Sharaa : Trump soutient la demande de retrait de Tsahal du territoire syrien
Selon le dirigeant syrien, le président américain va "faire pression" pour trouver une solution, affirmant que le retrait israélien est une condition préalable à tout accord de sécurité

Le dirigeant syrien Ahmed al-Sharaa a déclaré lundi que le président américain Donald Trump soutenait son insistance sur un retrait complet de l’armée israélienne du territoire syrien comme condition préalable à un accord global de sécurité entre les deux pays voisins en guerre depuis longtemps.
Dans une interview accordée au Washington Post, le premier dirigeant syrien à rencontrer un président américain à Washington, Sharaa a déclaré que Trump « ferait tout son possible pour parvenir à une solution dans les plus brefs délais ».
Les troupes israéliennes ont pris plusieurs positions dans le sud-ouest de la Syrie après la chute du régime du dictateur syrien Bashar al-Assad l’an dernier, dans le cadre de ce que Jérusalem a qualifié de mesure de sécurité temporaire.
Alors que Washington souhaite normaliser à terme les relations entre Israël et la Syrie, cette dernière vise d’abord à conclure un accord de sécurité, à condition que les troupes israéliennes se retirent de son territoire.
Sharaa a déclaré que, lors de sa rencontre avec le président américain lundi, « nous avons constaté que Trump partageait notre point de vue et qu’il ferait tout son possible pour trouver rapidement une solution à ce problème ».
« Israël a toujours affirmé qu’il s’inquiétait pour la Syrie, car il craignait les menaces que représentent les milices iraniennes et le Hezbollah », a déclaré Sharaa, faisant référence au groupe terroriste chiite libanais.
« C’est nous qui avons chassé ces forces hors de Syrie. »
Sharaa a également déclaré que la demande israélienne de démilitariser le territoire situé au sud de Damas était déraisonnable et qu’elle provoquerait le chaos.
« Si cette zone démilitarisée était utilisée par certaines parties pour lancer des attaques contre Israël, qui en serait responsable ? », a-t-il demandé.
Sharaa a accusé Israël d’avoir envahi la Syrie pour satisfaire ses « ambitions expansionnistes » et non pour des raisons de sécurité.
« Israël a occupé le plateau du Golan afin de protéger Israël, et maintenant, il impose des conditions dans le sud de la Syrie afin de protéger le plateau du Golan », a-t-il déclaré ironiquement, faisant référence à une région du nord d’Israël que Jérusalem a conservée après la Guerre des Six Jours de 1967 et qu’elle a annexée dans les années 1980.
« Ainsi, dans quelques années, ils occuperont peut-être le centre de la Syrie afin de protéger le sud du pays. Ils finiront par arriver à Munich en suivant cette voie. »
Il reste encore « un long chemin à parcourir » avant que la Syrie puisse parvenir à un accord avec Israël, a déclaré Sharaa.
« Pour parvenir à un accord définitif, Israël devrait se retirer derrière ses frontières d’avant le 8 décembre [2024] », a-t-il ajouté, faisant référence à la date de la chute du régime Assad et à l’avancée simultanée d’Israël dans la zone tampon entre les deux pays et au-delà.
Âgé de 43 ans, Sharaa a pris le pouvoir l’année dernière, après qu’une coalition rebelle menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie, a lancé une offensive éclair depuis son enclave du nord-ouest du pays et renversé Assad quelques jours plus tard.
Israël reste méfiant quant aux anciens liens de Sharaa avec le terrorisme et critique le traitement réservé aux minorités, en particulier aux Druzes, par son gouvernement. Il a également mené de multiples frappes aériennes et raids à l’intérieur du territoire syrien, affirmant que ces opérations visaient à empêcher des armes de tomber entre les mains de groupes hostiles.
Sharaa a affirmé que la Syrie n’avait pas réagi à ce qu’il estimait être plus de 1 000 frappes aériennes israéliennes sur son territoire, « parce que nous voulons reconstruire la Syrie ».
Il a également confirmé que les deux parties étaient engagées dans des « négociations directes » et a affirmé que la Syrie bénéficiait du soutien de « nombreuses parties internationales » pour sa position.
La rencontre de lundi entre Trump et Sharaa est intervenue six mois après leur première rencontre en Arabie saoudite, au cours de laquelle le président américain avait annoncé son intention de lever les sanctions contre Damas, et quelques jours seulement après la déclaration des États-Unis selon laquelle l’ancien commandant d’Al-Qaïda n’était plus un « terroriste international spécialement désigné ».
Les États-Unis s’efforcent de négocier un accord entre Israël et la Syrie depuis que Sharaa a renversé Assad. Après leur rencontre, Trump n’a pas donné plus de détails sur ces efforts, se contentant de dire que son administration s’efforçait de « rapprocher » les deux pays. Dans des messages publiés lundi soir sur les réseaux sociaux, il a écrit qu’il avait discuté avec Sharaa de « toutes les subtilités de la PAIX au Moyen-Orient, dont il est un fervent défenseur ».
Interrogé par le Washington Post sur les relations entre les États-Unis et la Syrie, Sharaa a déclaré que son objectif principal lors de sa rencontre avec Trump était de « renforcer les relations » entre les deux pays, qui « n’ont pas été très bonnes au cours des 100 dernières années ».
Selon lui, les États-Unis et la Syrie « ont de nombreux intérêts communs sur lesquels nous pouvons nous appuyer », citant notamment les questions de sécurité et économiques.
Interrogé sur ses activités passées dans la lutte contre les États-Unis, Sharra a affirmé qu’il défendait sa terre et qu’il n’avait jamais tué d’innocent.
« La région a été affectée par les politiques occidentales et américaines, et aujourd’hui, de nombreux Américains sont d’accord avec nous pour dire que certaines de ces politiques étaient une erreur et qu’elles ont provoqué tant de guerres inutiles », a-t-il déclaré.
Il a également évoqué l’importance de collaborer avec la Russie, dont il a combattu les forces pendant la guerre civile syrienne, alors que Moscou tentait de soutenir le régime chancelant de Damas.
« Nous avons besoin de la Russie parce qu’elle est membre permanent du Conseil de sécurité », a-t-il ajouté.
« Nous avons besoin de son vote pour nous soutenir dans certaines questions, et nous avons des intérêts stratégiques communs. Nous ne voulons pas pousser la Russie à choisir d’autres options dans le dossier syrien. »







