Schnurbein : les réfugiés ne sont pas impliqués dans les attaques antisémites
Rechercher
Entretien

Schnurbein : les réfugiés ne sont pas impliqués dans les attaques antisémites

Pourtant, la responsable de la lutte contre l’antisémitisme de l’UE affirme que l’Europe doit être ‘proactive’ dans la transmission de ses valeurs aux migrants musulmans

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l'Union européenne, devant le Conseil d'Israël pour les relations étrangères, à Jérusalem, le 14 juillet 2016. (Crédit : Andres Lacko)
Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l'Union européenne, devant le Conseil d'Israël pour les relations étrangères, à Jérusalem, le 14 juillet 2016. (Crédit : Andres Lacko)

Les migrants musulmans en Europe n’ont jusqu’à ce jour pas commis d’actes antisémites, a déclaré la responsable de la lutte contre l’antisémitisme de l’Union européenne (UE). Cependant, elle a dans le même temps appelé les dirigeants à mettre en place un mécanisme « proactif » pour transmettre les valeurs occidentales aux réfugiés pour empêcher des incidents antisémites de se produire dans le futur.

« Nous ne voyons pas de violences antisémites commises par les réfugiés pour le moment, Dieu merci », a déclaré au Times of Israël Katharina von Schnurbein, la coordinatrice de l’UE pour la lutte contre l’antisémitisme, pendant une récente visite en Israël.

« Mais dans le même temps, nous devons adopter une approche proactive pour leur transmettre nos valeurs, de l’état de droit à la démocratie, en passant par l’égalité entre hommes et femmes, et aussi une tolérance zéro à l’antisémitisme. »

Schnurbein citait une étude publiée en juillet par le Centre rabbinique d’Europe, qui indiquait que deux tiers des rabbins et des dirigeants communautaires du continent ne sentaient pas de hausse significative de l’antisémitisme ces dernières années. L’étude indiquait une légère hausse de l’antisémitisme, particulièrement en Europe de l’Ouest, mais cette tendance ne provenait pas des réfugiés.

Bien que conscients de l’impératif moral d’aider ceux qui en ont besoin, beaucoup de juifs d’Europe sont préoccupés par l’afflux massif de réfugiés d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan et d’autres pays où le sentiment antisémite est très courant.

Dans la ville allemande d’Ansbach, par exemple, un demandeur d’asile syrien s’est fait exploser dans une attaque a priori terroriste le mois dernier, envoyant une onde de choc dans un pays qui a accueilli plus d’un million de réfugiés.

« Oui, nous sommes en alerte, a déclaré Schnurbein. Nous développons des stratégies qui s’adressent particulièrement à la communauté musulmane, qui sont souvent mises en place par des organisations musulmanes, mais pour l’instant, les données ne montrent pas de corrélation directe entre les réfugiés et les incidents antisémites. »

Migrants et réfugiés syriens et irakiens traversent la frontière gréco-macédonienne, près de Gevgelija, le 23 février 2016. (Crédit : AFP/Robert Atanasovski)
Migrants et réfugiés syriens et irakiens traversent la frontière gréco-macédonienne, près de Gevgelija, le 23 février 2016. (Crédit : AFP/Robert Atanasovski)

Et pourtant, plusieurs études montrent qu’il y a plus d’antisémitisme en Europe aujourd’hui qu’il y a quelques années. Pourquoi ?

« L’antisémitisme de droite reste fort. C’et la forme traditionnelle d’antisémitisme. Mais nous voyons aussi un antisémitisme de gauche. Il est parfois corrélé à l’antisémitisme de droite traditionnel, et parfois avec l’antisémitisme de la communauté musulmane, a répondu Schnurbein. Le fait est que ces différents extrêmes se renforcent mutuellement. Cela entraîne aussi un sentiment de hausse de l’antisémitisme. »

Une autre explication à ces chiffres en hausse est que plus de personnes rapportent des incidents antisémites.

