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Roni Alsheich : l’utilisation abusive de NSO n’a aucun « lien avec la réalité »

L'ancien chef de la police nie fermement un espionnage présumé généralisé des citoyens, et soutient l’ouverture d’une enquête approfondie

L'ancien chef de la police Roni Alsheich nie l'utilisation illicite de logiciels espions par la police pendant son mandat, dans une déclaration vidéo du 9 février 2022 (Capture d'écran de la Douzième chaîne)
L'ancien chef de la police Roni Alsheich nie l'utilisation illicite de logiciels espions par la police pendant son mandat, dans une déclaration vidéo du 9 février 2022 (Capture d'écran de la Douzième chaîne)

L’ancien chef de police, Roni Alsheich, a fermement nié mercredi tout acte répréhensible de la police sous ses ordres, suite au scandale suscité par la publication de reportages faisant état d’une utilisation illégale de logiciels espions par la police pendant son mandat et par la suite.

Évoquant publiquement la controverse pour la première fois dans une déclaration vidéo adressée aux médias, Alsheich a déclaré que les allégations contre la police, si elles étaient fondées, n’auraient été « pas moins qu’un coup dur pour la démocratie », tout en insistant sur le fait qu’elles « n’ont aucun lien avec la réalité. »

Bien que des allégations d’utilisation par la police de logiciels espions téléphoniques sans contrôle judiciaire soient apparues pour la première fois dans le journal Calcalist il y a environ trois semaines et aient souligné l’intensification de la méthode sous le mandat d’Alsheich en 2015-2018, il n’avait jusqu’ici pas encore réagi.

Alsheich explique qu’il est resté silencieux, car la question est liée au procès en cours de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont il a supervisé l’enquête, ainsi qu’à la « difficulté de répondre aux allégations généralisées qui créent un nuage [de suspicion] sans preuves et sans [prétentions concrètes] à examiner. »

Le chef de la police israélienne Roni Alsheich s’exprime lors d’une conférence de presse au quartier général de la police à Jérusalem, le 17 avril 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, alors que Calcalist a publié cette semaine des affirmations spécifiques, bien que non sourcées, sur 26 cibles supposées de la campagne d’espionnage généralisée, Alsheich a déclaré qu’il avait décidé de s’exprimer.

« Comme il y avait enfin des noms [de cibles], j’ai pu dire, en tant que spécialiste des systèmes technologiques en question, qu’il est maintenant possible de confirmer ou d’infirmer [les affirmations] et d’avoir une vision claire des faits », a-t-il dit.

Quant à ces cibles présumées, a-t-il affirmé, « la liste comprenait des noms de personnes innocentes que la police n’a jamais soupçonnées d’actes criminels et qui n’ont jamais fait l’objet d’une enquête, ni via le logiciel de collecte de données du NSO Group ni avec aucun autre logiciel de collecte de données ».

Et « même ceux qui figuraient sur la liste et étaient soupçonnés d’infractions… ont été contrôlés et il a été constaté que les outils d’enquête étaient utilisés légalement, avec une ordonnance du tribunal ».

Le Premier ministre Naftali Bennett visite le centre médical Sheba à Ramat Gan, le 4 janvier 2022. (Ohad Zweigenberg/Haaretz Newspaper via AP, Pool)

« L’image dépeinte [dans le reportage] n’a aucun lien avec la réalité », a-t-il dit.

Alsheich a déclaré avoir toute confiance dans l’enquête interne de la police, mais s’est également félicité d’un examen extérieur exhaustif « afin de réparer les dégâts et de rétablir la confiance du public dans la police et l’État de droit. Les énormes dommages causés aux forces de l’ordre nécessitent des réponses claires et approfondies. »

Abordant également le scandale mercredi, le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré que toutes les allégations « seront examinées de toutes parts. Je pense que nous aurons bientôt des réponses. »

« La question est de savoir si ce qui a été rapporté ces derniers jours s’est produit ou non. L’utilisation massive de [ces logiciels espions] contre les citoyens ne peut être autorisée dans un pays démocratique. Mais comme je l’ai dit, nous ne savons pas encore si c’est vraiment arrivé. »

Une personne tient un téléphone avec le logo de NSO en arrière-plan, à Jérusalem, le 7 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si les allégations sont fondées, le Premier ministre a déclaré : « Je ferai tout pour que la commission d’enquête gouvernementale soit la plus large et la plus étendue possible ».

