Pour la Suisse, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens pose « problème »
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Pour la Suisse, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens pose « problème »

"Au lieu de soutenir des écoles et hôpitaux de l'UNRWA, nous pourrions aider les institutions jordaniennes à promouvoir l'intégration des réfugiés palestiniens", dit Ignazio Cassis

Des Palestiniens reçoivent de l'aide dans un centre de distribution des Nations Unies (UNRWA) dans le camp de réfugiés de Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 31 juillet 2014 (Abed Rahim Khatib / Flash90)
Des Palestiniens reçoivent de l'aide dans un centre de distribution des Nations Unies (UNRWA) dans le camp de réfugiés de Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 31 juillet 2014 (Abed Rahim Khatib / Flash90)

L’agence de l’ONU qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, l’UNRWA, pose « problème » en maintenant en vie le rêve « irréaliste » d’un retour pour tous, ce qui alimente le conflit au Proche-Orient, a affirmé jeudi le chef de la diplomatie suisse.

« Les réfugiés rêvent de retourner en Palestine. Il n’y a plus 700 000 réfugiés palestiniens dans le monde, mais 5 millions. Il est irréaliste d’imaginer un retour pour tous. Mais l’UNRWA maintient cet espoir », a déclaré Ignazio Cassis, dans une interview à plusieurs journaux suisses du groupe NZZ.

« La question se pose : l’UNRWA fait-elle partie de la solution ou du problème ? Pendant longtemps, elle a fonctionné comme une solution, mais aujourd’hui, elle fait partie du problème. Elle fournit les munitions nécessaires à la poursuite du conflit », car « tant que les Palestiniens vivent dans des camps de réfugiés, ils veulent retourner dans leur patrie », a-t-il estimé.

« C’est une logique perverse, parce que tout le monde veut mettre fin au conflit », a-t-il ajouté, appelant l’assemblée générale de l’ONU à se saisir de cette question.

Etablie en 1949, l’UNRWA apporte son aide à plus de trois millions de Palestiniens sur les quelque cinq millions enregistrés comme réfugiés dans les Territoires palestiniens, en Jordanie, au Liban ou en Syrie, survivants ou descendants des centaines de milliers de Palestiniens jetés sur les routes lors de la première guerre israélo-arabe en 1948 qui a suivi la création de l’Etat d’Israël.

Elle doit veiller sur les réfugiés palestiniens. Seulement, l’échelle et le but de son mandat, ce qui est unique pour une organisation de réfugiés des Nations Unies, se sont étendus continuellement jour après jour, grâce à la définition que constitue un réfugié palestinien.

De manière générale, partout ailleurs, mais pas ici, les Nations unies définissent un réfugié comme une personne qui, craignant de façon crédible des persécutions pour des raisons de race, de religion, de nationalité et ainsi de suite, est en dehors de son pays ou de son ancien lieu de résidence habituel.

Si la définition normale a été appliquée à environ 650 000 Palestiniens qui ont fui ou ont été expulsés de ce qui est devenu Israël à la fin des années 1940, le problème des réfugiés palestiniens concernerait aujourd’hui très peu de personnes parmi ses 650 000, un chiffre estimé dans une fourchette basse de dizaines de milliers.

L’organisation fournit une assistance, non seulement à ceux qui sont encore en vie parmi les réfugiés de 1940, et pour ceux qui ont perdu leur foyer et des moyens pour vivre après la guerre de 1967, mais aussi, et c’est là le point crucial, pour leurs descendants.

Ainsi, plutôt qu’un problème de réfugiés dans la fourchette basse de dizaine de milliers, on compte aujourd’hui cinq à six millions de réfugiés palestiniens, attendant en vain un « retour » en Israël. Leur soins de santé, leurs services sociaux et leur éducation sont financés grâce à l’UNRWA.

Pierre Krahenbuhl, chef de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens,(UNRWA) est interviewé à Jérusalem le 19 janvier 2018. (AFP Photo/Thomas Coex)

L’organisation, dirigée par le Suisse Pierre Krähenbühl, est en proie à de grandes difficultés financières depuis que les Etats-Unis ont annoncé en janvier geler une partie de leur soutien financier.

Interrogé à ce sujet, M. Cassis a jugé que retirer un soutien financier peut, dans certains cas, faire bouger les choses.

« Dans ce cas, c’est un grand risque : des millions de Palestiniens pourraient descendre dans la rue. Si tous les Etats refusent de donner de l’argent à l’UNRWA, c’est une machine qui assure une certaine stabilité qui va désintégrer. C’est un risque que la Suisse ne peut pas se permettre – contrairement peut-être aux Etats-Unis », a expliqué le ministre suisse.

Garantissant la poursuite du soutien financier de la Suisse à l’UNRWA, il a plaidé pour une meilleure intégration des réfugiés dans les pays où ils résident.

M. Cassis a ainsi suggéré par exemple qu' »au lieu de soutenir des écoles et hôpitaux de l’UNRWA, nous pourrions aider les institutions jordaniennes à promouvoir l’intégration des réfugiés palestiniens ».

A LIRE : Le problème avec l’UNRWA

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