Pour ces amoureux du Talmud, le COVID-19 offre plus de temps pour l’étude
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Pour ces amoureux du Talmud, le COVID-19 offre plus de temps pour l’étude

Un enseignant de yeshiva et ses neuf élèves au Royaume-Uni, aux USA et en Israël, ont profité du temps passé chez eux pour se plonger dans les complexités de la loi religieuse

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Josh Kulp (en haut à droite) et certains de ses étudiants de niveau avancé du Talmud sur Zoom, pendant les affres de la pandémie de coronavirus. (Avec l'aimable autorisation de Josh Kulp)
Josh Kulp (en haut à droite) et certains de ses étudiants de niveau avancé du Talmud sur Zoom, pendant les affres de la pandémie de coronavirus. (Avec l'aimable autorisation de Josh Kulp)

Dans les annales de l’enseignement en ligne et de la lassitude entraînée par les visioconférences sur Zoom ou Skype, on retrouve beaucoup d’usagers frustrés – nombreux que ce soit chez les étudiants, les parents ou les enseignants.

Mais pour un groupe choisi de spécialistes du Talmud, le COVID-19 a représenté une opportunité inhabituelle d’apprentissage collectif au sein d’un petit groupe soudé, malgré la distance et les différents fuseaux horaires.

Au cours des trois derniers mois, Josh Kulp, qui dirige la Conservative Yeshiva à Jérusalem, a passé cinq heures par semaine sur Internet en réunissant une poignée d’élèves de Londres, New York, Washington, de l’ouest du Massachusetts, de Denver et de Jérusalem pour étudier les complexités des lois de cacheroute – la thématique de son cours.

Ils examinent des aspects mystérieux de la cacheroute, apprenant si l’odeur a la même importance que le goût et s’il est possible de faire cuire de la viande et du lait dans le même four, au même moment.

Ils étudient également la Gémara et se sont intéressés à quelques petits faits intéressants et méconnus – comme le fait qu’il n’y avait pas de mot hébreu pour désigner l’assiette jusqu’à une date assez récente, ou que pashtida, le mot hébreu populaire pour désigner la casserole, est d’origine française.

« Il y a un grand nombre d’informations en arrière-plan quand on parle d’alimentation dans des textes qui ont des milliers d’années », explique Kulp.

Le cours sur Zoom a débuté au mois de mars, quand la pandémie de coronavirus a démarré. À la fin du semestre, au mois de mai, Josh Kulp, le professeur, a proposé de continuer à enseigner à ses étudiants en suivant les règles de Torah lishma — soit l’apprentissage au nom du seul apprentissage.

Josh Kulp et ses élèves travaillent sur le Talmud sur Zoom pendant la pandémie de coronavirus. (Autorisation : Josh Kulp)

« J’ai dit aux élèves : ‘On est tous chez nous, j’ai adoré vous enseigner des choses mais aujourd’hui, je peux vous apprendre seulement ce que j’ai envie de vous apprendre’ sans nécessairement m’appuyer sur les programmes », raconte Kulp.

Quatre élèves ont alors été intéressés à l’idée de continuer leur apprentissage et Kulp a mis une annonce sur Facebook, ouvrant son cours à toutes les personnes intéressées, précisant bien que ce cours sur le Talmud serait poussé : les élèves devraient être en mesure de lire des sources difficiles en hébreu original et en araméen, l’engagement serait de surcroît sérieux avec cinq heures de cours par semaine sur internet et quelques heures passées en havruta, l’apprentissage conjoint avec d’autres étudiants.

Kulp a immédiatement reçu quelques candidatures.

Leah Jordan, rabbin au Royaume-Uni, a dû interrompre son année en Israël à cause du coronavirus, mais elle a pu suivre son cours de perfectionnement sur le Talmud sur internet. (Autorisation : Leah Jordan)

Leah Jordan, 33 ans, née à Kansas City et rabbin réformée qui vit depuis neuf ans à Londres avec son mari britannique, et qui a passé son année sabbatique à Jérusalem dans la yeshiva, a été l’une des premières à s’inscrire.

Son emploi du temps était libre jusqu’au 1er juin – date à laquelle elle devait commencer un nouveau travail – et elle a bénéficié de deux mois de plus chez elle, a priori complètement inattendus.

« Il y avait cette alchimie entre Josh, un grand professeur, et un noyau d’entre nous qui sont vraiment engagés à apprendre pour le plaisir d’apprendre. Nous avions besoin de cette stabilité dans nos vies », a déclaré Jordan. « En tant qu’étudiants de la Torah, il était naturel que ce soit la Torah qui nous réconforte. »

Jordan a décidé d’étudier en havruta avec Liza Bernstein, une étudiante de la côte est des États-Unis, et chaque semaine, elles se retrouvaient pendant huit heures supplémentaires.

« C’est une sorte de réalisation du rêve de mon congé sabbatique », a déclaré Mme Jordan. « Désormais, on apprend pour le plaisir, c’est une situation magique. »

Jonathan Dine, résident de Washington DC, a saisi l’occasion de participer à un cours avancé du Talmud organisé en raison du coronavirus. (Autorisation de Jonathan Dine)

Jonathan Dine, 32 ans, un spécialiste du traitement des données de Washington, a déclaré qu’il s’agissait là d’une occasion en or de participer à un cours basé sur les compétences, et qu’il pouvait s’y engager parce qu’il travaillait depuis chez lui pendant la pandémie.

« Il y a des gens avec qui je ne pourrais pas apprendre normalement », a déclaré Dine, dont la sœur a également rejoint le cours et est sa partenaire de havruta. « Cela semble un peu plus informel, d’apprendre juste pour le plaisir. »

Ce que M. Kulp apprécie dans son cours en ligne, c’est la facilité avec laquelle il a pu réunir 10 personnes sur Zoom – et que toutes voulaient la même chose.

« Le texte fournit une ancre », a déclaré Stephen Arnoff, PDG du Fuchsberg Center of Conservative Judaism, le foyer de la yeshiva Massorti, qui a mis en ligne toute son activité jusqu’en septembre. « Certains se réveillent à 5h30 du matin pour cela. »

Larry Moss, 64 ans, l’un des neuf élèves, a déclaré qu’il avait besoin d’autant de temps en dehors des cours qu’en classe pour se préparer.

« Il y a des gens vraiment intelligents dans la classe, et il n’est pas facile de suivre le niveau de discussion », a déclaré Moss, un avocat d’entreprise semi-retraité qui apprécie la structure que la classe lui offre en ces temps tumultueux. « Il y a là des esprits vraiment jeunes et souples. »

Joshua Kulp, Rosh Yeshiva à la Yeshiva Massorti, qui a profité du coronavirus pour enseigner à un petit groupe d’étudiants situés en Israël, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. (Autorisation de Joshua Kulp)

Il y a aussi une intimité innée dans l’apprentissage, ont déclaré les étudiants, étant donné le petit nombre de personnes et la capacité à avoir de véritables conversations et à poser des questions.

Kulp dispose d’un groupe WhatsApp pour que les étudiants envoient leurs questions, et il lui arrive de prendre le téléphone pendant la journée pour certains des problèmes les plus épineux.

« Mon fantasme est que cela continue pour toujours », a déclaré Kulp, qui a également eu le temps d’apprendre chaque matin avec sa propre havruta, parce qu’il ne se rend pas au travail. « D’une certaine manière, c’est le meilleur cours que j’ai jamais donné en 25 ans, parce que les gens veulent vraiment en être. »

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