Premier voyage Taglit de Juifs d’Ouganda financé par l’État qui n’en veut pas
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Premier voyage Taglit de Juifs d’Ouganda financé par l’État qui n’en veut pas

La plupart des 40 Abayudaya arrivés mardi ne connaissent pas Israël ; le ministère de l'Intérieur affirme qu'ils ne sont pas juifs, contrairement à l'Agence juive

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

  • Gershom Sizomu, le chef religieux des  Abayudaya, en 2003. (Crédit : Ken Hively/Los Angeles Times via Getty Images/JTA)
    Gershom Sizomu, le chef religieux des Abayudaya, en 2003. (Crédit : Ken Hively/Los Angeles Times via Getty Images/JTA)
  • Sept garçons de la communauté juive Abayudaya célèbrent leur bar-mitsva, le 18 octobre 2014. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
    Sept garçons de la communauté juive Abayudaya célèbrent leur bar-mitsva, le 18 octobre 2014. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
  • La synagogue centrale de la communauté juive des Abayudaya en Ouganda. (Crédit : Ben Sales/JTA)
    La synagogue centrale de la communauté juive des Abayudaya en Ouganda. (Crédit : Ben Sales/JTA)
  • Des membres de la communauté juive Abayudaya en Ouganda devant une synagogue à Nabagoye. (Avec l'aimable autorisation de Bechol Lashon)
    Des membres de la communauté juive Abayudaya en Ouganda devant une synagogue à Nabagoye. (Avec l'aimable autorisation de Bechol Lashon)

La communauté juive Abayudaya en Ouganda a marqué une étape importante mardi matin, alors que son tout premier groupe Taglit-Birthright a atterri à l’aéroport Ben Gurion.

Le voyage sans précédent pour le groupe, composé d’environ 40 jeunes âgés de 18 à 27 ans, était en préparation depuis presque un an, avait déclaré le chef spirituel du groupe, le rabbin Gershom Sizomu, au Times of Israel peu avant le début du périple.

Les dispositions pour le voyage ont été prises sans publicité, Taglit-Birthright lui-même refusant de divulguer toute information à ce sujet.

Sans doute, parce que la question du statut des Abayudayas en tant que Juifs, et donc de l’éligibilité potentielle à immigrer en Israël, fait l’objet d’un différend entre le ministère de l’Intérieur d’Israël, l’Agence juive et les dirigeants juifs massortis.

« La plupart de ces jeunes n’ont jamais été en Israël – ce sera leur première fois, et ils sont très excités », a déclaré M. Sizomu lors d’une interview téléphonique passée depuis l’Ouganda.

« Ils feront l’expérience d’être dans l’Etat juif et sont enthousiastes à l’idée de visiter les sites historiques. Ce voyage va approfondir leurs liens avec Israël et le peuple d’Israël », a-t-il ajouté.

Sizomu a annoncé l’arrivée imminente du groupe dans un message Facebook lundi, écrivant qu’un bus avec plus de 35 jeunes Abayudaya était en route pour l’aéroport d’Entebbe « pour prendre leur vol vers Tel Aviv pour participer à leur tout premier voyage Birthright ».

Le rabbin Gershom Sizomu a publié sur Facebook un message concernant le premier voyage birthright d’Abayudaya, le 20 août 2018.

Le guide du voyage Taglit-Birthright, Michal Chacham, originaire des États-Unis, s’est rendu en Ouganda ces derniers jours pour préparer le voyage à la dernière minute.

Le rabbin Gershom Sizomu dirige la communauté juive de l’Ouganda. (Avec l’aimable autorisation de Be’chol Lashon via JTA)

Taglit-Birthright est un organisme à but non lucratif qui offre des voyages éducatifs gratuits de 10 jours en Israël pour les participants ayant au moins un parent juif ou qui se sont convertis au judaïsme.

La grande majorité des participants viennent d’Amérique du Nord. L’organisation est financée par des philanthropes privés et des organisations juives, et reçoit également environ un quart de ses fonds de l’État d’Israël.

Taglit-Birthright a refusé plusieurs demandes d’interview du Times of Israel avant l’arrivée du groupe Abayudaya.

L’organisation a également demandé au responsable du voyage Chacham de ne pas parler aux médias avant la visite.

L’année prochaine, les Abayudaya, une petite communauté d’environ 2 000 personnes située près de la ville de Mbale, dans l’est de l’Ouganda, célébrera le 100e anniversaire de sa naissance, lorsqu’un ancien dirigeant a embrassé le judaïsme après avoir lu une Bible.

La plupart des Abayudayas ont été officiellement convertis entre 2002 et 2008 sous les auspices des rabbins massorti américains. Ils ne sont pas reconnus comme juifs par le grand rabbinat d’Israël, mais selon la loi du retour, ils devraient être automatiquement éligibles à la citoyenneté.

Des membres de la communauté juive Abayudaya en Ouganda devant une synagogue à Nabagoye. (Avec l’aimable autorisation de Bechol Lashon)

Le voyage se déroule en pleine bataille pour la reconnaissance de la communauté Abayudaya.

En juin, le ministère de l’Intérieur israélien a refusé de reconnaître comme juif aux fins de l’immigration un membre de la communauté Abayudaya, Yosef Kibita, qui séjournait dans un kibboutz affilié aux Massortis dans le sud d’Israël. Le ministère a déclaré que sa décision concernait non seulement Kibita, mais aussi le reste des Abayudayas.

