Stephen Hawking, pro-BDS, meurt à l’âge de 76 ans
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Stephen Hawking, pro-BDS, meurt à l’âge de 76 ans

En 2013, le scientifique britannique avait suscité la colère en Israël pour sa décision de rejoindre le boycott universitaire de l'Etat juif

Le scientifique britannique Stephen Hawking lors d'une conférence donnée à des élèves israéliens au musée de la Science Bloomfield à Jérusalem le 10 décembre 2006 (Crédit : : Orel Cohen/Flash90)
Le scientifique britannique Stephen Hawking lors d'une conférence donnée à des élèves israéliens au musée de la Science Bloomfield à Jérusalem le 10 décembre 2006 (Crédit : : Orel Cohen/Flash90)

Le célèbre astrophysicien britannique Stephen Hawking est mort mercredi à l’âge de 76 ans à son domicile à Cambridge, au nord de Londres, ont annoncé ses enfants.

Son génie scientifique et son handicap physique caractéristique avaient fait de lui une personnalité mondialement connue.

Stephen Hawking, qui avait publié en 1988 « Une brève histoire du temps », avait consacré sa vie à décrypter les secrets de l’univers.

Il s’est éteint paisiblement dans les premières heures de mercredi.

« Nous sommes profondément attristés par la mort aujourd’hui de notre père adoré », ont déclaré ses enfants, Lucy, Robert et Tim, dans un communiqué publié par l’agence britannique Press Association.

« C’était un grand scientifique et un homme extraordinaire dont l’oeuvre et l’héritage vivront encore de nombreuses années », ont-ils écrit.

Stephen Hawking avait défié les prédictions selon lesquelles il n’avait que quelques années à vivre après avoir développé très jeune, en 1964, une maladie neurodégénérative paralysante, la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou maladie de Charcot.

La maladie l’avait progressivement privé de mobilité et confiné à un fauteuil roulant, presque complètement paralysé et incapable de parler sauf à travers son emblématique synthétiseur vocal.

Il avait écrit au sujet de sa maladie : « On me demande souvent ce que je ressens face à ma SLA ? La réponse est : « Pas grand-chose ».

« Son courage et sa ténacité, son génie et son humour, ont inspiré des gens à travers le monde », ont souligné ses enfants.

« Il avait déclaré un jour ‘Cet Univers ne serait pas grand-chose s’il n’abritait pas les gens qu’on aime’. Il nous manquera toujours ».

Les hommages de la communauté scientifique se sont multipliés à l’annonce de son décès.

« Le professeur Hawking était un être unique, dont on se souviendra avec affection non seulement à Cambridge, mais dans le monde entier », a affirmé Stephen Toope, le vice-président de l’Université de Cambridge, où Stephen Hawking avait étudié et travaillait.

« Son exceptionnelle contribution au savoir scientifique, aux mathématiques et à la vulgarisation laisse une contribution indélébile ».

Sur Twitter, la Nasa a salué « un physicien de renom et un ambassadeur de la science ». « Ses découvertes ont ouvert un univers de possibilités que nous et le monde continuons à explorer », a déclaré l’agence spatiale américaine.

L’astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson a également salué sa mémoire. « Sa mort laisse un vide intellectuel. Mais ce n’est pas du vide, voyez-le plutôt comme une sorte d’énergie imprégnant l’espace-temps, qui défie la mesure », a-t-il écrit.

Le secrétaire d’État britannique aux anciens combattants, Tobias Ellwood, a déclaré que Stephen Hawking était « une inspiration pour nous tous, quelle que soit notre situation, pour atteindre les étoiles ». « Il a tiré les rideaux pour nous donner un aperçu du tout : de l’Univers et du pouvoir de l’esprit humain », a commenté la secrétaire d’État au développement, Penny Mordaunt.

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a estimé que le chercheur britannique avait « rendu le monde meilleur ».

Un géant de la science

Né le 8 janvier 1942, Stephen William Hawking est l’un des scientifiques les plus renommés du monde, et on le compare à Albert Einstein ou à Isaac Newton.

Stephen Hawking (Crédit: CC-BY elhombredenegro/Flickr)

Son travail s’est concentré sur le rapprochement de la théorie de la relativité et de la théorie des quantas pour tenter d’expliquer la création de l’Univers et son fonctionnement.

En 1974, il est devenu, à l’âge de 32 ans, l’un des plus jeunes membres de la Royal Society, la plus prestigieuse institution scientifique de Grande-Bretagne.

En 1979, Hawking a été nommé professeur de mathématiques – un poste qu’avait occupé Newton – à l’Université de Cambridge, pour laquelle il avait quitté l’Université d’Oxford afin d’étudier l’astronomie théorique et la cosmologie.

Dans ce corps distordu par la maladie résidait un esprit extrêmement brillant, fasciné par l’essence de l’Univers, par son processus de formation et par la manière dont il pourrait finir.

« Mon objectif est simple », a-t-il dit un jour. « C’est la compréhension totale de l’Univers », « comprendre pourquoi il est comme il est et pourquoi il existe ».

Hawking avait finalement testé lui-même la théorie de la gravitation de Newton lorsque, à l’âge de 65 ans, il avait fait un voyage en apesanteur aux Etats-Unis en prélude à un voyage spatial sub-orbital espéré.

