Pourquoi Israël est un site de pèlerinage pour les oiseaux – et ceux qui les regardent
Rechercher

Pourquoi Israël est un site de pèlerinage pour les oiseaux – et ceux qui les regardent

Situé au nœud de trois continents, avec un climat varié, Israël attire environ 500 millions d’oiseaux chaque année, de 550 espèces différentes

Des milliers de grues prennent leur envol dans la vallée Hula en Israël, en février 2016. (Crédit : Ben Sales/JTA)
Des milliers de grues prennent leur envol dans la vallée Hula en Israël, en février 2016. (Crédit : Ben Sales/JTA)

JTA – Des milliers de grues assises en couple dans un champ ici, leurs silhouettes approchant l’horizon. Puis, toutes ensembles, elles s’envolent, un nuage de plumes blanches et noires remplit le ciel.

Shai Ahmon n’est pas intéressé par la plupart d’entre elles. Tout ce qui l’intéresse est un couple à l’avant, légèrement plus petit que les autres. La plupart des oiseaux sont des grues communes, mais ces deux-là sont des grues demoiselles – une découverte rare dans la région.

« Elles ne peuvent pas dormir dans le désert et ne peuvent pas s’arrêter dans le sud d’Israël, » a dit Agmon, directeur du centre de recherche ornithologique de la vallée Hula pour le Keren Kayemeth L’Yisrael – Fonds national juif (KKL-FNJ), qui gère le parc d’observation des oiseaux de la vallée. « Ici, elles ont de la nourriture et un endroit sûr pour se reposer. »

Avec 300 espèces d’oiseaux qui y passent chaque année, la vallée Hula, dans le nord d’Israël, est l’un des meilleurs endroits pour observer les oiseaux dans un pays qui a acquis la réputation d’être la Mecque des observateurs d’oiseaux.

Situé à l’intersection de trois continents, avec une diversité climatique qui va du désert aride à de plus froides régions montagneuses dans le nord, Israël attire environ 500 millions d’oiseaux de 550 espèces différentes tous les ans. Le continent entier d’Amérique du Nord, qui fait 1 000 fois la taille d’Israël, voit à peine deux fois plus d’espèces.

Les caractéristiques géographiques uniques d’Israël – c’est également l’un des derniers endroits verts avant les déserts du Sinaï et du Sahara – en ont aussi fait une destination non seulement pour les oiseaux, mais aussi pour les personnes qui vivent l’expérience excitante d’identifier une espèce rare, perchée sur une branche ou aux alentours d’un lac.

« Plus je vais voir des endroits dans le monde, plus je vois combien de richesses de nature j’ai en Israël, dont certaines si proches de la maison, » a dit Yuval Daks, un photographe ornithologique de la société de protection de la nature en Israël. « C’est dur d’entrer en compétition avec la richesse d’Israël parce que nous avons tant de climat. Nous avons le désert, [le mont] Hermon. »

Pour les dizaines de milliers d’observateurs d’oiseaux estimés qui viennent en Israël chaque année, les sites à ne pas rater ne sont pas le mur Occidental ou Massada, mais la vallée Hula et le parc d’observation ornithologique d’Eilat. Parfois armés de télé-objectifs, les amateurs d’oiseaux se réveilleront avant l’aube et conduiront des heures pour trouver une espèce.

Quand ils réussissent, l’expérience peut être électrisante. Dan Alon, le directeur du centre ornithologique israélien, s’est rappelé avoir été dépassé la première fois qu’il a rencontré un troupeau de 200 000 bondrées apivores en 1984.

« Il remplissait le ciel, a dit Alon. Vous ne pouviez pas voir le ciel. Vous ne pouvez pas oublier ça. J’aime les oiseaux. J’aime ce monde. Je trouve de nouvelles choses tout le temps. »

La vallée Hula est devenue par hasard un très bon lieu d’observation d’oiseaux. Asséchée de ses marais dans les années 1950, la vallée a été ré-inondée quatre décennies plus tard quand le KKL-FNJ a réalisé que le drainage avait abîmé les écosystèmes locaux. Les fermiers ont commencé à planter du maïs et des cacahouètes dans le sol à nouveau humide – exactement les cultures que les grues aiment manger.

Shai Agmon, le directeur du centre de recherche ornithologique de la vallée Hula pour le KKL-FNJ, qui gère le parc d'observation d'oiseaux de la vallée, en février 2016. (Crédit : Ben Sales/JTA)
Shai Agmon, le directeur du centre de recherche ornithologique de la vallée Hula pour le KKL-FNJ, qui gère le parc d’observation d’oiseaux de la vallée, en février 2016. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Bientôt, plutôt que de juste passer à travers la vallée, 30 000 grues sont restées là-bas chaque hiver, se nourrissant des cultures et dormant perchées dans un lac artificiel. A présent, pour protéger les revenus des fermiers, le gouvernement nourrit les grues avec jusqu’à huit tonnes de maïs par jour.

Le KKL-FNJ installe six parcs d’observation ornithologique dans tout Israël dans un effort pour attirer les amateurs dans tout le pays. Chaque année la société tient un championnat d’envol à Eilat, dans laquelle chaque équipe internationale concourt pour voir combien d’espèces différentes elle peut repérer en une journée.

« Nous n’allons pas gérer la nature, a déclaré Yaron Charka, le chef ornithologiste du KKL-FNJ. La chose la plus importante est qu’il y ait des oiseaux intéressants qui viennent ici naturellement. »

Certains des observateurs d’oiseaux d’Israël ont fait plus que juste regarder les créatures ailées.

Yossi Leshem, directeur du centre international pour l’étude de la migration des oiseaux, basé en Israël, a mis en place un système de radars qui détecte les routes de migration des oiseaux pour éviter des accidents qui pourraient abattre des avions militaires. Leshem a été un pionnier de l’utilisation d’oiseaux mangeurs de souris comme les crécerelles et les chouettes effraies comme moyen de contrôle de la peste. Et il a aidé les écoliers israéliens à apprendre la géographie en étudiant les routes de migration des oiseaux.

« Ce qui est important pour moi est de préserver la nature, a déclaré Leshem. Donc j’ai cherché pour un domaine appliqué, qui ne soit pas simplement théorique. »

Certains observateurs d’oiseaux préfèrent cependant que les militants israéliens laissent l’écosystème ornithologique du pays comme il est. Clive Bramham, un observateur d’oiseaux avide américain, qui vit en Norvège, est venu deux fois en Israël – en 2002, et dix ans plus tard. La première visite, avec moins d’infrastructures et moins de monde, était plus agréable.

« Vous voulez l’accès, mais vous voulez l’expérience réelle, a dit Bramham. La Hula était excitante, [mais] je n’irai pas là-bas un samedi. Je ne referais pas ça. Il y a plus de trafic le week-end. Si vous voulez vraiment voir les oiseaux, allez-y tôt. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...