Le rabbin Andrew Sacks, directeur de l’Assemblée rabbinique du mouvement Massorti en Israël, qui a également supervisé les conversions et les circoncisions des Abayudayas en 2002, a déclaré au Times of Israel que cette décision était le résultat de ce qu’il a appelé un système biaisé.

Le rabbin Andrew Sacks du mouvement Massorti se rend régulièrement dans les communautés juives « émergentes » du monde entier (Crédit : Facebook)

« Il y a clairement une forme de discrimination ici », a expliqué M. Sacks.

« Certains pourraient dire qu’il y a une composante raciale, mais c’est difficile à prouver ».

« Malgré la décision de la Cour suprême selon laquelle les communautés locales peuvent gérer leurs propres conversions, le ministère de l’Intérieur est constamment à la recherche de barrières et de détails techniques menant au rejet des conversions par les batei din [tribunaux rabbiniques] de notre mouvement – en particulier dans les pays en développement où leur peau n’est pas blanche », a-t-il ajouté.

Le rabbin Sizomu explique que Kibita continue de demander à être reconnu comme juif par l’État.

La Fondation Massorti, qui représente le Conservative Judaism en Israël, a créé une page de collecte de fonds d’urgence pour aider à couvrir les coûts de la bataille juridique et de relations publiques pour la reconnaissance des Abayudaysa.

Des membres de la communauté juive ougandaise Abayudaya écoutent leur chef religieux dans un village à côté de Mbale, à l’est de l’Ouganda, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP/Michael O’Hagan)

Dans l’intervalle, la Cour suprême a émis une injonction temporaire contre l’expulsion de Kibita, dont le visa a expiré. Le gouvernement avait jusqu’au 29 juillet pour répondre à l’appel de Kibita, mais cette date est passée, et l’État a finalement demandé une prolongation jusqu’après les grandes vacances, bien qu’une date précise n’ait pas encore été fixée.

Pour illustrer davantage la complexité de la question, l’Agence juive pour Israël – une entité para-étatique qui a joué un rôle déterminant dans la fondation et le développement d’Israël et qui est la plus grande organisation juive à but non lucratif au monde – a récemment reconnu sans condition les Abayudayas comme juifs. Depuis 1948, l’Agence juive a aidé 3 millions de nouveaux arrivants à immigrer en Israël, en fournissant des logements et d’autres ressources clés dans des centres d’intégration dans tout le pays.

Au cours du siècle dernier, les Abayudayas se sont fermement accrochés à leur judaïsme, bien qu’ils vivent dans un relatif isolement. Ils observent le Shabbat – le jour de repos juif – et pratiquent la circoncision rituelle. Leur culte combine la liturgie hébraïque traditionnelle avec des mélodies africaines, et ils affirment avoir un lien profond avec Israël et le peuple juif.

Le rabbin Gershom, (second à gauche), se prépare à la lecture de la Torah pendant un office de Shabbat au sein de la communauté juive Abayudaya dans un village proche de Mbalé, à l’est de l’Ouganda, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP/Michael O’Hagan)

Au cours de sa vie relativement courte, la communauté a été confrontée à sa part d’adversité, résistant à la persécution du leader ougandais Idi Amin dans les années 1970, ainsi qu’à une campagne de conversion agressive de la part des missionnaires chrétiens.

Malgré les défis posés par le ministère de l’Intérieur d’Israël, la petite communauté continue d’espérer qu’elle sera bientôt la bienvenue dans la patrie juive.

« Je suis optimiste parce que l’Agence juive nous a reconnus, et cela se maintiendra à moins que le ministère de l’Intérieur ne puisse indiquer pourquoi nous ne sommes pas considérés comme juifs », a dit M. Sizomu.

M. Sacks a déclaré que les fonctionnaires du ministère ont avancé des arguments fallacieux et infondés selon lesquels les conversions par les mouvements réformés et massorti pourraient être utilisées pour accélérer un afflux d’immigrants illégaux en provenance de pays en développement cherchant à bénéficier des opportunités économiques d’Israël.

Sept garçons de la communauté juive Abayudaya célèbrent leur bar-mitsva, le 18 octobre 2014. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Mais Sizomu a déclaré que l’absence virtuelle de demandes d’immigration depuis 2002 est la preuve que les Abayudaya n’ont pas d’arrière-pensées.

« Nous voulons seulement voyager à cause de nos liens avec Israël, pas pour avoir une sorte d’immigration de masse », a dit Sizomu, qui a terminé en 2008 un programme de cinq ans à la Ziegler School of Rabbinic Studies de l’American Jewish University à Los Angeles, et a été ordonné rabbin sous les auspices du judaïsme massorti. Sa formation rabbinique comprenait une période d’études en Israël, où ses enfants allaient aussi à l’école.

« Nous apprécierions que le gouvernement israélien nous reconnaisse et nous permette de visiter librement l’État d’Israël et d’avoir les mêmes privilèges que les autres Juifs », a expliqué M. Sizomu.

« Nous ne sortons pas de nulle part », a-t-il précisé. « Nous sommes ici, pratiquant et vivant en tant que Juifs depuis 100 ans. »

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