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Procès de Pittsburgh : Les rituels juifs aussi importants que le carnage meurtrier

Les descriptions d'objets et de pratiques dans les synagogues américaines s'avèrent cruciales pour l'accusation dans le procès du tireur, qui a tué 11 Juifs durant Shabbat en 2018

Du ruban de police entourant un chargeur de fusil d'assaut à la suite d'une fusillade de masse à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, le 28 octobre 2018. (Crédit : Tribunal de district américain du district occidental de Pennsylvanie - Photo de preuves via JTA)
Du ruban de police entourant un chargeur de fusil d'assaut à la suite d'une fusillade de masse à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, le 28 octobre 2018. (Crédit : Tribunal de district américain du district occidental de Pennsylvanie - Photo de preuves via JTA)

PITTSBURGH (JTA) – Témoignant au procès américain du tireur de la synagogue de Pittsburgh, Carol Black a décrit comment, juste avant qu’il n’ouvre le feu, elle avait sorti sa kippa et son tallit – ou châle de prière juif – de sa pochette en velours.

Mais elle a d’abord dû expliquer ce qu’étaient une kippa, un tallit et une pochette à tallit.

« Dans ma besace, il y a une pochette en velours bleu avec une fermeture éclair », a-t-elle expliqué. « J’ai un sac Ziploc contenant les kippot et le tallit que je porte. Une kippa est un ‘couvre-chef’, a-t-elle expliqué, « et un tallit est un ‘châle de prière' ». « Ces objets attestent simplement que l’on était en présence de Dieu et que l’on était respectueux », a-t-elle ajouté.

Black, 71 ans, était la deuxième personne à témoigner mercredi, au deuxième jour du procès pour meurtre capital du tireur présumé, Robert Bowers. Elle a été l’un des rares témoins à entrecouper les témoignages déchirants lors du procès d’un cours accéléré sur les rituels juifs.

Black a rappelé qu’elle était assise sur le deuxième siège à partir de l’allée, car c’est sur ce siège que son frère Richard Gottfried était assis, et qu’ils partageaient les fonctions de gabbaï. Black a ensuite expliqué le rôle du gabbaï, qui consiste à appeler les fidèles à la Torah et à les aider à lire un passage de la Torah. Elle a décrit les Psouqei DeZimra, les prières d’ouverture de l’office du matin, et a épelé le nom en hébreu de l’office du matin, Shacharit, à l’intention du sténographe.

« Je venais de commencer à ouvrir ma pochette quand j’ai entendu une forte détonation », a-t-elle déclaré. « J’ai eu l’impression que quelqu’un avait fait tomber une table sur le sol métallique. »

« Les deux premiers sons, je ne les ai pas identifiés comme étant des coups de feu. On ne va pas dans une synagogue en s’attendant à entendre des coups de feu », a-t-elle ajouté.

Le procès se concentre sur les coups de feu – la fusillade du 27 octobre 2018 qui a tué 11 Juifs priant dans trois congrégations : Tree of Life, New Light et Dor Hadash. Mais pour l’accusation, expliquer ce qu’est une synagogue – et les pratiques qui s’y déroulent – s’avère également crucial. La douloureuse collision, ce matin de Shabbat, entre le sacré et le profane est un élément clé de l’argumentation de l’accusation, qui estime que l’accusé mérite la peine de mort.

Sur ce croquis de salle d’audience, Robert Bowers, le suspect du massacre de la synagogue de 2018, est jugé par un tribunal fédéral à Pittsburgh, le 30 mai 2023. (Crédit : David Klug via AP)

Sur les 63 chefs d’accusation fédéraux auxquels Bowers fait face, 22 sont des crimes capitaux : deux pour chacune des 11 personnes décédées ce matin-là, dont le frère de Black, Richard Gottfried. L’un d’eux est une « obstruction au libre exercice de croyances religieuses ayant entraîné la mort » et l’autre est le meurtre, assorti d’une accusation de crime de haine. Les procureurs, qui cherchent à démontrer que la fusillade était motivée par l’antisémitisme, interrogent les témoins sur leur judaïsme et la manière dont ils l’expriment.

