Ron Dermer : ce serait une erreur si Biden réintégrait l’accord avec l’Iran
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Ron Dermer : ce serait une erreur si Biden réintégrait l’accord avec l’Iran

Le diplomate Ron Dermer semble être le premier responsable israélien à s'élever publiquement contre le projet du président élu de renégocier un accord "plus long et plus fort"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux États-Unis, prend la parole lors d'un événement à Detroit, le 4 juin 2018. (AP Photo/Paul Sancya/File)
Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux États-Unis, prend la parole lors d'un événement à Detroit, le 4 juin 2018. (AP Photo/Paul Sancya/File)

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, a déclaré lundi que ce serait une « erreur » pour le nouveau gouvernement Biden de réintégrer l’accord nucléaire iranien, comme le Démocrate s’est engagé à le faire pendant sa campagne.

« Je pense que ce serait une erreur et j’espère qu’il regardera le Moyen-Orient tel qu’il est, qu’il verra les avantages du processus [de normalisation], de la manière dont il peut poursuivre ce processus, et je pense qu’il ne faut pas revenir au même accord », a déclaré M. Dermer lors d’un débat avec ses homologues émiratis et bahreïnis à Washington, organisé par l’Economic Club.

M. Dermer a souligné les accords d’Abraham qu’Israël a signés avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn motivés par leur opposition commune aux agissements de l’Iran dans la région et a semblé suggérer qu’il serait plus bénéfique de construire un front plus uni contre Téhéran que d’essayer de négocier avec la République islamique.

Il a soutenu qu’Israël et les États arabes s’opposaient à l’accord multilatéral de 2015 connu sous le nom de Plan d’action conjoint (JCPOA – Joint Comprehensive Plan of Action), et que leurs points de vue auraient dû être pris en considération par l’administration Obama à l’époque.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle de l’Iran lors d’une réunion conjointe du Congrès des États-Unis dans la salle de la Chambre au Capitole américain, le 3 mars 2015 à Washington, DC. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

M. Dermer a évoqué l’échec des négociations nucléaires menées en 2009 par le président Obama avec la Corée du Nord, qui avaient inclus des pays de la région tels que le Japon et la Corée du Sud, déplorant que la même courtoisie n’ait pas été accordée lors des négociations avec Téhéran.

« La première chose que je dirais à l’administration entrante [est] : ‘Asseyez-vous avec vos alliés dans la région. Écoutez-nous. Nous sommes en première ligne. Nous avons le plus à perdre. Venez nous parler. Essayez d’élaborer une position commune, ce qui me semble possible, non seulement pour les questions nucléaires mais aussi pour faire face à l’agression régionale de l’Iran' », a fait savoir celui qui est depuis longtemps l’un des collaborateurs les plus proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

C’est la première fois qu’un officiel israélien s’exprime publiquement contre l’intention possible de Biden de réintégrer l’accord nucléaire depuis qu’il a battu le président américain sortant Donald Trump au début de ce mois.

En mars 2015, Netanyahu a averti dans un discours cinglant devant les chambres réunies du Congrès que l’accord nucléaire qui se dessinait alors entre l’Iran et les puissances occidentales « ouvrait la voie » à un arsenal nucléaire, plutôt que de le bloquer, et a exhorté les dirigeants américains à se retirer de ce qu’il a appelé « un très mauvais accord ». Le discours a souligné publiquement les profondes divergences entre Netanyahu et le président Barack Obama sur la manière de contrecarrer les ambitions de l’Iran en matière d’armes nucléaires, Netanyahu dénonçant l’accord soutenu par Obama lorsqu’il a été finalisé plus tard cette année-là comme une « erreur historique pour le monde ».

Au cours de la récente campagne présidentielle, Biden – qui était le vice-président d’Obama – et ses collaborateurs ont critiqué la décision de Trump de bloquer l’accord de 2018, arguant qu’il permettait à Téhéran de progresser vers l’acquisition d’une arme nucléaire. Ils ont promis qu’une administration Biden travaillerait à renégocier un accord « plus long et plus fort ».

Les ministres des Affaires étrangères sont assis autour d’une table à l’hôtel Palais Coburg, où se tiennent les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (AFP/POOL/CARLOS BARRIA)

La semaine dernière, l’ancien assistant de Biden, Amos Hochstein, a indiqué à la Douzième chaîne que la conclusion d’un accord nucléaire avec la République islamique était « une de ses priorités » et que le futur président des Etats-Unis s’y emploierait peu après son entrée en fonction.

« Je pense que dans les premiers mois [de la présidence de M. Biden], nous le verrons soit rejoindre pleinement l’accord, soit ce que j’appellerais « JCPOA-moins », c’est-à-dire lever les sanctions en échange de la suspension de certains programmes nucléaires iraniens [développés] au cours des trois dernières années », a-t-il confié lors de l’interview.

M. Hochstein, qui a travaillé au Département d’État et a supervisé les sanctions énergétiques contre Téhéran pendant le mandat de M. Obama, a déclaré que M. Biden souhaitait « quelques changements » au pacte, notamment sa date d’expiration.

Ces commentaires ont été faits alors qu’un site d’information israélien rapportait que l’administration Trump – en coordination avec Israël et les États arabes du Golfe Persique – prévoyait une série de sanctions de grande envergure contre l’Iran afin de rendre plus difficile pour l’administration entrante de revenir sur l’accord nucléaire.

Lors de la réunion de lundi, M. Dermer a également félicité le président élu pour son soutien aux accords d’Abraham durant la campagne. « Je pense que c’est une très bonne chose », a-t-il déclaré.

De gauche à droite : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman à la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d’Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB/AFP)

Lorsqu’on lui a demandé si les accords de normalisation auraient été conclus sous un autre président, M. Dermer a évité de répondre directement, mais a affirmé que « le fait que [Trump] ait affronté l’Iran a aidé. Le fait qu’il ait choisi des alliés dans la région a aidé. Le fait qu’il n’ait pas mis la question palestinienne au premier plan a aidé ».

L’ambassadeur des EAU, Yousef al-Otaiba, a affirmé que la partie la plus significative des accords d’Abraham pour lui était la normalisation littérale qu’ils annonçaient – et non les nouvelles opportunités d’affaires, de commerce et d’investissement qu’ils sont censés apporter.

« J’ai grandi en pensant qu’Israël est l’ennemi, et je passais tous les jours devant la maison de l’ambassadeur israélien [au Caire] pour aller à l’école en me disant : ‘Oh vous savez…’. Mon fils de 10 ans va grandir en réalisant qu’il est tout à fait normal de visiter Israël. Il va grandir avec une mentalité complètement différente de celle avec laquelle j’ai grandi et pour moi, c’est probablement la partie la plus significative des Accords d’Abraham », a-t-il dit.

Otaiba et l’ambassadeur du Bahreïn, Abdullah bin Rashid al Khalifa, ont tous deux exprimé leur désir de se rendre en Israël une fois que la pandémie se sera calmée, ce dernier ayant indiqué qu’ils seraient probablement sur le même vol.

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