Si Netanyahu est si corrompu et dangereux, pourquoi ses rivaux ne s’unissent-ils pas pour le vaincre ?
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Opinion

Si Netanyahu est si corrompu et dangereux, pourquoi ses rivaux ne s’unissent-ils pas pour le vaincre ?

Lapid, Gabbay, Barak et Yaalon insistent tous sur le fait que le Premier ministre doit partir, de toute urgence, pour le bien-être d'Israël. Leur refus de mettre leurs egos de côté afin de s’unir pour cette grande cause mine néanmoins leur crédibilité

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

De gauche à droite : Ehud Barak, Avi Gabbay, Benjamin Netanyahu, Yair Lapid, Moshe Yaalon (Crédit : Images de Flash90)
De gauche à droite : Ehud Barak, Avi Gabbay, Benjamin Netanyahu, Yair Lapid, Moshe Yaalon (Crédit : Images de Flash90)

Les uns après les autres, les rivaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui aimeraient tous prendre sa place – se relaient pour le condamner publiquement.

Beaucoup d’entre eux ont servi sous ses ordres – en tant que ministres de la Défense, ministres des Finances ou ministres de la Protection environnementale.

Tous ont conclu – entre d’autres choses – qu’il était inapte à la fonction, qu’il était un criminel, qu’il dirigeait un gouvernement malhonnête, qu’il conduisait Israël au désastre avec ses politiques diplomatiques et sécuritaires, qu’il montait des pans entiers de la population israélienne les uns contre les autres, qu’il sapait le travail des tribunaux et de la police, qu’il capitulait face aux ultra-orthodoxes ou encore qu’il s’aliénait le monde juif.

Yair Lapid, dont le parti centriste Yesh Atid est généralement vu comme le principal concurrent du Likud de Netanyahu, affirme depuis longtemps que le Premier ministre est corrompu et dirige une coalition qu’il l’est tout autant.

Lapid, ancien ministre des Finances sous Netanyahu, s’est récemment situé à l’avant-garde des critiques du projet de loi sur les recommandations de la police – qui a récemment été suspendu suite à un tollé général.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) enlace Yair Lapid, leader de Yesh Atid, après la prestation de serment du nouveau gouvernement, le 18 mars 2013 (Miriam Alster / FLASH90)

Le centriste clame que le projet serait « taillé » de toutes pièces pour protéger personnellement Netanyahu des affaires de corruption dans lesquelles il se trouve impliqué.

Selon Avi Gabbay, le nouveau leader du Parti travailliste – qui forme la coalition de l’Union sioniste, bien placée dans certains sondages –, Netanyahu « transforme [Israël] en une Turquie » de par sa domination unipersonnelle. Gabbay exige des « élections le plus rapidement possible ».

En tant que membre du parti Koulanou, Gabbay a lui aussi servi comme ministre dans la coalition de Netanyahu. Il a démissionné en mai 2016 quand Avigdor Liberman a été nommé ministre de la Défense à la place du « tempéré » Moshe Yaalon.

Lors d’une de ses conférences de presse, Gabbay a protesté contre ce gouvernement « extrémiste » selon lui et, tel un sage, a averti : « Le peuple juif a déjà détruit le Second Temple de par ses guerres civiles ; nous devons arrêter ces processus de destruction du Troisième Temple. »

Le ministre de l’Environnement, Avi Gabbay, annonce sa démission, le 27 mai 2016 (FLASH90)

Yaalon lui-même, ancien ministre de la Défense « tempéré », ancien chef d’état-major de Tsahal et bras droit de Netanyahu lors de plusieurs conflits avec le Hamas ou durant d’innombrables autres incidents sécuritaires, déclare que Netanyahu est un escroc et qu’il doit démissionner suite à l’enquête ouverte pour corruption dans le cadre de contrats passés avec l’Allemagne pour l’achat de sous-marins – une enquête dans laquelle les deux principaux conseillers juridiques de Netanyahu, David Shimron et Yitzhak Molcho, sont soupçonnés.

