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Quand une top-model lit la Torah avec son robot rabbin

Sous contrat avec une grande agence, Lior Cole débute une carrière de mannequin international tout en lançant des projets d’IA pour la spiritualité et la philanthropie

  • La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell Lior Cole au travail sur son ordinateur portable dans la maison familiale à Long Island, New York. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)
    La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell Lior Cole au travail sur son ordinateur portable dans la maison familiale à Long Island, New York. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)
  • La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell, Lior Cole, au travail sur son ordinateur portable. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)
    La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell, Lior Cole, au travail sur son ordinateur portable. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)
  • Lior Cole montre son projet d’intelligence artificielle Robo Rabbi au Rabbin Moshe Lewin à la Grande Synagogue de Paris. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de la BBC)
    Lior Cole montre son projet d’intelligence artificielle Robo Rabbi au Rabbin Moshe Lewin à la Grande Synagogue de Paris. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de la BBC)
  • Lior Cole (Crédit : Autorisation d'IMG Models)
    Lior Cole (Crédit : Autorisation d'IMG Models)
  • Lior Cole (Crédit : Autorisation d'IMG Models)
    Lior Cole (Crédit : Autorisation d'IMG Models)

Lorsque Lior Cole a décidé de retrouver une amie à Washington Square Park, à New York, l’été dernier, elle n’avait aucune idée que sa vie allait changer ce jour-là.

Avec son 1,83 m, l’impressionnante Cole a été remarquée par la designer Batsheva Hay, sur place pour une séance photo en lien avec sa dernière collection. Hay a demandé à Cole de poser pour elle, puis l’a mise en contact avec la prestigieuse agence de mannequins internationale, IMG Models, qui l’a immédiatement prise sous contrat.

Depuis, Cole, âgée de 21 ans, a défilé à New York, Paris et Milan pour les plus grands créateurs – Proenza Schouler, Hugo Boss, Marni, Loewe et Ludovic de Saint Sernin -. Elle a également réalisé des campagnes pour des marques comme Zara et Aztech Mountain, et posé pour des créateurs tout au long de leur processus de création. Certaines de ses photos sont déjà parues dans l’édition papier du magazine Vogue, et Cole était très récemment en France pour la Fashion Week de Paris – Automne/Hiver 2022-2023.

Cole est peut-être tombée amoureuse du mannequinat, mais elle n’a pas pour autant délaissé son autre passion : l’informatique. Étudiante à l’Université Cornell, Cole adore l’intelligence artificielle (IA) et l’utilisation qui peut en être faite à des fins sociales.

Son premier grand projet est Robo Rabbi, une intelligence artificielle qui lit et interprète la parasha hebdomadaire de la Torah, puis génère des questions destinées à renforcer et promouvoir les valeurs juives.

« J’ai commencé Robo Rabbi comme un projet parallèle l’an dernier. Rosh Hashanah arrivait, et on venait de m’expliquer la technologie GPT-3. C’est un processeur de langage naturel qui permet à l’IA d’apprendre une énorme quantité de texte sur Internet », expliquait Cole dans une interview avec le Times of Israel, peu de temps avant de s’envoler pour Paris. « J’ai fini par amorcer l’IA avec une focale juive afin d’étudier la parasha hebdomadaire », a-t-elle ajouté.

La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell Lior Cole au travail sur son ordinateur portable dans la maison familiale à Long Island, New York. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)

Cole a présenté Robo Rabbi, dans sa version pilote, pour les Dix jours de pénitence, qui séparent Rosh Hashanah de Yom Kippour, en 2021. Elle a lancé la version complète en février 2022. Robo Rabbi a attiré l’attention du monde entier lorsqu’une vidéo de la BBC intitulée « Dieu et les robots: l’IA transformera-t-elle la religion ? » a évoqué les travaux de Cole et les idées qui sous-tendent son site Web, alimenté par l’IA.

La journaliste de la BBC a interviewé Cole alors qu’elle présentait Robo Rabbi au rabbin Moshe Lewin, à la Grande Synagogue de Paris. Cole se trouvait dans la capitale française à l’automne 2021 pour les besoins de la Fashion Week printemps/été 2022.

Lior Cole montre son projet d’intelligence artificielle Robo Rabbi au Rabbin Moshe Lewin à la Grande Synagogue de Paris. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de la BBC)

« Je pense que ce projet va continuer d’évoluer vers un concept plus large. Je travaille également sur d’autres choses, et notamment un projet d’art numérique et de NFT utilisant l’IA et la blockchain pour améliorer les objectifs philanthropiques », a déclaré Cole.

À son arrivée à Cornell à l’automne 2019, Cole, orientée vers les arts, n’avait pas d’intérêt particulier pour l’informatique. Elle y est devenue « accro » après avoir suivi un cours expliquant comment fonctionnait un ordinateur et ce que l’on pouvait en tirer.

