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Une société israélienne a influencé des dizaines d’élections, selon Forbidden Stories

Le collectif de journalistes d'investigation révèle les dessous d'une entreprise clandestine, spécialisée dans la manipulation électorale notamment par les réseaux sociaux

Illustration : Piratage informatique. (Crédit : iStock)
Illustration : Piratage informatique. (Crédit : iStock)

Une entreprise clandestine israélienne, spécialisée dans la manipulation électorale notamment par les réseaux sociaux, a été recrutée pour influencer des dizaines d’élections dans le monde, particulièrement en Afrique, selon le collectif de journalistes d’investigation Forbidden Stories.

La société, sans existence légale, surnommée « Team Jorge » par les journalistes, en raison du pseudonyme d’un de ses responsables, Tal Hanan, est composée d’anciens membres des services sécuritaires israéliens selon les révélations du collectif mercredi.

Trois de ses membres, un journaliste de Radio France, un du quotidien israélien Haaretz et un autre du journal israélien The Marker, se sont fait passer pour des clients potentiels pour recueillir pendant plusieurs mois des informations sur la « Team Jorge ».

« Nous sommes intervenus dans 33 campagnes électorales au niveau présidentiel », a déclaré Jorge à ses faux clients, selon le site de Radio France.

Sur ces 33 campagnes, leur a précisé un autre responsable non identifié, « les deux tiers d’entre elles (ont eu lieu) en Afrique anglophone et francophone. 27 ont été un succès ».

En Europe, la société serait intervenue dans le référendum, non reconnu par le gouvernement espagnol, organisé par les indépendantistes catalans en 2014, selon le site de Radio France.

En Afrique, « nous pouvons confirmer qu’au cours de l’été 2022, alors que l’élection présidentielle kényane approchait, Jorge s’est intéressé aux comptes de proches du futur président William Ruto », Dennis Itumbi et Davis Chirchir, membres de son équipe de campagne, selon le site Forbidden Stories.

Pour ses activités, la société a notamment développé « depuis six ans une plateforme numérique », AIMS (Advanced Impact Media Solutions en anglais, soit « solutions avancées pour un impact médiatique »), qui lui permet de créer à volonté des faux comptes sur les réseaux sociaux, mais aussi et surtout de les activer, de les animer pour leur donner un vernis d’existence, explique le collectif.

« Début janvier 2023, le système exploitait 39 213 faux profils différents, consultables dans une sorte de catalogue. On y trouve des avatars de toutes ethnies et nationalités, de tous genres, célibataires ou en couple… Leurs visages sont des portraits de vraies personnes piochées sur Internet, et leurs patronymes, la combinaison de milliers de noms et de prénoms stockés dans une base de données », selon le site de Radio France.

D’après cette source, l’entreprise recourt aussi à l’espionnage de personnages clés, notamment en les plaçant sur écoute, et à des actions d’influence, de lobbying auprès de décideurs ou de journalistes.

Forbidden Stories (« histoires interdites ») est un réseau de journalistes d’investigation créé en 2017 et basé en France. Il s’est donné pour mission de poursuivre le travail d’autres journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés.

Domaine public.

BFMTV

L’affaire visant un présentateur de la chaîne française BFMTV, Rachid M’Barki, mis en cause pour des sujets ayant subi une influence extérieure, est liée à cette vaste entreprise de désinformation pilotée par une officine israélienne.

« Il n’y a pas de doute que BFM est victime dans cette histoire, quand l’un des nôtres court-circuite la chaîne hiérarchique, ça pose problème », a réagi mercredi le directeur général de la chaîne info, Marc-Olivier Fogiel, sur France Inter, après avoir diligenté une enquête interne et suspendu le journaliste de 54 ans.

Les journalistes d’investigation ont pu rencontrer un responsable de l’officine en Israël.

Il leur a affirmé, démonstration à l’appui, pouvoir créer automatiquement de faux comptes en ligne, générer automatiquement du contenu sur les réseaux sociaux ou pirater des emails ou des comptes Telegram, pour influencer des campagnes électorales notamment.

Dans le cas de M. M’Barki sur BFMTV, les brèves diffusées à l’antenne avaient trait aux oligarques russes, au Qatar, au Soudan, au Cameroun, ou encore au Sahara occidental et auraient été « fournies clés en main pour le compte de clients étrangers », selon le consortium d’investigation.

La première chaîne d’information en continu de France avait ouvert en janvier une enquête interne en raison de soupçons visant Rachid M’Barki.

Selon M. Fogiel, le présentateur « s’arrangeait pour demander (des) images en dernière minute » pour illustrer des brèves, « une fois que le rédacteur en chef était pris sur une autre tranche et avait validé l’ensemble de son journal ».

Interrogé en janvier par le site Politico, M. M’Barki avait admis avoir « utilisé des infos qui (lui) venaient d’informateurs » et qui n’ont « pas forcément suivi le cursus habituel de la rédaction ».

« Elles étaient toutes réelles et vérifiées (…) Je n’écarte rien, peut-être que je me suis fait avoir, je n’avais pas l’impression que c’était le cas ou que je participais à une opération de je ne sais quoi sinon je ne l’aurais pas fait », poursuivait-il.

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