substantiel d’une famille séfarade portugaise d’Asie du Sud-Est », a déclaré Rothwell dans le communiqué, sans nommer la famille.

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