Le ministre de la Défense Moshe Ya’alon, à gauche, s’entretient avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du cabinet ministériel le 10 août 2014 (Haim Zach / GPO / Flash90)

« Il est impossible que le Premier ministre ne soit pas impliqué », explique Yaalon. Et si la vérité n’est pas révélée, il fait vœu de « faire une tournée de conférences pour tout dévoiler ».

Ehud Barak aussi, l’un des éminents prédécesseurs de Yaalon – à la fois en tant que chef d’état-major et ministre de la Défense – et qui a longtemps servi avec Netanyahu, l’a laissé tomber et a catalogué ses échecs.

Dans un éditorial du New York Times, Barak a accusé le gouvernement de Netanyahu de ne pas respecter la primauté du droit et a affirmé qu’il avait « déclaré la guerre » aux tribunaux, aux médias, à la société civile et aux codes de déontologie de l’armée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre de la Défense Ehud Barak, le 14 novembre 2012, premier jour de l’opération Pilier de défense à Gaza (Kobi Gideon / GPO / Flash90)

« Après toutes les grandes réalisations d’Israël durant ses sept décennies d’existence en tant qu’État, notre pays voit maintenant son avenir, son identité et sa sécurité sévèrement menacés par les caprices et les illusions du gouvernement ultra-nationaliste du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré Barak. Durant plus de trois ans au pouvoir, ce gouvernement a été irrationnel, à la limite du messianisme. La direction qu’il prend est maintenant de plus en plus claire [et consiste en] l’annexion rampante de la Cisjordanie. »

Barak accuse également Netanyahu d’avoir capitulé face aux membres ultra-orthodoxes de sa coalition et d’avoir sérieusement endommagé « les relations cruciales d’Israël avec les Juifs américains ».

Benjamin Netanyahu, leader du Likoud, s’entretient avec Gideon Sa’ar lors de la réunion du parti à la Knesset le 2 mars 2009 (Miriam Alster / FLASH90)

Si certaines d’entre elles ont pris des pincettes, d’autres personnalités politiques en ont rajouté encore un peu plus.

Gideon Saar, membre du Likud, ancien ministre de l’Education sous Netanyahu, qui s’est retiré de la politique pour pouvoir passer plus de temps avec sa famille, a déclaré qu’il se sentait « mal à l’aise » face à une affaire de corruption impliquant Netanyahu – celle concernant un prétendu accord avec le quotidien Yedioth Ahronoth dans le but d’obtenir une couverture médiatique plus favorable. S’il affirme avoir le souhait de devenir Premier ministre, il explique s’être abstenu de contester directement jusqu’alors le chef de son parti.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la signature d’un accord pour la construction de milliers de nouveaux appartements à Beit Shemesh, le 3 avril 2017 (Hadas Parush / Flash90)

Moshe Kahlon, ancien haut responsable du Likud, a quant à lui choisi de créer son propre parti (Koulanou) en 2014 plutôt que de se confronter directement au sein du Likud à Netanyahu, deuxième Premier ministre israélien à rester le plus longtemps en poste. Il exerce dans l’actuel gouvernement la fonction de ministre des Finances.

Benny Gantz et Gabi Ashkenazi, deux autres anciens chefs d’état-major, sont ceux qui sont le plus modérés. Ils se sont éloignés de la politique des partis pour instituer à la place un « mouvement social » qui vise à « mettre fin aux divisions, à la provocation et à la haine sans fondement ».

Lors du lancement de leur mouvement, accompagnés de Shai Piron, un autre ancien ministre de l’Éducation sous Netanyahu, ils n’ont même pas mentionné le nom de leur Premier ministre. Il faut dire qu’ils n’en avaient vraiment pas besoin.

Le maire d’Akko Shimon Lankri, l’ancien chef d’État major Gabi Ashkenazi (2ème à partir de la gauche), Shlomo Dovrat, l’ancien chef d’État major Benny Gantz et l’ancien ministre de l’Éducation Shay Piron à une conférence de presse pour le lancement de « Pnima », à Lod, le 3 avril 2017 (Tomer Neuberg/FLASH90)

L’avalanche de critiques et de condamnations de la part d’éventuels futurs successeurs du Premier ministre actuel n’est pas ce qui est le plus stupéfiant. Le plus incroyable : si tous insistent sur le fait que Netanyahu doit partir urgemment – cela ni plus ni moins pour le bien-être d’Israël –, tous semblent bien incapables de faire le premier pas afin d’avancer efficacement vers cet impératif national apparent.

