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Spielberg : « Nous pourrions encore devoir à nous battre pour le droit à être Juif »

Le cinéaste déplore la flambée de l'antisémitisme sur les campus depuis le 7 octobre ; les Juifs peuvent "enrager contre les actes des terroristes et déplorer la mort des civils palestiniens"

Steven Spielberg lors d'une cérémonie à l'Université sud-Californie à Los Angeles, le 25 mars 2024. (Crédit : USC/Sean Dube)
Steven Spielberg lors d'une cérémonie à l'Université sud-Californie à Los Angeles, le 25 mars 2024. (Crédit : USC/Sean Dube)

Steven Spielberg a averti, lundi, que « la machine de l’extrémisme » était utilisée sur les campus des universités et il a déploré les morts en Israël et à Gaza alors qu’il était distingué pour son travail de commémoration de la Shoah lors d’une cérémonie organisée à l’Université du sud de la Californie (USC).

Le célèbre cinéaste juif a pris la parole lors d’une cérémonie au cours de laquelle l’USC a remis sa prestigieuse médaille universitaire aux 56 000 survivants de la Shoah qui ont apporté leur témoignage à la USC Shoah Foundation, que Spielberg a fondée il y a trois décennies. Trente de ces survivants étaient présents à la cérémonie. Le texte accompagnant les distinctions fait également part de « l’immense gratitude » de l’établissement d’enseignement supérieur à l’égard de Spielberg et de son épouse, Kate Capshaw.

Dans son discours, Spielberg a déploré les chiffres qui témoignent d’un antisémitisme effréné qui s’est répandu sur les campus américains. Il a aussi condamné les autres formes de haine, notamment le racisme anti-arabe, l’islamophobie et les discriminations visant les membres de la communauté sikh.

« Nous pouvons voir chaque jour qui passe la manière dont la machinerie de l’extrémisme est utilisée sur les campus universitaires », a commenté Spielberg. Il a ultérieurement déclaré que « ceux qui ne parviennent pas à garder le souvenir du passé sont condamnés à le voir se répéter ». « Et je suis de plus en plus alarmé à l’idée que nous puissions être condamnés à voir l’Histoire se répéter, je suis alarmé à l’idée que nous puissions devoir, encore une fois, nous battre pour avoir le simple droit d’être Juifs. »

Il a ajouté que « la création de l’Autre et la déshumanisation d’un groupe sur la base de sa différence est au fondement du fascisme ».

Les groupes de veille juifs et la police ont signalé une hausse dramatique de l’antisémitisme depuis que la guerre a éclaté à Gaza, une guerre qui a débuté par le massacre commis par les terroristes palestiniens du Hamas, le 7 octobre 2023. Récemment, en plus de son travail de mémoire consacré à la Shoah, la Shoah Foundation a aussi entrepris de recueillir les témoignages des survivants du 7 octobre. Une attaque « horrible », a déploré Spielberg.

La « médaille » de l’Université du sud de la Californie, qui a été donné aux survivants de la Shoah et à l’USC Shoah Foundation, le 25 mars 2024. (Crédit : Sean Dube/USC)

« Face aux brutalités et aux persécutions, nous avons toujours été un peuple résilient, compatissant, comprenant le pouvoir de l’empathie », a poursuivi Spielberg. « Nous pouvons enrager contre les actes de haine qui ont été commis par les terroristes, le 7 octobre, et nous pouvons en même temps déplorer la mort de femmes et d’enfants innocents à Gaza. Ce qui fait de nous une force unique de Bien dans ce monde et c’est la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui. »

Lors de l’assaut barbare du 7 octobre, environ 3 000 terroristes avaient franchi la frontière par voie terrestre, maritime et aérienne, tuant 1 200 personnes, des civils en majorité, et se livrant à des atrocités et à des violences sexuelles à grande échelle. Les terroristes armés avaient aussi enlevé 253 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza.

Spielberg avait créé la Shoah Foundation après avoir réalisé en 1993 « La Liste de Schindler », son film sur la Shoah oscarisé. Une partie de son discours prononcé lundi a recoupé l’allocution controversée qui avait été prononcée par Jonathan Glazer, scénariste et réalisateur d’un autre film tourné à Auschwitz et lui aussi très applaudi, « La Zone d’intérêt », sorti l’année dernière.

Alors qu’il acceptait l’Oscar du meilleur film étranger, au début du mois, Glazer avait lui aussi fustigé « la déshumanisation » et il avait déploré « les victimes du 7 octobre en Israël et l’attaque actuellement en cours à Gaza ».

Jonathan Glazer pose avec le prix du meilleur film international pour « The Zone of Interest » dans la salle de presse des Oscars, au Dolby Theatre de Los Angeles, le 10 mars 2024. (Crédit : Jordan Strauss/Invision/AP)

Toutefois, la suite du discours avait suscité la controverse. Glazer avait indiqué « qu’aujourd’hui, nous sommes là en tant qu’hommes qui refusons que leur judaïsme et la Shoah soient pris en otages par une occupation qui n’a mené qu’au conflit pour un si grand nombre d’innocents ». Des personnalités et des groupes juifs et pro-Israël avaient condamné ce discours, d’autres défendant les propos tenus par le réalisateur.

Aucune controverse similaire n’a eu lieu lundi à l’USC, qui accueille la Shoah Foundation depuis 2006. Spielberg a noté que le travail de la fondation avait encore gagné en importance depuis le 7 octobre.

« Ils sont déterminants s’agissant de mettre un terme aux violences politiques qui sont causées par la désinformation, par les théories du complot et par l’ignorance », a déclaré Spielberg, évoquant les efforts livrés par la Shoah Fondation. « Ce travail est crucial parce que mettre un terme à la recrudescence de l’antisémitisme et à l’essor des haines, quelles qu’elles soient, est essentiel pour l’état de notre république démocratique et pour l’avenir de la démocratie dans tout le monde civilisé. »

Spielberg a ajouté que lors d’une récente rencontre entre survivants, une femme « a partagé ce que souhaitent, je le sais, un grand nombre de personnes parmi nous : que ceux qui sont actuellement détenus en otage dans la bande de Gaza soient protégés et il faut que nous gardions l’espoir qu’ils puissent retourner chez eux ».

Celina Biniaz, survivante de la Shoah, que Spielberg a présentée lors de la cérémonie, a été sauvée par Oskar Schindler, dont la vie est racontée dans « La liste de Schindler ». Biniaz a déclaré qu’elle n’avait pas parlé de son expérience de la Shoah – ni même avec ses propres enfants – jusqu’à ce que le film la pousse à le faire.

« Oskar Schindler a sauvé ma vie en ajoutant mon nom et celui de mes parents à la liste des travailleurs qui devaient être protégés de la déportation nazie », a déclaré Biniaz, qui a survécu à Auschwitz, lors de son intervention. « Et cinquante ans plus tard, toi, Steven, tu as consigné ma vie en me rendant ma voix. »

Outre Spielberg et Biniaz, les participants ont entendu Carol Folt, présidente de l’USC, et des dirigeants de la Shoah Foundation. Le programme s’est terminé par une conversation entre un étudiant athlète de l’USC et Shaul Ladany, survivant de la Shoah et du massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972. Le film « Munich », réalisé par Spielberg en 2005, porte sur la réaction d’Israël à ce massacre.

Le prix « vise à honorer ceux qui ont apporté une contribution exceptionnelle à l’USC, à la société et à l’humanité », a déclaré Folt dans son discours. « Les 56 000 témoignages de survivants de la Shoah constituent l’une des plus grandes contributions à l’humanité. »

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