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Ryad met en garde contre les conséquences économiques de la guerre à Gaza

Lors d'une réunion spéciale du WEF, l'Arabie saoudite a estimé "que les pays, les dirigeants et les personnes qui font preuve de sang-froid doivent l'emporter et faire en sorte qu'il y ait une désescalade"

Des personnes assistant à un panel lors de la réunion spéciale du Forum économique mondial, à Ryad, le 28 avril 2024. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)
Des personnes assistant à un panel lors de la réunion spéciale du Forum économique mondial, à Ryad, le 28 avril 2024. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)

L’Arabie saoudite a mis garde dimanche contre les conséquences économiques de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et appelé à la « désescalade » à l’ouverture d’une réunion spéciale du Forum économique mondial (WEF), en présence de nombreux dirigeants et hauts responsables.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, les représentants palestiniens et de haut diplomates impliqués dans les efforts visant à mettre fin au conflit entre Israël et le Hamas figurent sur la liste des participants à ce sommet organisé sur deux jours dans la capitale Ryad.

La guerre à Gaza ainsi que les conflits en Ukraine et ailleurs exercent « une forte pression » sur l’environnement économique, a déclaré le ministre saoudien des Finances, Mohammed al-Jadaan, lors d’un panel.

« Je pense que les pays, les dirigeants et les personnes qui font preuve de sang-froid doivent l’emporter et faire en sorte qu’il y ait une désescalade », a-t-il poursuivi.

Illustration : Le ministre saoudien des Finances Mohammed al-Jadaan, participant au Sommet du développement économique et social, à Beyrouth, au Liban, le 20 janvier 2019. (Crédit : Bilal Hussein/AP)

Israël est en guerre depuis près de six mois à la suite de l’assaut barbare du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre dernier, au cours duquel des terroristes ont tué près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en ont enlevé 253 autres. 129 sont toujours otages à Gaza, dont 34 qui ne seraient plus en vie selon des responsables israéliens.

Israël a répondu à cette attaque, la plus meurtrière de l’histoire du pays et la pire menée contre des Juifs depuis la Shoah par une opération aérienne suivie d’une incursion terrestre dans la bande de Gaza visant à anéantir le Hamas, à mettre fin à son règne de seize ans à Gaza et à libérer tous les otages.

Plus de 34 300 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza. L’armée israélienne dit avoir éliminé 13 000 terroristes palestiniens dans la bande de Gaza, en plus d’un millier de terroristes qui ont pris d’assaut Israël le 7 octobre.

Alors qu’Israël se prépare à lancer une incursion terrestre dans Rafah, une ville du sud de la bande de Gaza où s’est réfugié 1,5 million de Palestiniens, le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a exhorté depuis Ryad les États-Unis à intervenir pour empêcher une telle opération, qui serait selon lui « le plus grand désastre de l’histoire du peuple palestinien ».

« Le monde marche aujourd’hui sur une corde raide, essayant de trouver un équilibre entre sécurité et prospérité », a souligné samedi Faisal al-Ibrahim, le ministre saoudien de la Planification, lors d’une conférence de presse.

« Nous nous rencontrons à un moment où une erreur de jugement, une erreur de calcul ou une erreur de communication exacerberait davantage nos défis », a-t-il ajouté.

« Nouvelle dynamique »

Le président du WEF, Borge Brende, a affirmé lors de cette conférence qu’il y avait « une sorte de nouvelle dynamique dans les discussions autour des otages, et […] d’une sortie possible de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons à Gaza ».

Israël n’est pas représenté au sommet, et les négociations sur une trêve à travers une médiation américaine, qatarie et égyptienne, se déroulent ailleurs, mais l’évènement sera « une occasion d’avoir des discussions structurées » avec « des acteurs clés », a-t-il souligné.

Borge Brende (au centre), le ministre des Affaires étrangères de la Norvège, en 2016. (Crédit : Amanda Voisard/AP/The United Nations)

« Il y aura des discussions, bien sûr, sur la situation humanitaire à Gaza », ainsi que sur l’Iran, qui soutient le Hamas et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

L’événement « a toutes les chances de devenir une réunion très importante », selon le président du WEF.

Le Département d’État américain a indiqué que Blinken fera le déplacement lundi à Ryad pour « discuter des efforts en cours visant à parvenir à une trêve à Gaza qui permette la libération des otages ». Il « mettra aussi l’accent sur l’importance de prévenir une extension » régionale de la guerre, selon la même source.

Le groupe terroriste palestinien du Hamas a dit samedi « étudier » une contre-proposition israélienne en vue d’une trêve associée à la libération d’otages, au lendemain de l’arrivée en Israël d’une délégation de médiateurs égyptiens pour tenter de relancer les négociations dans l’impasse.

Depuis le début de la guerre, l’Arabie saoudite travaille avec d’autres pays pour tenter de mettre fin au conflit qui menace d’embraser la région, et de faire dérailler son ambitieux programme de réformes économiques, appelé Vision 2030.

Projets saoudiens

La monarchie du Golfe, premier exportateur de pétrole au monde et poids lourd du monde arabe, mène également des discussions sur un éventuel accord de normalisation avec Israël, accompagné d’un renforcement de son partenariat de sécurité avec Washington.

En septembre, le prince héritier et dirigeant de facto du royaume, Mohammed ben Salmane, s’était montré optimiste sur la possibilité d’un tel accord lors d’une interview à Fox News, mais la guerre à Gaza a compliqué la situation, estiment les analystes.

En parallèle, le royaume conservateur, qui abrite deux des sites les plus saints de l’islam, cherche à attirer investisseurs et touristes pour diversifier une économie encore très dépendante des hydrocarbures. L’accueil d’événements internationaux comme la réunion du WEF lui permet de mettre en avant les progrès réalisés tant au niveau économique que social.

Des passants devant une affiche du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman, accompagnée d’une légende évoquant Saudi Vision 2030, devant un centre commercial, à Jeddah, en Arabie saoudite, le 6 décembre 2019. (Crédit : Amr Nabil/AP)

« Huit ans après le lancement de la Vision 2030, nous avons démontré notre volonté de montrer la voie vers un modèle de croissance transformatrice, innovante, inclusive et durable », a affirmé samedi al-Ibrahim.

Des questions subsistent toutefois quant à la faisabilité de ce programme et ses mégas projets comme la mégapole futuriste NEOM. En décembre, le ministre des Finances avait reconnu que le calendrier de certains projets majeurs serait repoussé au-delà de 2030, sans préciser lesquels.

Ryad prévoit des déficits budgétaires jusqu’en 2026, et son économie a pratiquement stagné l’année dernière après des coupes dans la production de pétrole. Mais son PIB non pétrolier a connu une croissance « très saine », à 4,4 %, a déclaré dimanche al-Jadaan.

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