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Analyse

Que va-t-il se passer après la dissolution de la Knesset ?

Israël se prépare pour son cinquième cycle électoral en trois ans et demi, et Yair Lapid va devenir Premier ministre. Voici à quoi s'attendre pour les prochains mois

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid pendant les débats et le vote sur la dissolution de la Knesset, le 27 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid pendant les débats et le vote sur la dissolution de la Knesset, le 27 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Après l’effilochement des liens idéologiques qui maintenaient, cahin-caha, la coalition, la Knesset devrait se dissoudre mercredi à minuit – un an seulement après son investiture.

Et au lendemain de cette dispersion, ce sont trois grands changements qui vont arriver : le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, va succéder au poste de Premier ministre à Naftali Bennett ; les Israéliens se prépareront à retourner aux urnes à l’automne et pour la cinquième fois depuis 2019 ; et le Parlement cessera de fonctionner avec un gouvernement dont le statut est dorénavant intérimaire.

Cette refondation politique survient dans le sillage de l’annonce solennelle faite par Bennett et Lapid, le 20 juin, de leur décision de tirer le rideau sur leur propre gouvernement. Depuis que la coalition avait perdu sa majorité parlementaire d’un siège au mois d’avril, la fragile alliance au pouvoir était dans l’incapacité de trouver une nouvelle stabilité.

Bennett a déclaré, samedi dernier, qu’il y avait eu deux catalyseurs immédiats dans sa décision de mettre un terme au gouvernement : la menace imminente d’une initiative réussie de la part de l’opposition de dissoudre la Knesset, en plus de la date butoir du 30 juin qui était impérativement à respecter pour le renouvellement d’une mesure qui permettait d’éviter aux résidents des implantations israéliennes de Cisjordanie de sombrer dans un chaos juridique.

Alors que la coalition espère finaliser la dissolution de la Knesset d’ici mercredi soir, il y a encore des questions conflictuelles en suspens à régler avec l’opposition. La plus importante d’entre elles porte sur le calendrier électoral – les dates favorisées par l’une et l’autre des deux parties sont séparées d’une semaine.

Le bloc d’opposition formé par les partis de droite et par les partis religieux demande que le scrutin soit organisé le 25 octobre, espérant ainsi une meilleure participation de sa base électorale dans la mesure où les écoles religieuses seront encore en vacances après la saison des grandes fêtes juives. Du côté des formations de la coalition et du parti de la Liste arabe unie d’opposition, la préférence s’exprime plutôt en faveur du 1er novembre – une date qui permettrait à la fois à la droite de ne pas bénéficier d’une dynamique particulière et qui autoriserait également Lapid à rester une semaine de plus au pouvoir.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu à la Knesset le 8 novembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Plusieurs projets de loi sont pris en otage dans ce débat sur la date du scrutin. Parmi eux, deux législations très importantes et qui sont nécessaires pour lancer des réformes indispensables dans le pays qui permettront à Israël d’intégrer le Programme d’exemption de visa mis en place aux États-Unis, qui autorisera les Israéliens à entrer sur le sol américain sans visa ; et un autre texte qui donnerait le coup d’envoi à la construction d’un réseau massif de lignes de métro à Tel Aviv et dans ses environs.

Alors que va-t-il se passer ?

Lapid Premier ministre : qu’est-ce que ça veut dire ?

Même s’il ne devait, à l’origine, accéder au bureau du Premier ministre qu’au mois d’août 2023, Lapid va devenir chef du gouvernement à minuit, le jour même de la dissolution de la Knesset. En tant que Premier ministre d’alternance, Lapid a d’ores et déjà prêté serment au mois de juin 2021 aux côtés de Bennett pour cette fonction.

Bennett, qui remporte le record du Premier ministre non-intérimaire resté le moins longtemps à son poste de toute l’Histoire d’Israël, deviendra Premier ministre d’alternance. C’est lui qui conservera la responsabilité des politiques israéliennes sur la question iranienne.

Une grande partie des infrastructures gouvernementales restera en place. Si Lapid amènera avec lui son personnel au bureau du Premier ministre et que la majorité de ceux qui travaillent habituellement à ses côtés y occuperont des fonctions parallèles, il devrait y avoir une continuité dans les activités des hauts-conseillers.

De manière plus spécifique, le secrétaire de cabinet Shalom Shlomo, le secrétaire militaire Avi Gil et le conseiller à la sécurité nationale Eyal Hulata resteront à leurs postes.

En tant que Premier ministre de transition, Lapid va être limité dans ses capacités à faire avancer un nouvel ordre du jour et, en l’absence de Knesset, il ne présentera pas de législation sauf dans des circonstances particulières et très restreintes.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, et le Premier ministre Naftali Bennett à la Knesset, le 26 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cela dit, Lapid restera Premier ministre par intérim pendant au moins quatre mois et peut-être pendant beaucoup plus longtemps, si la formation d’une coalition devait s’avérer impossible au lendemain des élections. L’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu était resté chef du gouvernement intérimaire de manière continue pendant les deux années qui s’étaient écoulées entre 2019 et 2021, quand l’État juif avait traversé pas moins de quatre cycles électoraux.