« Nous avions autrefois un fort taux d’incidents non déclarés. Il est toujours élevé, mais les personnes à présent perçoivent mieux la responsabilité et l’utilité d’aller voir la police quand quelque chose arrive, pour que cela puisse être correctement traité. »

Citoyenne allemande, Schnurbein s’est rendue en Israël il y a deux semaines pour la première fois depuis que la Commission européenne l’a nommée responsable de l’antisémitisme début décembre. (L’UE a nommé un autre coordinateur pour la lutte contre l’islamophobie, David Friggieri.)

Pendant sa visite d’une semaine, elle s’est rendue à Yad Vashem, s’est adressée à la commission des Affaires de la Diaspora de la Knesset, a rendu visite à plusieurs communautés juives du pays et s’est exprimée devant différents publics, dont le Conseil d’Israël pour les relations étrangères.

Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l'Union européenne, a rendu visite à la communauté ultraorthodoxe dans le quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, en juillet 2016. (Crédit : autorisation)
Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l’Union européenne, a rendu visite à la communauté ultraorthodoxe dans le quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, en juillet 2016. (Crédit : autorisation)

« Nous avons toujours dit que la lutte contre l’antisémitisme ne devait pas être laissée uniquement aux juifs. C’est la responsabilité de la société toute entière, une responsabilité humaine », a déclaré Schnurbein pendant l’entretien, dans un café de Jérusalem.

Mais la même chose est vraie de la lutte contre l’islamophobie, a-t-elle ajouté. « Bien que les deux phénomènes soient très différents, nous ne pouvons pas combattre l’antisémitisme avec succès tout en négligeant l’islamophobie. » Si la haine contre un des groupes n’est pas traitée, elle « se répandra toujours au final » à l’autre groupe, a-t-elle prévenu.

« Nous devons traiter la haine où qu’elle se produise, quelle que soit la minorité qu’elle touche. Mais pour les juifs, c’est une lutte séculaire et elle peut attenter à la vie. De plus, il y a différentes formes d’antisémitisme, et nous devons traiter chacune d’entre elles. »

Les discours de haine sur internet, par exemple, sont l’un des principaux domaines dans lesquels l’UE a récemment remarqué une hausse inquiétante, a déclaré Schnurbein. « Mais internet ne doit pas être un trou noir juridique. Ce qui est illégal dans le monde réel est illégal en ligne. »

Certains états membres de l’UE ont commencé à poursuivre en tribunal les incitateurs [à la haine] en ligne, a-t-elle ajouté. En mai, la Commission européenne s’est accordée sur un « code de conduite » avec Google, Microsoft, Twitter et Facebook, obtenant que les compagnies acceptent « d’examiner et de supprime des discours de haine illégaux qui leur sont signalés dans les 24 heures », a-t-elle souligné.

La police sur la scène d'un attentat-suicide dans la ville d'Ansbach dans le sud de l'Allemagne, le 24 juillet 2016 (Crédit : capture d'écran Twitter)
La police sur la scène d’un attentat-suicide dans la ville d’Ansbach dans le sud de l’Allemagne, le 24 juillet 2016 (Crédit : capture d’écran Twitter)

Les récents attentats terroristes dans des villes européennes montrent que les menaces sécuritaires qui existent depuis longtemps pour les communautés juives s’appliquent à présent à toute la société, a-t-elle déclaré. Alors que les juifs d’Europe se sont ‘habitués’ à vivre avec des gardes de sécurité devant les synagogues et les institutions communautaires, la hausse des menaces terroristes nécessite des mesures de précaution similaires pour les bâtiments gouvernementaux.

« Il y a une reconnaissance depuis longtemps du fait que cela commence avec les juifs… Et maintenant, nous sommes dans un processus de lutte contre l’antisémitisme, mais cela ne s’arrête pas là, a-t-elle dit. Les menaces sécuritaires ne sont plus confinées à la communauté juive, à présent la société toute entière est ciblée, et avec elle nos valeurs occidentales. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...