« Risque réel » de dégradation de la notation d’Israël si l’instabilité dure – S&P
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« Risque réel » de dégradation de la notation d’Israël si l’instabilité dure – S&P

L'agence attend "une consolidation fiscale" du pays en 2021, dit le directeur qui ne voit pas de risque immédiat de rétrogradation, estimant que les risques sécuritaires persistent

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des affaires étrangères à Jérusalem le 28 juin 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des affaires étrangères à Jérusalem le 28 juin 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’impasse politique en Israël, qui pourrait entraver sa capacité à contrôler ses dépenses en 2021, est susceptible de déclencher un « risque réel » de dégradation de sa notation financière, a déclaré cette semaine un directeur principal de S&P Global Ratings.

« Si la situation politique conduisait à un manque de consensus ou à l’absence de prise de décision concernant la poursuite de l’assainissement budgétaire, cela pourrait constituer un risque réel de dégradation de la notation », a déclaré Christian Esters, directeur principal, responsable analytique des notations des finances publiques nationales et internationales, chez S&P Global Ratings, dans un entretien avec le Times of Israël.

En novembre, l’agence de notation a confirmé sa note AA- pour Israël avec une perspective stable, malgré le fait que le pays soit confronté à une grave crise économique suite à la pandémie de coronavirus, qu’il soit sans budget d’Etat depuis 2019, qu’il soit confronté à une quatrième élection générale quasi certaine en deux ans et que son Premier ministre Benjamin Netanyahu soit jugé pour corruption, fraude et abus de confiance.

S&P prévoit que l’économie israélienne se contractera de 5 % cette année et pourrait croître de 4,5 % en 2021. Ce n’est qu’en 2022 que l’économie israélienne devrait atteindre son niveau pré-pandémique, a-t-il déclaré, le PIB par habitant ne rattrapant son niveau de 2019 qu’en 2023, en raison de la croissance démographique.

Christian Esters, directeur principal, responsable analytique des notations des finances publiques nationales et internationales, chez S&P, s’exprime lors de la conférence Eli Hurvitz sur l’Economie et la Société pour 2020 qui était organisée par l’Institut israélien de la démocratie, le 15 décembre 2020. (Capture d’écran : IDI)

La deuxième vague du coronavirus pourrait affecter la reprise économique mondiale, de sorte que le premier trimestre 2021 aura un « départ plus difficile » que prévu, a déclaré M. Esters. Toutefois, le déploiement des vaccins, qui devraient être largement disponibles dans le monde entier d’ici la mi-2021, aidera l’économie à « rebondir » l’année prochaine, plus probablement au deuxième trimestre qu’au premier, a-t-il dit.

La probabilité qu’Israël organise de nouvelles élections en début d’année prochaine et n’adopte pas un budget pour 2021 dans un avenir proche a déjà été prise en compte lorsque S&P a réaffirmé sa notation en novembre, a déclaré Esters.

« Le fait qu’il pourrait y avoir un quatrième scrutin dans quelques mois, en gros, dans un délai très court, n’aura en soi aucune implication immédiate sur les notations », a indiqué M. Esters.

Même sans budget, le gouvernement a été en mesure d’adopter les mesures de relance budgétaire nécessaires pour faire face à la pandémie de coronavirus, a-t-il noté.

« Véritable risque »

Toutefois, il pourrait y avoir un « véritable risque » d’abaissement de la note si une Knesset fragmentée entrave les mesures d’austérité qui seront nécessaires après la pandémie.

En raison du coronavirus, le ratio dette/PIB d’Israël a augmenté en flèche, le gouvernement cherchant à financer les plans de sauvetage de l’économie. S&P prévoit que ce ratio sera de 74,5 % à la fin de 2020, contre 60 % en 2019, et qu’il augmentera encore pour atteindre 78,4 % et 78,6 % en 2021 et 2022.

La situation budgétaire d’Israël « s’est considérablement détériorée en 2020 », a déclaré Esters. Ce phénomène a été observé dans toutes les économies avancées du monde. Cela s’explique, d’une part, par les mesures de relance budgétaire destinées à endiguer les retombées économiques de la pandémie, et d’autre part, parce que que les gouvernements perçoivent moins d’impôts en raison de l’arrêt des activités commerciales.

