Retour sur la visite de la délégation musulmane à Auschwitz
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Retour sur la visite de la délégation musulmane à Auschwitz

La visite historique du chef de la Ligue islamique mondiale et d'un groupe musulman avec l'AJC prouve que les efforts interconfessionnels fonctionnent, selon les participants

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

  • Une délégation de responsables religieux musulmans prient à l'occasion de leur visite du camp d'Auschwitz, que les organisateurs ont décrite comme "la délégation musulmane de plus haut rang" à visiter l'ancien camp de la mort nazi, à Oswiecim, en Pologne le 23 janvier 2020
    Une délégation de responsables religieux musulmans prient à l'occasion de leur visite du camp d'Auschwitz, que les organisateurs ont décrite comme "la délégation musulmane de plus haut rang" à visiter l'ancien camp de la mort nazi, à Oswiecim, en Pologne le 23 janvier 2020
  • Une délégation de responsables religieux musulmans à l'entrée du camp d'Auschwitz, accompagnée d'une organisation juive, lors de ce que les organisateurs ont décrit comme "la délégation musulmane de plus haut rang" à visiter l'ancien camp de la mort nazi, à Oswiecim, en Pologne le 23 janvier 2020.  (American Jewish Committee via AP)
    Une délégation de responsables religieux musulmans à l'entrée du camp d'Auschwitz, accompagnée d'une organisation juive, lors de ce que les organisateurs ont décrit comme "la délégation musulmane de plus haut rang" à visiter l'ancien camp de la mort nazi, à Oswiecim, en Pologne le 23 janvier 2020. (American Jewish Committee via AP)
  • Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa dirige une prière à la mémoire des victimes du camp de Birkenau, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa dirige une prière à la mémoire des victimes du camp de Birkenau, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
  • le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa, à droite, observe les équipements utilisés pour incinérer les Juifs à Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa, à droite, observe les équipements utilisés pour incinérer les Juifs à Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
  • Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
  • Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa devant une pile de chaussures ayant appartenu à des Juifs assassinés à Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/Times of Israel)
    Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa devant une pile de chaussures ayant appartenu à des Juifs assassinés à Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/Times of Israel)
  • Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

OSWIECIM, Pologne – Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), Mohammed al-Issa, ainsi qu’une délégation d’éminents responsables religieux musulmans, ont rejoint jeudi leurs homologues de l’American Jewish Committee (AJC) pour une visite interconfessionnelle historique des anciens camps d’extermination nazis d’Auschwitz-Birkenau.

Le monde doit s’assurer que « ce genre de crimes horribles » ne se reproduira plus jamais », a réagi al-Issa, le responsable de la LIM basée à La Mecque et ancien ministre de la Justice saoudien, à la fin de la visite.

Les organisateurs ont indiqué qu’il s’agissait de « la plus éminente délégation de dirigeants musulmans » à visiter le site d’un camp de la mort nazi. L’AJC a déclaré qu’al-Issa était à la tête d’une délégation de 62 musulmans, dont 25 chefs religieux éminents, venus de quelque 28 pays au cours de cet événement « révolutionnaire ». À un moment de la visite, ils ont prié la tête appuyée sur le sol de Birkenau, la plus grande partie du camp et le site le plus tristement célèbre du massacre des Juifs européens par l’Allemagne.

Les deux groupes se sont embarqués dans la tournée au milieu d’une rafale d’embrassades et de poignées de main chaleureuses, quelques jours avant le 75e anniversaire de la libération des camps par les troupes soviétiques.

La délégation se rendra ensuite au Musée de l’histoire des Juifs polonais à Varsovie vendredi, puis visitera la synagogue Nozyk et une mosquée locale, et participera à un repas de Shabbat interconfessionnel.

Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Au camp de la mort, le groupe a découvert les preuves horribles des horreurs que les nazis ont infligées aux prisonniers du camp, qui comprenaient environ 1 million de Juifs, 75 000 Polonais, 21 000 Roms, 14 000 Soviétiques et environ 15 000 autres personnes, comme des Témoins de Jéhovah et des homosexuels, selon le Musée mémoriel d’Auschwitz. Le voyage s’est achevé par un service commémoratif entre les anciennes chambres à gaz et le crématorium, au cours duquel des prières juives et musulmanes ont été prononcées au nom des victimes de la Shoah.

Les nazis ont assassiné 1,1 million de personnes à Auschwitz de 1940 à 1945, dont la grande majorité étaient des Juifs européens. Ils ont tué la plupart des victimes dans des chambres à gaz.

Mohammed al-Issa enlace le rabbin de l’AJC David Rosen devant l’entrée du camp d’Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Le directeur de l’AJC, David Harris, a qualifié ce voyage de « révolutionnaire » et indiquait qu’il représentait « la plus importante délégation de chefs religieux musulmans à avoir jamais visité Auschwitz » dans des commentaires au Times of Israel avant le voyage.

