Pour Barak, les soldats peuvent refuser des ordres ; pas pour Eizenkot
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Pour Barak, les soldats peuvent refuser des ordres ; pas pour Eizenkot

Durant une conférence sur l'armée et la société, le chef d'état-major a affirmé que l'armée doit œuvrer pour garantir que le service militaire soit universel et synonyme d'unité

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

L'ancien Premier ministre Ehud Barak et le chef d'état-major Gadi Eizenkot. (Crédit : Yonatan Sindel/Isaac Harari/Flash90)
L'ancien Premier ministre Ehud Barak et le chef d'état-major Gadi Eizenkot. (Crédit : Yonatan Sindel/Isaac Harari/Flash90)

Le chef d’état-major Gadi Eizenkot a contesté mardi une affirmation de l’ancien Premier ministre, qui indiquait que les officiers de l’armée pourraient refuser d’obéir aux ordres du gouvernement s’ils les considéraient illégitimes.

Le chef d’état-major n’a pas explicitement cité Barak, mais il est assez clair, au regard du contexte, qu’il faisait référence aux propos tenus par l’ancien politicien et le chef d’état-major le 21 décembre. Barak avait dénigré le gouvernement qui cherchait à résoudre le conflit avec une solution à un seul État, ce qu’il a qualifié d’ « illégal ».

« Les responsables de l’armée et des services de sécurité du Shin Bet doivent ouvertement refuser ces ordres illégaux. Ils sont responsables de ne pas exécuter les ordres qu’ils reçoivent », avait déclaré Barak lors d’un évènement dans la vallée du Jourdain.

Eizenkot a rejeté ces propos dans un discours mardi sur l’armée israélienne et son rôle dans la société israélienne à Herzliya, en l’honneur de l’un de ses prédécesseurs, le lieutenant-général Amnon Lipkin-Shahak, qui est décédé en décembre 2012.

Le chef d’état-major Gadi Eisenkot durant une conférence au Centre interdisciplianire à Herzliya, le 2 janvier 2018. (Crédit : capture d’écran)

« Après 40 ans dans l’armée, je ne peux pas concevoir que des soldats refusent des ordres au nom de la politique. Ils comprennent leur rôle et leur subordination à l’échelon politique », a expliqué Eizenkot.

Durant son discours, qui évoquait les menaces extérieures qui pèsent sur Israël, et les défis internes auxquels l’armée fait face, le chef d’état-major a également mentionné une lettre récemment envoyée par des dizaines de lycéens israéliens qui annonçaient leur refus de servir dans l’armée en raison de la présence de l’armée en Cisjordanie.

Bien qu’il ait souligné que la désertion des objecteurs de conscience n’était pas un phénomène nouveau, Eizenkot a condamné le « refus de groupe », qu’il a qualifié de « défi qui nous rassemble en tant que société » et de « violation de la loi sur le service militaire obligatoire et la responsabilité mutuelle ».

Le chef de l’armée a reconnu que le service militaire présentait des défis moraux, notamment en Cisjordanie, mais a encouragé ceux qui s’en préoccupent à rejoindre les rangs de l’armée afin d’y exercer leur influence.

Des soldats israéliens ripostent aux émeutiers palestiniens du camp de réfugiés d’Al-fawwar, près de Hébron dans le sud de la Cisjordanie, le 31 décembre 2017. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

« L’’armée israélienne n’a pas demandé à superviser la Cisjordanie, c’est une mission qui nous a été donnée par la hiérarchie politique. L’armée est subordonnée au gouvernement et ne choisit pas ses missions », a-t-il ajouté.

Il a souligné que l’armée a un ordre permanent, mais « ne [se contente] pas de permettre, mais exige que ses soldats refusent les ordres illégaux ».

Le chef de l’armée a également parlé des combats sociétaux israéliens liés à l’armée, notamment sur la place des femmes dans les unités combattantes, et l’opinion négative qu’en ont les Juifs religieux en Israël.

Eizenkot a souligné l’importance de garantir l’apolitisme de l’armée.

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Le mois dernier, Eizenkot a mis à jour les règles concernant la mixité dans l’armée. Cette mesure n’avait que très peu d’implications pratiques, mais nombre de personnes l’ont considérées comme une façon d’assouplir le discours sur l’intégration des femmes dans l’armée.

« Certains disent que l’armée est dirigée par des rabbins, ou par la crainte des rabbins. D’autres disent que l’armée est dirigée par des groupes de femmes », a affirmé Eizenkot.

Le chef de l’armée a également évoqué le célèbre discours des quatre tribus du président Reuven Rivlin, dans lequel il indique que le pays est divisé entre les camps laïcs, religieux, ultra-orthodoxe et arabes.

« Notre but n’est pas de gérer l’armée comme quatre tribus, comme l’a décrit le président, mais comme une seul tribu », a-t-il dit.

Eizenkot a également fait part du changement sociétal israélien. Autrefois, le service militaire dans les unités combattantes était « le moyen le plus fort » pour se mettre au service du pays. Désormais, les unités technologiques et celles du renseignement sont plus importantes.

« La jeune génération a une échelle de valeurs différente sur le service militaire. Ils se disent qu’ils « veulent contribuer, mais sans servir dans les unités blindées ni les parachutistes », a-t-il dit.

Eizenkot a déclaré que selon l’armée, c’était une approche incorrecte.

« L’armée connait des hauts » – et avant de dire « des bas », il s’est repris « place ses combattants en haut [de l’échelle]. »

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