« L’attente de base que nous reflétons dans notre notation est qu’il s’agit d’un effet temporaire pour 2020, en raison des circonstances exceptionnelles en Israël et dans le monde », a-t-il déclaré. « Nous évaluons ce cycle, cet événement, et nous adoptons une perspective à moyen terme. »

S&P s’attend toutefois à « une certaine consolidation budgétaire en 2021, puis en 2022 et les années suivantes », à la fois en Israël et dans d’autres pays.

« Ce que nous attendons d’Israël, c’est une stabilisation de la dette fiscale à moins de 80 % du PIB », a dit Esters. « Ainsi, si, par exemple, la situation politique amène la dette à persister dans une tendance encore à la hausse, il pourrait y avoir un risque de dégradation de la note. Un modèle de gouvernement instable, un accent mis sur des perspectives électorales plus immédiates – si les décisionnaires politiques doivent se concentrer davantage sur l’issue d’un scrutin à court-terme plutôt que sur des considérations fiscales à moyen-terme – pourraient augmenter la probabilité d’une notation négative. »

Une récession économique plus profonde ou plus longue que cela n’avait été anticipé pourrait aussi être un facteur menant à une dégradation de la note, a continué Esters.

Un scénario à la hausse « improbable » dans les circonstances actuelles

Esters a souligné que, pour S&P, la perspective économique d’Israël était stable – ce qui signifie qu’au cours des douze prochains mois, il ne devrait pas y avoir de changement dans la notation, sauf « événement imprévu ou inattendu ».

« Un scénario à la hausse, où la notation serait augmentée, est probablement peu envisageable dans le contexte économique actuel », a estimé Esters. « Je pense malgré tout que dans l’ensemble, le risque de la dégradation de la note est plus élevé que celui de sa hausse éventuelle. »

Pour sa part, le risque géopolitique, qui pèse traditionnellement sur la notation israélienne, continue à être important, a dit Esters, même alors qu’Israël a forgé de nouveaux liens avec des nations arabes – parmi lesquelles les EAU, le Maroc et le Bahreïn.

Israël et les Emirats arabes unis ont signé des accords de normalisation au mois de septembre – les Accords d’Abraham – ouvrant la voie à de nombreuses activités commerciales et touristiques. Au début du mois, le Maroc a accepté de rétablir des relations diplomatiques pleines et entières avec l’Etat juif et le Bhoutan a suivi ces exemples.

« La normalisation entre les pays du conseil du Golfe comme les Emirats, Bahreïn et Israël contribuent à une stabilité géopolitique plus large dans la région », a-t-il commenté, ce qui pourrait être « un facteur venant soutenir les notations souveraines » d’Israël – mais pas à court-terme.

« Nous nous attendons à ce qu’il y ait une hausse significative de la coopération dans certains secteurs, par exemple dans le tourisme, la sécurité, les télécommunications, la technologie, la santé et peut-être l’éducation », a-t-il précisé. « Ce qui peut être positif pour les économies de toutes les parties dans ces collaborations. »

Mais Esters a déclaré qu’il était « trop tôt pour prédire » l’ampleur de cet impact économique.

Le risque géopolitique encore élevé

Il est improbable que ces nouveaux liens puissent entraîner une hausse de la note « à court-terme », a-t-il expliqué.

« Il ne s’agit pas seulement des accords conclus entre les pays du Golfe et Israël », a continué Esters. « Il y a également d’autres acteurs dans la région qui ont aussi leurs propres intérêts et qui ne devraient probablement pas s’engager dans un accord de paix dans un futur proche. Et je pense donc que certains risques vont continuer à être bien présents. Ce qui suggère que cette inquiétude sous-jacente sur les risques sécuritaires va, elle aussi, persister. »

Esters s’est exprimé au début de la semaine à la conférence Eli Hurvitz sur l’Economie et la Société pour 2020 qui était organisée par l’Institut israélien de la démocratie.

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