Comme on pouvait s’y attendre, il n’avait pas considéré ce voyage comme un simple cadeau d’anniversaire.

En effet, il voulait montrer que le handicap n’empêchait pas les accomplissements et n’a cessé d’encourager la recherche spatiale qui, selon lui, était l’aboutissement de la destinée humaine.

« Je pense que la race humaine n’a aucun avenir si elle ne va pas dans l’espace », avait-il dit.

Le scientifique britannique Stephen Hawking lors d’une conférence de presse à Londres, le 20 juillet 2015 (Crédit : AFP photo/Niklas Halle’n)

« Je pense que la vie sur terre est soumise à un risque de plus en plus important d’être éradiquée par une catastrophe, que ce soit un réchauffement climatique mondial soudain, une guerre nucléaire, un virus génétiquement modifié ou autre danger ».

Il avait expliqué plus récemment que l’intelligence artificielle (IA) pouvait contribuer à l’éradication de la maladie et de la pauvreté, tout en mettant en garde contre ses dangers potentiels.

« En résumé, la réussite de la création de l’intelligence artificielle pourrait être le plus grand événement dans l’histoire de notre civilisation », avait-il affirmé.

« Aux côtés des bénéfices tirés, l’IA apportera également son lot de dangers, comme des armes autonomes puissantes ou de nouveaux moyens offerts à une minorité pour opprimer une majorité », avait dit Hawking en 2016, lors de l’ouverture d’un nouveau centre de recherche sur l’intelligence artificielle à l’université de Cambridge.

Pop culture et politique

Le génie de Hawking lui avait valu une renommée mondiale et il était connu comme étant un communiquant spirituel qui se consacrait à vulgariser la science en faveur du plus grand nombre.

Son livre écrit en 1998 « Une brève histoire du temps » cherchait à expliquer aux non-scientifiques les théories fondamentales de l’univers. L’ouvrage était devenu un best-seller international, acclamé dans le monde entier.

Il avait ensuite publié en 2001 « L’Univers dans une coquille de noix ».

Le professeur Stephen Hawking pendant une visite à Cape Finisterre, à environ 90 kilomètres de Santiago au nord-ouest de l’Espagne, le 25 septembre 2008 (Crédit : / AFP PHOTO / Miguel RIOPA

En 2007, Hawking avait écrit un livre pour enfants, « George et les secrets de l’univers » avec sa fille, Lucy, qui tentait d’expliquer le fonctionnement du système solaire, des astéroïdes, revenant sur le trou noir et les autres corps célestes.

Hawking s’était également manifesté dans la culture populaire, avec de brèves apparitions dans Star Trek : La prochaine génération » et « Les Simpsons ». Sa voix était apparue dans des chansons de Pink Floyd.

Au-delà du débat scientifique, Hawking s’était également impliqué en politique, qualifiant Donald Trump de « démagogue qui semble en appeler au plus petit dénominateur commun » en amont de son élection à la présidence américaine.

Hawking avait également mis en garde le Royaume-Uni avant le référendum du Brexit en 2016 contre le retrait de l’Union européenne : « Les jours où nous pouvions nous dresser contre le monde sont terminés ».

En 2013, Hawking avait suscité la colère en Israël pour sa décision de rejoindre le boycott universitaire de l’Etat juif, annulant sa participation à une conférence organisée à Jérusalem parrainée par le président d’alors Shimon Peres.

« J’ai accepté l’invitation à la conférence présidentielle parce que j’avais non seulement l’intention d’exprimer mon opinion sur les perspectives d’un accord de paix, mais également parce que cela m’aurait permis de faire une conférence sur la Cisjordanie », avait écrit Hawking à l’époque dans un courrier.

« Malgré tout, j’ai reçu un certain nombre de courriels de la part d’universitaires palestiniens. Ils sont unanimes à me dire que je devrais respecter le boycott. Au vu de cela, je dois me retirer de la conférence. Si j’étais venu, j’aurais fait part de mon opinion qui est que la politique actuelle du gouvernement israélien risque probablement de mener au désastre », avait-il écrit.

Daniel Taub, ambassadeur israélien à Londres à ce moment-là, avait qualifié cette décision de « grande honte ».

Vivre intensément ‘chaque minute’

Hawking avait épousé en premières noces Jane Wilde en 1965 et avait eu trois enfants. Le couple s’était séparé après 25 ans de mariage et il s’était remarié avec son infirmière, Elaine Mason, une union qui avait rapidement pris fin dans un cadre d’accusations de violences, qu’il avait rejeté.

Le scientifique britannique Stephen Hawking lors d’une conférence avec des lycéens israéliens à Jérusalem, au mois de décembre 2006 (Crédit : Orel Cohen/Flash90)

L’histoire d’amour entre Hawking et Wilde avait été racontée dans un film sorti en 2014 et intitulé « Une merveilleuse histoire du temps », qui avait valu à l’acteur britannique Eddie Redmayne un Oscar pour son interprétation du scientifique.

Ce triomphe aux Oscars avait été célébré par Hawking, qui aurait dit qu’en regardant le film, il avait eu l’impression, à certains moments, de se voir lui-même.

Il a également été le sujet d’un documentaire en 2013, « Hawking », dans lequel il réfléchissait sur sa vie : « Parce que chaque jour peut-être le dernier, j’ai le désir de vivre le plus intensément possible chaque minute qui passe ».

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