Entré en politique il y a seulement une décennie, l’ancien présentateur de télévision centriste va devenir le premier Premier ministre à ne pas appartenir à la droite de l’échiquier politique depuis le départ d’Ehud Barak, en 2001, et l’un des seuls chefs de gouvernement à ne pas avoir eu d’expérience militaire significative.

Lapid n’a pas seulement parlé abondamment d’égalité et de tolérance au sein de la société israélienne – mais il aussi pris des initiatives pour mettre ses idées en pratique. C’est lui qui aura imaginé et mis en place la coalition de huit partis aux idéologies aux antipodes les unes des autres qui s’apprête aujourd’hui à tirer sa révérence.

Comme l’a remarqué mercredi matin l’ex-ministre de la Défense Moshe Yaalon qui avait été, dans le passé, un partenaire politique de Lapid, ce dernier s’est bâti une réputation d’homme affichant une volonté sans faille de coopérer et d’apprendre des autres.

« Il apprend, il partage, il n’hésite pas à consulter sur ce qu’il connaît moins bien, sur les choses qu’il comprend moins », a dit Yaalon au micro de la radio militaire.

Et une des leçons qu’il a tirées est liée au tollé qui avait été entraîné par le lieu choisi par Bennett, son prédécesseur, pour vivre. Contrairement à lui, Lapid prévoit de s’installer dans la résidence officielle du Premier ministre de Jérusalem ; et si Beit Aghion, le nom de la résidence officielle située rue Balfour, dans la Ville sainte, est encore dans l’attente de travaux de rénovation, il compte s’installer dans un appartement de deux-pièces situé au bas de la rue qui était utilisé, dans le passé, par les gardes du corps de Netanyahu.

Ce à quoi nous devons nous attendre pendant la période électorale

Si la date des élections ne sera fixée qu’avec la finalisation de la dissolution de la Knesset, mercredi soir, le scrutin devrait avoir lieu soit le 25 octobre, soit le 1er novembre. La loi israélienne exige que le vote ait lieu un mardi et que la journée soit considérée comme une journée de congé national – et de congé payé.

Il y aura deux phases majeures dans ce scrutin. D’abord, les partis qui organisent des Primaires devront le faire avant de soumettre la liste de leurs candidats, un dépôt qui doit se faire au maximum 47 jours avant les élections, soit le 8 ou le 15 septembre, en fonction de la date qui sera définitivement arrêtée.

Tandis qu’aucune formation n’a encore annoncé de date officielle pour d’éventuelles Primaires, le Likud, le Meretz et le parti Travailliste devraient en organiser. Un grand nombre de factions font la distinction entre des Primaires qui éliront leur leader et celles qui désigneront les autres candidats de la liste. Le parti travailliste a d’ores et déjà annoncé qu’il tiendrait sa Primaire pour choisir son dirigeant le 18 juillet, même s’il est difficile de dire si un candidat défiera Merav Michaeli à la barre de la formation.

La leader du parti Travailliste Merav Michaeli lors d’une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 13 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les autres partis constituent leur liste en interne, sans en appeler à leurs membres.

Ensuite, après l’établissement des listes de candidats, les campagnes devraient s’accélérer. Les électeurs israéliens ne votent pas en faveur d’un candidat individuel lors des élections nationales, mais pour des partis. Les membres de la Knesset sont élus sur la base de leur place sur la liste de chaque formation et chaque parti gagne un siège proportionnellement aux résultats résultats obtenus au cours d’un vote national et à un seul tour.

Que va-t-il se passer à la Knesset ?

Après l’adoption, avec le soutien de 61 députés, du projet de loi de dissolution de la Knesset en troisième lecture, la Knesset se dispersera immédiatement.

Les sessions de séance plénière, organisées habituellement trois fois par semaine et pendant lesquelles les députés votent les lois, sont en général annulées. La plénière peut être convoquée pour des sessions spéciales si une majorité de députés le demande.

Les Commissions qui réunissent les législateurs peuvent continuer à se rencontrer pour terminer leur travail ou pour prendre en charge des questions pressantes, mais la période est généralement beaucoup plus détendue.

Cependant, les députés conservent leur siège jusqu’à la prestation de serment des législateurs de la future Knesset.

Alors que les parlementaires se détournent de leurs activités législatives pour se consacrer à leurs activités de campagne, le gouvernement, pour sa part, reste en place pour assurer le bon fonctionnement de l’appareil du secteur public. Les ministres continuent à diriger leurs ministères et les services de sécurité, séparés de la politique, travaillent normalement.

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