Réactions après l’interdiction d’une manifestation pro-palestinienne à Paris
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Réactions après l’interdiction d’une manifestation pro-palestinienne à Paris

La manifestation à la station de métro Barbès-Rochechouart pour "commémorer la Naqba et dénoncer les dernières agressions israéliennes contre le peuple palestinien" a été interdite

Des manifestants scandent des slogans lors d'un rassemblement à Paris, France, le 3 juin 2010, alors qu'ils manifestent contre le raid israélien sur la flottille à destination de Gaza ; un homme au premier plan porte un t-shirt qui appelle au boycott d'Israël. (Jacques Brinon/ AP)
Des manifestants scandent des slogans lors d'un rassemblement à Paris, France, le 3 juin 2010, alors qu'ils manifestent contre le raid israélien sur la flottille à destination de Gaza ; un homme au premier plan porte un t-shirt qui appelle au boycott d'Israël. (Jacques Brinon/ AP)

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a pris un arrêté d’interdiction de la manifestation pro-Hamas et pro-palestinienne prévue samedi à Paris, « conformément » à la demande du ministre de l’Intérieur, a indiqué jeudi dans un tweet la préfecture.

Extraits de l’arrêté :

« Vu les courriels en date des 8 et 9 mai 2021 transmis aux services de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOFC) par lesquels M. Walid AÏTALAH, représentant l’Association de palestiniens en Ile—de-France, déclare une manifestation pour « commémorer la Naqba et dénoncer les dernières agressions israéliennes contre le peuple palestinien » prévue le samedi 15 mai 2021 avec pour lieu de rassemblement à 15h00 à la station de métro Barbès-Rochechouart (18ème) et pour lieu d’arrivée et de dispersion la place de la Bastille (11ème) à 18h00, en passant par le boulevard de Magenta, la place de la République, le boulevard du Temple et le boulevard Beaumarchais ;

Considérant que, en application des articles L. 2512-13 du code général des collectivités territoriales et 72 du décret du 29 avril 2004 susvisé, le préfet de police a la charge, a Paris, de l’ordre public ; que, en application de l’article L. 211—4 du code de la sécurité intérieure, « si l’autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l’ordre public, elle interdit par un arrêté qu‘elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration »;

Considérant que, en application de l‘article 431-9 du code pénal, le fait d’avoir organisé une manifestation sur la voie publique ayant été interdite dans les conditions fixées par la loi est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende; que, en application de l‘article R. s4+4 du même code, le fait de participer a une manifestation ayant été interdite est passible de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe,

Considérant que cette manifestation intervient dans un contexte international particulièrement sensible, du fait des affrontements actuels très violents opposant les Palestiniens aux forces de sécurité israéliennes depuis le 7 mai 2021 ; considérant en Outre qu’elle se déroulera au lendemain du 73ème anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël et le jour marquant le début de la guerre israélo-arabe de 1948—1949 qui a donné lieu à l’exode palestinien de 1948 dénommé Naqba
par les Palestiniens, pendant les fêtes religieuses marquant la fin de Ramadan et a la veille des fêtes de Chavouot pour la communauté juive,

Illustration : un manifestant pro-palestinien brandit un drapeau israélien en feu lors d’une manifestation sur la place de la République à Paris, en France, le 26 juillet 2014. (Crédit : AP Photo/Benjamin Girette)

Considérant qu‘il existe un risque sérieux que les affrontements entre palestiniens et forces de l’ordre israéliennes, qui ont fait 87 victimes, ne se transportent sur le territoire national et que dans ce contexte de fortes tensions, cette manifestation soit l’occasion de troubles graves à l’ordre public entre partisans de l‘une ou l’autre des parties au conflit ; considérant que des exactions contre des synagogues et intérêts israéliens dans certains pays voisins comme l’Allemagne en réponse aux affrontements actuels au Moyen-Orient ont déjà eu lieu cette semaine; qu’un très grand risque existe que ce type de faits se produise en France;

Considérant ainsi que la manifestation déclarée pourrait être l’occasion que des actions violentes soient intentées en marge contre les intérêts israéliens ou considérés comme tels par les manifestants;

Considérant enfin qu’une forte mobilisation est attendue, rassemblant des soutiens hétérogènes dont certains ont prévu de converger depuis d’autres lieux de rassemblements vers le départ de la manifestation prévu au métro Barbès ; considérant que cette mobilisation pourrait concerner de nombreux éléments a risque cherchant à provoquer des affrontements avec les forces de l’ordre;