Peu importe la gravité du danger présumé, ils refusent de s’unir pour le vaincre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu débattant avec le chef Union sioniste Isaac Herzog qui se trouve dans le studio de la Deuxième chaîne, le 14 mars 2015. (Crédit : informations de la Deuxième chaîne)

Même parmi les plus grands soutiens d’Isaac Herzog, peu oseraient affirmer qu’ils voyaient en lui le meilleur chef de l’opposition à même d’affronter Netanyahu.

Pourtant, le président de l’Union sioniste, peu suivi dans sa campagne de 2015, confronté à un Netanyahu plus expérimenté, handicapé par certains au sein de son propre camp et luttant contre le journal le plus lu du pays, a réussi – allié avec Hatnuah, le parti de Tzipi Livni – à gagner 24 sièges à la Knesset.

Dans le même temps, le Likud de Netanyahu voyait son nombre de sièges descendre à 30. Il serait faux de prétendre qu’Herzog a été à ça près de remporter les élections, mais il a néanmoins donné à Netanyahu bien du fil à retordre. Et nous ne saurons jamais comment ces élections se seraient déroulées si Kahlon et Lapid avaient mis leurs egos de côté et accepté de former une coalition.

Près de deux ans plus tard, certains politiques critiques de Netanyahu voudraient nous faire croire que le destin même de notre pays est en jeu, que nous nous trouvons profondément menacés à la fois chez nous et à l’extérieur. Et pourtant, les egos dominent toujours. Gabbay et Lapid ne cessent de se lancer des piques. Tout en affirmant qu’il n’y a personne de mieux qualifié que lui pour nous conduire au salut, Barak se contente d’émettre ses critiques depuis le banc de touche.

Sondage après sondage, Yaalon, peu charismatique, ne parvient pas à franchir le seuil suffisant pour remporter des sièges à la Knesset. Pourtant, il insiste pour diriger son propre mouvement politique plutôt que de rejoindre celui d’un d’autre.

Les Israéliens prennent part à une manifestation contre la corruption gouvernementale et contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 2 décembre 2017 à Tel Aviv (AFP / Oren Ziv)

Des dizaines de milliers d’Israéliens ont récemment manifesté leur sentiment que la corruption prenait de plus en plus d’ampleur sous Netanyahu – cela avant même que le chef de la coalition, David Bitan, ne soit interpellé et interrogé plusieurs heures ce dimanche.

Bien entendu, un nombre encore plus important d’Israéliens souhaiteraient voir un autre Premier ministre au pouvoir. Si Netanyahu reste, sondage après sondage, de loin l’homme politique le plus populaire avec une cote située entre 26 et 31 %, il n’est pas le favori pour plus des deux tiers de la population.

Ainsi, cela semble suggérer que de nombreux Israéliens cherchent – jusqu’ici en vain – des alternatives crédibles. Compte tenu de la gravité de la situation, les nombreux politiciens qui souhaitent remplacer Netanyahu pourraient mettre de côté leurs différences idéologiques relativement marginales et s’unir afin d’unifier le pays au lieu de continuer à se plaindre des dommages que le Premier ministre a causé, cause et causera si personne ne l’arrête. Cela leur donnerait sans aucun doute une certaine crédibilité.

En 1999, après trois années relativement exemptes d’actes terroristes, l’opinion israélienne a prouvé qu’elle était prête à évincer Netanyahu, en partie parce qu’elle avait le sentiment que le Premier ministre manquait des occasions de paix.

Près de deux décennies plus tard, les critiques voudraient nous faire croire que nous sommes confrontés à une situation bien plus dangereuse. Mais, comme tous leurs propres sondages doivent le leur prouver, leur approche égoïste continue à laisser de marbre une large partie de l’opinion.

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