Quand le président de la Knesset défend Israël auprès d’élus français – en vain
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Quand le président de la Knesset défend Israël auprès d’élus français – en vain

Reçu par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Yuli Edlestein a réaffirmé qu'Israël menait une enquête "sur chaque incident, chaque mort civil"

François de Rugy, président de l'Assemblée nationale rencontre son homologue Yuli Edelestein, le 16 mai 2018 à Paris (Crédit: AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)
François de Rugy, président de l'Assemblée nationale rencontre son homologue Yuli Edelestein, le 16 mai 2018 à Paris (Crédit: AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)

François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale a reçu le 16 mai le président de la Knesset Yuli Edelstein (Likud) et une délégation de trois députés (Elie Elalouf – Koulanou, Meïr Cohen – Yesh Atid, Ayelet Nahmias-Verbin – Union sioniste), lors d’une rencontre prévue de longue date, afin de renforcer les liens et les partenariats entre les deux parlements.

Après un entretien puis un déjeuner, le président de la Knesset a assisté aux questions au gouvernement, puis à une rencontre, très animée (dont on peut revoir l’intégralité des échanges ici) avec les membres de la commission des Affaires étrangères du Sénat présidée par Marielle de Sarnez (MoDem) dans laquelle de très nombreux points ont été abordés, avec une grande franchise de ton.

Très rapidement les députés ont interrogé le président de la Knesset sur les violentes manifestations en bordure de la barrière de protection séparant Israël de la bande de Gaza, au cours desquelles à l’époque 59 Palestiniens, dont des membres des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique, avaient été tués, revendiqués par les groupes terroristes eux-mêmes. Deux autres sujets majeurs ont été abordés : l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien et le transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem.

Marielle de Sarnez a évoqué « les tensions ravivées à Gaza et en Cisjordanie » et la « terrible flambée de violences à la frontière de Gaza qui a fait de très nombreuses victimes » et rappelant la condamnation d’Emmanuel Macron, « des forces armées israéliennes contre les manifestants ».

« Une nouvelle escalade de violence n’est dans l’intérêt de personne, » a-t-elle affirmé avant de plaider pour un retour au processus de négociations. La présidente de la commission s’est aussi dite « inquiète » du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien.

Des députés ont évoqué « la réaction disproportionnée » d’Israël, tandis que le député communiste Jean-Paul Lecoq, cité par La chaîne parlementaire (LCP) a évoqué « la politique de terreur » d’Israël.

« Vous êtes un état terroriste dans votre comportement, » a-t-il accusé, repris par Clémentine Autain (membre du groupe d’amitié France-Israël), députée de la France insoumise qui a affirmé que « Benjamin Netanyahu et Donald Trump ont du sang sur les mains ».

« Je vous en supplie, a plaidé à son tour Yuli Edlestein, ne tentez pas de comprendre les terroristes (…).

Puis, constatant le lien établi dans les journaux télévisés français entre le transfert de l’ambassade américaine et Jérusalem et « la situation terrible à Gaza », Yuli Edelstein a expliqué que « la situation a très peu à voir avec le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem (…) Ce n’est une surprise. Depuis de longues années nous avons vu que le Hamas tente d’organiser des manifestations de ce genre devant la barrière de sécurité » profitant de cet apparat de « manifestation ».

La preuve de l’implication du Hamas selon le président de la Knesset réside dans le fait qu’en « Judée et Samarie [Cisjordanie] il n’y a eu aucune manifestations violentes. Justes quelques petites attaques de terroristes, dont nous avons l’habitude, et que vous connaissez désormais ici aussi, » a-t-il affirmé en référence à la récente attaque au couteau dans le quartier Opéra de Paris.

« C’est une action très bien planifiée du Hamas qui utilise les populations, y compris les femmes, les enfants, et les adolescents comme boucliers humains, détaille le président de la Knesset. Et ne me méprenez pas, en tant que père et être normal, quand je vois ces reportages sur des gens tués à la frontière de la bande de Gaza, pour dire le moins, je ne suis pas heureux. Tous ne sont pas des terroristes, même si beaucoup d’entre eux sont des terroristes qui tentent d’utiliser ces manifestations pour tenter de tuer des soldats israéliens, de les kidnapper ou de pouvoir attaquer des civils israéliens ».

Pourtant « il y a des choses que l’on entend pas ici, » a-t-il argumenté. « Quand un terroriste se faisait sauter en Israël par exemple, sa mère apparaissait ensuite à la télévision en disant j’ai 5 autres fils : je voudrais qu’ils se fassent tous sauter ! C’est terrible ! ».

« Aucun d’entre vous n’aimerait aujourd’hui changer sa place avec un habitant de Gaza, les standards de vie sont mauvais (…). Israël est le plus grand contributeur pour pouvoir améliorer cette situation. Des centaines de camions plein de produits médicaux, de produits de base, passent chaque jour le passage de Kerem Shalom [détruit par des émeutiers palestiniens] vers la bande de Gaza. C’est une situation qui semble absurde, il y a quelques jours les terroristes du Hamas ont mis le feu à ce point de passage ainsi qu’à un conduit de gaz qui fournit du gaz à Gaza depuis Israël (…). Et il y a quelques heures ils ont renvoyé des camions, tout cela parce qu’il était marqué du sigle de l’armée israélienne qui avait prélevé sur son propre stock. »

« La situation à Gaza est difficile, la population n’est pas en bonne forme et le Hamas est responsable de cela ».

Quelques tensions ont émaillé la séance lorsque le député Jean-François Mbaye a évoqué « l’occupation de Gaza ». « Mais il n’y a pas d’occupation à Gaza, il faut arrêter les conneries, » a tonné un autre (qu’on n’a pas pu identifier dans les enregistrements), avant que les échanges ne s’enveniment un peu plus, et que Marielle de Sarnez ne mette fin à la querelle.

Après que le député PCF, Jean-Paul Lecoq a accusé Israël de mener « une politique de terreur », le député israélien Elie Elalouf, qui accompagnait Yuli Edelstein lui a répondu, affecté : « nous, terroristes ? Nous ne sommes pas venus en Israël pour créer un état terroriste » avant de les inviter à se rendre à Ramallah et en Israël.

Lors de cette discussion au Sénat et au Comité des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Edelstein a également appelé la France à transférer son ambassade à Jérusalem et insisté sur le fait qu’il ne fallait accorder « aucune confiance à l’Iran ».

Cette rencontre, prévue de longue date notamment avec les 70 ans de la création de l’Etat d’Israël, a été l’occasion de signer un accord interparlementaire pour des « échanges réguliers, avec les différentes sensibilités » de chaque Parlement, selon M. de Rugy.

Défendant « une diplomatie parlementaire active », en « complémentarité » avec celle de l’exécutif, pour que les élus « se connaissent et se comprennent mieux mais aussi se parlent franchement », François de Rugy a plaidé que son « devoir est de parler avec tout le monde » mais n’a « pas envie d’importer le conflit israélo-palestinien dans nos débats ».

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