Considérant à cet égard que lors de rassemblements similaires qui se sont tenus les années précédentes, des violences ont été commises et notamment les 13,19 et 23 juillet 2014; qu’en effet, plusieurs rassemblements parisiens organisés dans un contexte géopolitique similaire d’affrontements entre les forces du Hamas et l’Etat d’Israël, dont certains avaient été interdits, ont été le théâtre de heurts violents et de nombreuses exactions à l‘encontre des forces de l’ordre et de tentatives d‘incursion d’un groupe mobile de 200 personnes vers des lieux de culte israélites;

Considérant en outre que les services de police et les unités de gendarmerie seront très fortement mobilisés le samedi 15 mal 2021 d’une part, pour veiller au strict respect, dans le ressort de l‘agglomération parisienne, des mesures renforcées de sécurité sanitaire décidées par le gouvernement, d’autre part, pour assurer la sécurisation d’autres événements et manifestations, dans un contexte de menace terroriste qui sollicite toujours à un niveau élevé les forces de sécurité intérieure pour garantir la protection des personnes et des biens contre les risques d‘attentat, dans le cadre du plan VIGIPIRATE renforce toujours en vigueur; »

Plus tôt jeudi, Gérald Darmanin avait demandé au préfet d’interdire cette marche en raison des « graves troubles à l’ordre public constatés en 2014 ».

Des « exactions contre des synagogues et intérêts israéliens » dans des « pays voisins comme l’Allemagne » ont « déjà eu lieu cette semaine », écrit également le préfet, assurant « qu’un grand risque existe que ce type de faits se produisent en France ».

« Une forte mobilisation est attendue, rassemblant des soutiens hétérogènes », dont « de nombreux éléments à risques cherchant à provoquer des affrontements avec les forces de l’ordre », poursuit-il encore.

Lallement a demandé aux préfets de suivre de près les rassemblements prévus dans différentes villes (Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Rennes, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse…). Il les enjoint notamment d' »anticiper les risques de débordement » et de « ne pas hésiter » à « interdire » les manifestations si leurs déclarations sont « hors délai », représentent un risque de « troubles à l’ordre public » ou ne « respectent pas les règles de l’état d’urgence sanitaire ».

Et les a également appelés à assurer la « protection des lieux de culte, écoles, centres culturels et commerces de la communauté juive ».

Réactions

L’organisatrice de la manifestation, l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, a « condamné cette interdiction » jeudi soir par la voix de l’un de ses responsables, Walid Atallah.

« En interdisant cette manifestation, la France montre sa complicité avec l’Etat d’Israël, qui veut interdire toute manifestation de soutien aux droits des Palestiniens, qui subissent l’occupation, la colonisation et les bombardements », a-t-il déclaré à l’AFP. L’association va contester cette interdiction en déposant vendredi « un recours en référé-liberté au tribunal administratif », a-t-il ajouté.

A droite, le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a indiqué soutenir l’interdiction des manifestations qui risquent de « troubler gravement l’ordre public » et de prendre pour cible des « lieux de culte et des bâtiments représentatifs des institutions juives ».

Le maire de Nice, Christian Estrosi, a été dans le même sens en indiquant avoir, « comme c’est le cas pour Paris, demandé au préfet des Alpes-maritimes l’interdiction des manifestations pro-palestiniennes en raison des risques de troubles à l’ordre public ».

La demande d’interdiction de M. Darmanin avait été dénoncée dans la journée à l’extrême-gauche par plusieurs responsables de la France Insoumise (LFI).

Le leader français d’extrême gauche Jean-Luc Melenchon s’exprime lors d’une conférence de presse à Paris, le 19 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Michel Euler)

« La France, seul pays au monde où sont interdites toutes les manifestations de soutien aux Palestiniens et de protestation contre le gouvernement d’extrême droite israélien ! », a dénoncé sur Twitter le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, ajoutant : « C’est évidemment dans le seul but de provoquer des incidents et pouvoir stigmatiser cette cause ».

« Tout ça sent la provoc de Darmanin », a renchéri le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. « Pourquoi (y avait-il eu) des troubles en 2014? Car justement la manif était interdite. Depuis il y en a eu d’autres en solidarité avec la Palestine sans heurts », a-t-il souligné.

« Dans quelle autre démocratie voit-on cela ? Solidarité avec le peuple palestinien avec ou sans l’accord de Darmanin ! », a tweeté sa collègue LFI du Val-de-Marne, Mathilde Panot.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF a mis en garde dans un communiqué: « en interdisant dans l’ensemble du pays toute initiative en faveur d’une paix juste entre Palestiniens et Israéliens, le gouvernement crée les conditions de tensions communautaires, de violences et de provocations racistes ».

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