« Comme tous les samedis, les hommes et les femmes de confession juive se rendaient à la synagogue pour observer le Shabbat », a déclaré l’assistante du procureur Soo Song dans son exposé introductif mardi. « Pour prier Dieu dans la sainteté et le refuge de leur foi juive commune. »

À l’inverse, l’avocate de la défense, Me Judy Clarke, s’est efforcée de prouver que son client a ciblé les fidèles non pas en raison de leur religion, mais parce qu’il pensait qu’ils facilitaient une invasion migratoire visant à remplacer les Blancs. Elle et les procureurs ont tous deux affirmé devant le tribunal qu’il avait commis l’attentat.

Me Clarke a parfois émis des objections lorsque le témoignage s’est orienté vers la manière dont les Juifs américains pratiquent leur culte ou vers l’explication de ce qui anime la pratique juive. Aucune de ses objections à l’explication du judaïsme n’a été retenue, ni celle où elle avait tenté d’empêcher la directrice de l’une des écoles religieuses de la congrégation d’expliquer ses préceptes éducatifs.

Des membres de la communauté juive de Pittsburgh entrant dans le tribunal fédéral de Pittsburgh pour le premier jour du procès de Robert Bowers, le suspect du massacre de la synagogue de 2018, le 30 mai 2023, à Pittsburgh. (Crédit : AP Photo/Jessie Wardarski)

Décrivant le programme, Wendy Kobee, directrice de l’école religieuse de Dor Hadash, une congrégation du mouvement réformé, a déclaré : « Prières religieuses, pratiques religieuses, valeurs culturelles ».

« Parmi les valeurs culturelles enseignées à l’école, le concept d’accueil de l’étranger figurait-il ? « , a demandé la procureure Mary Hahn.

« Oui, cela aurait été incorporé dans le programme scolaire d’une manière adaptée à l’âge des élèves », a répondu Kobee.

La défense et l’accusation reconnaissent que l’accusé, un suprémaciste blanc, a ciblé le bâtiment parce que Dor Hadash s’était associé à HIAS, le groupe d’aide aux réfugiés juifs, pour célébrer ce que le groupe a appelé le « Shabbat national des réfugiés ».

Le procès se présente comme un séminaire sur la tradition juive américaine. Les témoins ont fourni au juge, au jury et aux personnes de l’assemblée un glossaire improvisé de termes juifs et une introduction à certains aspects de la pensée juive moderne. Dan Leger, un membre de Dor Hadash qui a été blessé lors de l’attentat, a exposé les enseignements du fondateur du mouvement réformé, le rabbin Mordechaï Kaplan.

« L’approche de Kaplan consiste à considérer la Bible, la Torah en particulier, comme quelque chose qui guide notre vie de manière à donner de la valeur à l’interaction sociale », a déclaré Leger. « L’une des façons dont elle se manifeste le plus est l’accueil dans la communauté de ceux qui ont besoin d’aide, qui ont besoin de soutien, qu’ils soient juifs ou non, et l’accueil des immigrés dans le pays. »

Les victimes de la fusillade de la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh, le 27 octobre 2018. (Crédit : Facebook/Google Maps/JTA Collage)

Les procureurs ont également interrogé les témoins sur les pratiques juives afin d’expliquer ce qui s’est passé le jour de la fusillade. Song a demandé à Leger d’expliquer ce qu’est un tallit katan, le petit châle de prière familièrement appelé tzitzit que les hommes pratiquants portent traditionnellement sous leurs vêtements, et pourquoi il n’avait pas de téléphone portable à portée de main lorsque le tireur a ouvert le feu. Il a expliqué que c’était Shabbat, le jour pendant lequel certains Juifs s’abstiennent d’utiliser des appareils électroniques.

Un autre procureur a demandé à Barry Werber, qui a témoigné plus tard, pourquoi il préférait assister aux offices à New Light le vendredi soir et pour les petits déjeuners du dimanche et non le samedi. Il aimait faire « la grasse matinée le samedi », a-t-il dit, mais il s’est rendu à l’office le matin de la fusillade parce qu’il s’est senti obligé d’honorer sa mère à l’occasion de son yahrzeit. Il a expliqué qu’un yahrzeit était l’anniversaire de la mort d’une personne.

