Pour un ex-cadre du Labour, l’antisémitisme pourrait lui coûter les élections
Rechercher

Pour un ex-cadre du Labour, l’antisémitisme pourrait lui coûter les élections

L'ancien président de la Chambre des communes Michael Martin a réclamé une conférence sur les attitudes anti-juives, un "problème authentique" au sein du parti

Lord Martin of Springburn, anciennement Michael Martin, lorsqu'il était président de la Chambre des communes au parlement britannique en  2009 (Capture d'écran : YouTube)
Lord Martin of Springburn, anciennement Michael Martin, lorsqu'il était président de la Chambre des communes au parlement britannique en 2009 (Capture d'écran : YouTube)

Alors que la question de l’antisémitisme au sein du parti travailliste refait actuellement les gros titres, un ancien président de la Chambre des communes a demandé une conférence du parti pour évoquer le sujet, avertissant qu’il pourrait coûter les prochaines élections à la formation.

Michael Martin a indiqué au journal The Guardian être « atterré » par l’état des affaires du parti. Il a estimé que ce dernier connaissait un authentique problème d’antisémitisme et qu’il n’était pas d’accord avec ceux qui affirmaient qu’il ne s’agissait que d’un prétexte visant à déloger le chef du Labour, Jeremy Corbyn.

« Si vous dirigez un restaurant, qu’il est sale et qu’il y a des cafards, vous ne pouvez pas partir en disant : ‘Le restaurant au bas de la rue est lui aussi sale et a lui aussi des cafards’. On attend de vous que vous trouviez une solution au problème », a-t-il commenté.

Sa décision de s’exprimer publiquement a été prise suite à son incapacité, pour des raisons de santé, de se rendre à une manifestation organisée lundi dernier à laquelle ont participé 1 500 personnes issues de la communauté juive devant le Parlement, a-t-il expliqué.

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre Jeremy Corbyn, chef du parti travailliste de l’opposition britannique, et contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP/Tolga Akmen)

« Vous vous souvenez de ce proverbe qui dit que le mal naît car les hommes bons ne font rien. Je n’ai pas été au Parlement parce que je suis en congé maladie, mais si j’avais été là lundi dernier, j’aurais rejoint cette manifestation », a-t-il précisé.

« Je ne veux pas qu’un jour on vienne me voir en me disant : ‘Michael, tu n’as rien dit sur l’antisémitisme’, » a-t-il ajouté.

Il a continué : « Je pense que le moment est venu d’organiser une conférence d’une journée – cette conférence pourrait être faite sur une base régionale, ou une base nationale – mais nous avons besoin que les membres se rassemblent et nous disent : ‘Quelles que soient les circonstances, nous ne sommes pas antisémites. Nous sommes un parti démocratique et nous prospérons sur la décence ».

Il a ajouté que « la seule manière dont le parti travailliste peut améliorer la vie des hommes et des femmes, et aussi des enfants, c’est en étant élu aux fonctions publiques et en ayant une majorité parlementaire ».

« Si le Labour est considéré comme antisémite, alors une telle ambition est mise en péril », a-t-il noté.

Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, se promène le long du pont de Westminster dans le centre de Londres, le 23 mars 2017 (AFP Photo / Daniel Leal-Olivas)

Martin, un catholique qui siège dorénavant à la chambre des Lords sous le nom de Lord Martin of Springburn, a expliqué que c’est un politicien juif — Myer Galpern, premier lord Juif, Lord Provost of Glasgow, en Ecosse – qui lui a donné l’envie d’entrer en politique.

Ayant perdu son oncle et ayant presque perdu son père pendant la Seconde Guerre mondiale, il veut également s’assurer que les gens sauront se souvenir des sacrifices consentis par cette génération contre l’antisémitisme et le fascisme, a-t-il ajouté.

Martin est le dernier d’une série de hauts-responsables actuels et passés du parti travailliste à s’exprimer contre ce qu’ils considèrent comme une incapacité d’agir contre l’antisémitisme dans les rangs de la formation.

Au cours du week-end, Sir David Garrard, un important donateur juif du Labour, a annoncé qu’il ne voulait plus rien avoir à faire avec le parti en raison des scandales liés à l’antisémitisme.

La formation politique qu’il soutenait dans le passé « n’existe plus », a dit Garrard, selon The Guardian. Garrard, développeur immobilier à la retraite, aura fait don d’environ 1,5 million de livres sous trois de ses dirigeants depuis 2003.

Garrard a expliqué : « En tant qu’ancien soutien éminent du Labour aux niveaux politique et financier, un parti dont j’ai été membre pendant de si nombreuses décennies, je ne ressens plus d’affinités ou de liens avec ce que la formation semble être devenue. J’ai observé avec consternation et appréhension la manière dont les dirigeants se sont comportés au cours des deux années, de mon point de vue. Je considère que le leadership a soutenu et approuvé les actions les plus flagrantes d’antisémitisme. Et pourtant, il a échoué à expulser ceux qui se sont engagés dans les fantasmes les plus désobligeants sur les conspirations juives/sionistes – les caractérisations et les accusations à l’égard des Juifs qui évoquent ce genre même d’attaques antisémites qui ont mené à des conséquences tellement insupportables pour des millions d’innocents dans le passé ».

Sir Alan Sugar, qui a quitté la formation en 2015 en raison de sa politique commerciale, a répondu dimanche à une demande émanant du chancelier du cabinet fantôme du Labour, John MacDonnell, de supprimer un tweet qu’il avait partagé qui, selon lui, « avait fait le tour » en montrant Corbyn assis aux côtés d’Adolf Hitler.

Le journal The Observer a, pour sa part, déclaré dimanche que le parti travailliste a un retard de travail sur plus de 70 dossiers portant sur des cas présumés d’antisémitisme et que nouvelles accusations font encore surface.

Le Sunday Times a rapporté dimanche que 12 membres importants du personnel du chef du parti Jeremy Corbyn et du chancelier fantôme John Mcdonnell sont membres de groupes Facebook contenant des commentaires antisémites.

Un communiqué du parti travailliste a déclaré que personne, dans les bureaux de Corbyn ou de McDonnell n’avait vu, posté ou approuvé des messages antisémites ou offensants, soulignant que les groupes Facebook n’étaient en aucun cas liés à la formation politique.

Quelques heures plus tard, Corbyn a supprimé son compte Facebook personnel.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...