Lior Cole (Crédit : Autorisation d’IMG Models)

« L’ordinateur est construit sur le modèle du cerveau : il faut donc déconstruire le vécu humain pour ensuite le programmer. J’étais vraiment attirée par l’aspect philosophique, artistique et créatif de tout ça », a déclaré Cole, qui se spécialise en sciences de l’information avec une triple mention en science des données, réseaux et expérience utilisateur.

Elle a réalisé qu’il y avait de la place pour une pluralité de voix dans le monde de la technologie. « La technologie n’est pas réservée aux mathématiciens », insiste-t-elle.

Cole veut se concentrer sur l’application de l’IA à des fins positives et éthiques, plutôt que sur les objectifs néfastes qui font trop souvent les gros titres, comme influencer les comportements de vote ou dépouiller les gens de leur argent.

En dépit de sa grande taille et de sa minceur, Cole, qui a les yeux noisette, n’avait jamais pensé au mannequinat. Elle a grandi à Great Neck, Long Island, avec sa mère née en Israël, son père juif américain et sa sœur aînée.

« Cela me plait d’être grande, mais c’était un peu bizarre au collège, quand mes épaules ont dépassé celles de mes amis. Difficile de se prêter des vêtements dans ces conditions », s’amuse Cole. Comme on pouvait s’y attendre, elle a joué au basketball et au volleyball à l’école, et pendant de nombreux étés, au camp d’été juif. « En fait, mon unique plus-value était ma grande taille », assure-t-elle.

Lior Cole pose pour la collection Batsheva Resort 2022 Look 2 (Crédit : Alexei Hay)

Bien qu’elle n’ait jamais été une fashionista, Cole s’est toujours intéressée aux vêtements. Enfant, elle avait même une machine à coudre et fabriquait ses propres vêtements en recyclant des matériaux. Le mannequinat professionnel la propulse dans un tout autre univers.

« Lior a un physique urbain et avant-gardiste. Et elle apprend vite », a déclaré Dean Rodgers, responsable de Cole chez IMG. C’est Rodgers qui lui a appris à marcher sur un podium : elle a appris le reste sur le tas.

De par sa grande taille, Cole n’avait jamais porté de chaussures à talons hauts auparavant. C’est quelque chose qu’elle a dû maîtriser rapidement. « Je m’entraînais en portant des talons aiguilles à l’épicerie », précise-t-elle.

Selon Rodgers, Cole est typiquement le genre de mannequin qu’IMG recherche, et cela n’a pas uniquement à voir avec la beauté physique.

La mannequin et étudiante en informatique de l’Université Cornell, Lior Cole, au travail sur son ordinateur portable. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)

« IMG est réputée pour représenter des mannequins dont les qualités, les ambitions et la voix portent bien au-delà des campagnes ou des éditoriaux. L’intérêt de Lior pour l’IA est unique. Elle est le premier mannequin que je connaisse capable de combiner ses centres d’intérêt avec le codage et la création d’applications basées sur l’IA…et aussi le premier à m’avoir offert une tasse à café Ray Kurzweil », déclare Rodgers, évoquant le célèbre inventeur et futuriste.

Cole déclare aimer le mannequinat pour [la proximité avec] les créateurs, qui lui donne l’opportunité d’être « une muse pour des génies fous et créatifs ». Elle aime voyager, faire des rencontres et découvrir les coulisses du monde de la mode.

Cole a porté des tenues assez dénudées, comme la toute dernière pièce minimaliste de Ludovic de Saint Sernin, qu’elle a présentée sur le podium la saison dernière. « Je suis bien dans ma peau et je suis donc prête à accepter les modèles les plus risqués, tant que c’est ok avec mon agence », assure Cole.

Jusqu’à présent, elle dit ne pas avoir vu les dessous sordides du mannequinat – consommation de drogues, troubles alimentaires, harcèlement et abus sexuels ou traite des êtres humains.

« Heureusement, je n’ai pas eu de mauvaise expérience avec le mannequinat, mais je ne réponds pas aux invitations à des fêtes reçues sur Instagram », précise-t-elle.

La mannequin Lior Cole se fait coiffer et maquiller en coulisses. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lior Cole)

Cole aimerait continuer le mannequinat le plus longtemps possible, et Rodgers lui prévoit une « longue carrière dans la mode ». Cole a pris un congé de Cornell pour concilier la préparation de son diplôme, le mannequinat et les projets d’IA sur lesquels elle travaille. Elle a même écrit un livre pour enfants sur l’IA et l’a proposé à des agents littéraires.

Cole est convaincue qu’elle trouvera le bon équilibre. Elle a découvert que le mannequinat et l’informatique se complétaient. « Il y a beaucoup de temps d’attente dans le mannequinat. Donc, dès que j’ai un moment de libre, j’ouvre mon ordinateur portable et je code », conclut-elle.

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