Comme le rabbin de Tree of Life, Jeffrey Myers, l’avait fait mardi, Leger a déclaré qu’il avait récité le Shema alors qu’il se croyait mourant, après que le tireur lui eut tiré une balle dans l’abdomen. Il a traduit le verset de la Torah et la prière juive pour le jury. Leger, infirmier diplômé à la retraite, et un autre fidèle de Dor Hadash, Jerry Rabinowitz, médecin, s’étaient précipités sur les lieux de la fusillade pour aider les blessés. Rabinowitz a été tué.

« J’ai pensé au miracle qu’était ma vie, à la beauté de tout cela, au bonheur que j’avais connu, à la joie d’avoir deux beaux fils et une merveilleuse épouse, et l’épouse qui l’avait précédée, à tous les merveilleux amis que j’ai dans ce monde », a déclaré Leger. « J’ai prié pour que l’on pardonne à ceux que j’ai blessés dans ma vie. J’étais prêt à partir. »

L’accusé, vêtu d’un pull bleu foncé et d’une chemise à col bleu clair, les bras croisés, a regardé fixement Leger.

Dans son témoignage de mardi, rapporté par CNN, Myers a déclaré qu’une photo d’un Siddour troué par une balle, versée au dossier, était « un témoin de l’horreur de cette journée ».

« Les objets religieux endommagés sont enterrés conformément à la coutume juive », a-t-il déclaré, expliquant qu’il avait décidé de conserver le livre de prières endommagé.

« Un jour, quand je ne serai plus là, ce livre témoignera d’une histoire qui doit être racontée », a-t-il déclaré.

Les histoires racontées à la barre des témoins ont décrit les familles juives américaines et leur histoire. Gottfried a commencé à fréquenter New Light après la mort de sa mère en 1992, Black a témoigné au sujet de son frère, mais a dit qu’elle n’était pas intéressée par une fréquentation régulière de la synagogue jusqu’à ce qu’elle se blesse à la hanche en courant il y a une dizaine d’années. Gottfried, qui était son cadet, l’avait encouragée à venir aux offices, et elle avait célébré sa bat mitzvah à l’âge adulte.

« À Uniontown (en Pennsylvanie), où j’ai grandi, dans notre congrégation massorti [conservatrice], qui s’appelait d’ailleurs Tree of Life (Arbre de vie), les filles ne faisaient pas leur bat mitzvah », a-t-elle expliqué.

Black et Werber ont tous deux évoqué l’aspect social des offices du Shabbat, décrivant la propension de Melvin Wax, un fidèle de New Light, à raconter des blagues. Werber a rappelé que juste avant la fusillade, Wax racontait des blagues à Cecil Rosenthal.

Pourtant, en parallèle des descriptions de la façon dont le rituel et la prière lient les communautés synagogales, les témoignages reviennent tous sur les détails horribles de la fusillade elle-même.

Le rabbin Jeffrey Myers, à droite, de la congrégation Tree of Life/Or LeSimcha étreignant la rabbin Cheryl Klein, à gauche, de la congrégation Dor Hadash et le rabbin Jonathan Perlman pendant un rassemblement organisé suite à la fusillade meurtrière de la synagogue Tree of Life, à Pittsburgh, le 28 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

Après s’être assise avec Wax, a déclaré Werber, Rosenthal est remontée à l’étage, où le tireur lui a tiré dessus à plusieurs reprises. En bas, dans le sanctuaire New Light, le rabbin Jonathan Perlman a conduit Werber, Wax et Black dans une réserve derrière la bimah – une plateforme rehaussée au centre de la synagogue d’où est lue la Torah. Richard Gottfried se trouvait dans une cuisine adjacente avec un autre fidèle de New Light, Dan Stein, pour préparer le petit-déjeuner du lendemain matin. C’est alors qu’il a appelé le service d’urgence 911.

Le tireur a dévalé les escaliers et tué Gottfried et Stein. Il y a eu une pause et Wax a jeté un coup d’œil hors de la réserve pour voir ce qui se passait. Le tireur lui a tiré dessus à deux reprises et il est tombé aux pieds de Black. Le tireur est resté un moment dans les parages, puis a battu en retraite.

Les secouristes ont fini par trouver le groupe caché dans la réserve. Le corps de Wax y gisait toujours.

« J’ai dû l’enjamber pour passer devant lui », a déclaré Black, la voix tremblante. « En silence, je lui ai dit au revoir et j’ai suivi les policiers. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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