Il estime que ce voyage permettra aux musulmans de mieux comprendre la Shoah.

« C’est un changement considérable que d’avoir un grand leader musulman qui dit ouvertement que la Shoah s’est produite, que c’est horrible, que nous devons nous en souvenir », a commenté le rabbin polonais Michael Schudrich alors que le groupe faisait la navette entre Auschwitz et Birkenau. « Il est historique qu’une délégation musulmane de ce niveau vienne à Auschwitz dans le but de faire le deuil et de rendre hommage au génocide juif qui s’est produit ici ».

Le visage d’al-Issa reflétait des sentiments de choc et de tristesse alors qu’il regardait des piles de bidons usagés de Zyklon-B, le gaz utilisé pour asphyxier les déportés, ainsi que des monticules de lunettes, de chaussures, de châles de prière et de cheveux humains que les nazis ramassaient auprès des nouveaux prisonniers.

De nombreux autres membres de la délégation, juifs et musulmans, ont réagi de la même manière. Certains se sont perdus dans ces étalages bien après que le groupe ait quitté les lieux.

Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa devant une pile de chaussures ayant appartenu à des Juifs assassinés à Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/Times of Israel)

Ce n’était pas la première fois que le responsable religieux se rendait dans un musée de la Shoah. Il avait visité celui de Washington, en mai 2018, et écrit un article d’opinion dans le Washington Post en janvier 2019 condamnant les « crimes odieux » des nazis. Il a également déclaré que « les musulmans du monde entier ont la responsabilité d’apprendre » les leçons de ce génocide.

« J’exhorte tous les musulmans à apprendre l’histoire de la Shoah, à visiter les mémoriaux et les musées de cet horrible événement et à en enseigner la leçon à leurs enfants », avait écrit Issa, qui est considéré comme un allié du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman.

Robert Satloff, directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy, considère qu’Issa a un effet modérateur sur la Ligue islamique mondiale, qui propageait autrefois « une souche virulente d’écrits, de pensées et de prédications anti-Israël et antisémites ».

Sous la direction d’al-Issa, a ajouté Robert Satloff, l’organisation a modifié son approche pour freiner les partisans de la ligne dure et tendre la main à d’autres confessions.

Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

La ligue, qui a été fondée en 1962, est subventionnée par le gouvernement saoudien ; elle soutient également les mosquées et les centres islamiques dans le monde entier.

« Récemment, il y a eu un intérêt à prendre des risques, et soyons honnêtes, les risques auxquels les musulmans sont confrontés sont bien plus réels que ceux auxquels les juifs sont confrontés. Cela peut être une question de vie ou de mort », a déclaré Daniel Pincus, membre du conseil d’administration de l’American Jewish Committee, au Times of Israel, à propos de cette dernière poussée en faveur de la coopération interconfessionnelle.

« Je n’ai pas l’impression que les Juifs soient confrontés à cela », estime Daniel Pincus. « Les Juifs qui essaient d’entretenir des relations entre Juifs et musulmans ou entre Arabes et Israéliens ne sont pas menacés de mort comme le seraient les musulmans s’ils rentraient chez eux ».

Lors du service commémoratif qui a clôturé la visite, des enfants de survivants ont témoigné des expériences de leurs parents, et des bougies ont été placées près de l’ancien crématorium en l’honneur des morts. Le Kaddish, ainsi que « El Maleh Rachamim », les deux prières de deuil juives, ont été récitées. Le secrétaire de la Ligue islamique mondiale a ensuite conduit la délégation de personnalités musulmanes en prière. Mais d’abord, il s’est adressé à la foule.

« Selon la foi islamique, nous n’avons pas deux poids, deux mesures dans la reconnaissance de ce genre de crimes », a déclaré al-Issa. « Je tiens à vous dire à tous que mes collègues et moi-même, les dirigeants islamiques, sommes profondément touchés et affectés par ces crimes horribles et les images que nous avons vues dans ces monuments ».

« Malheureusement, l’humanité souffre encore aujourd’hui de ce genre de crimes à grande échelle, des êtres humains différents [s’attaquant] les uns contre les autres », a-t-il déclaré. Je pense que la communauté internationale a l’immense responsabilité de faire quelque chose pour lutter contre ce genre de crimes horribles et de veiller à ce que rien de tout cela ne se reproduise. Notre monde ne pourra pas parvenir à la paix si nous n’avons pas une forte volonté de lutter ensemble contre le mal ».

Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed al-Issa dirige une prière à la mémoire des victimes du camp de Birkenau, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Après la cérémonie, les médias ont fait la queue pour poser des questions. Lorsque le Times of Israel s’est présenté, un des assistants d’al-Issa a expliqué que l’ecclésiastique ne pourrait répondre à aucune question des médias israéliens « ici, surtout avec toutes les caméras ».

« Restez en contact », a-t-il ajouté. « Nous parlerons bientôt. »

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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