Dans un reportage explosif sur l’utilisation de logiciels espions par la police israélienne publié lundi, le journal Calcalist a affirmé que le programme Pegasus du groupe NSO avait été déployé contre de hauts responsables gouvernementaux, des maires, des dirigeants militants, des journalistes et des membres de leurs familles ainsi que des conseillers de l’ancien Premier ministre Netanyahu, le tout sans autorité ni contrôle judiciaire.

Selon Ynet, Alsheich avait précédemment déclaré à ses collaborateurs : « Il est impossible que quelqu’un ait pu faire quoi que ce soit sans avoir reçu une approbation au préalable. » « Ce n’est que dans des situations de vie ou de mort, telles que des affaires de meurtre ou des poursuites en cours, que vous pouvez dire rétrospectivement à un juge qu’une vie était en danger et que vous avez utilisé un logiciel espion », aurait-il déclaré.

Évoquant les allégations selon lesquelles la police utilise illégalement des logiciels espions contre des personnalités publiques, Alsheich a déclaré que le système ne lui aurait pas permis de le faire sans passer par le procureur général.

L’ancien chef de police Roni Alsheich, à gauche, avec l’ancien procureur général Avichai Mandelblit lors d’une cérémonie d’adieu en l’honneur d’Alsheich, à Beit Shemesh, le 29 novembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les systèmes ont été construits de sorte qu’ils ne peuvent pas être manipulés. Si je veux surveiller une personnalité publique, je dois passer par le procureur général et obtenir son approbation avant de demander à un juge d’émettre une ordonnance du tribunal. Il peut bloquer tout le processus avant même que je ne parvienne au juge », a-t-il affirmé.

Plus tôt dans la semaine, la Douzième chaîne a cité de façon « anonyme » des responsables de la police disant que « si les informations s’avèrent être vraies, [Alsheich] devra être jugé ».

Pour sa part, l’ancien procureur général Avichai Mandelblit a déclaré à Kan News mercredi qu’il n’avait aucun lien avec le scandale d’espionnage policier en cours et qu’il ne savait pas si tout cela était vrai. Lors d’un appel téléphonique avec un journaliste de Kan, Mandeblit a déclaré : « Je ne pense pas que quiconque pense sérieusement que cela soit lié à moi. » Mandelblit, qui a terminé la semaine dernière son mandat de six ans, a déclaré que les allégations étaient « troublantes ». « Bien sûr, ça m’inquiète. J’espère que ce n’est pas vrai », a-t-il déclaré.

Le député travailliste Gilad Kariv, actuel président de la commission de la Constitution, des lois et de la justice de la Knesset, a estimé qu’en tant qu’ancien agent du Shin Bet pendant 27 ans, Alsheich n’a jamais été la bonne personne pour diriger la police israélienne.

Le député travailliste Gilad Kariv a présidé une réunion de la commission de la Constitution, du droit et de la justice de la Knesset le 5juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi, le député Yesh Atid et le vice-ministre de la Sécurité publique Yoav Segalovitz ont critiqué les allégations portées contre Alsheich, soutenant l’ancien chef de la police. « Il est traité comme un suspect, et je ne peux pas accepter cela », a déclaré Segalovitz à la Knesset. « Il y a une différence entre une allégation, un fait et une condamnation. » Segalovitz a également déclaré qu’il ne pensait pas qu’une enquête de la commission d’État soit nécessaire à ce stade. « Avant de sauter aux conclusions et d’appeler à une commission d’enquête de l’État, nous devons examiner les faits », a-t-il déclaré, ajoutant que les premières informations sont toujours en cours d’examen.

Mardi, l’actuel chef de la police, Kobi Shabtai a continué de nier les allégations selon lesquelles des agents auraient utilisé illégalement des logiciels espions contre des personnalités publiques et privées israéliennes, écourtant sa première visite officielle aux Émirats arabes unis au milieu des critiques publiques croissantes.

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