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Interview

Subtilités et merveilles de l’Israël préhistorique dans un nouveau livre captivant

« They Were Here Before Us » évoque des décennies de travaux universitaires et lève le voile sur le monde fascinant de l'humanité primitive

Le Prof. Ran Barkai avec un outil préhistorique en pierre à la main, dans son bureau de l’Université de Tel Aviv, le 28 février 2024. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)
Le Prof. Ran Barkai avec un outil préhistorique en pierre à la main, dans son bureau de l’Université de Tel Aviv, le 28 février 2024. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)

La Terre d’Israël a été habitée bien avant la venue des peuples dont l’histoire est rapportée dans la Bible.

Un excellent – et récent – ouvrage, « They were here before us [NDLT : Ils étaient là avant nous] », montre de quelle manière l’histoire des humains de la préhistoire dans ce qui est l’Israël d’aujourd’hui résonne à nos oreilles et fait sens à l’époque moderne.

Écrit par le professeur d’archéologie de l’Université de Tel Aviv Ran Barkaï et son étudiant Eyal Halfon, cinéaste primé, « They Were Here Before Us », évoque des décennies de recherche, de travaux sur le terrain et de conférences en un peu moins de 200 pages concises et bien écrites.

Publié dès 2021 en hébreu, l’ouvrage paraît cette fois en anglais aux éditions Watkins Publishing, au Royaume-Uni.

Axé sur 10 sites archéologiques de Terre Sainte, le livre évoque une pluralité de sujets, à commencer par les Néandertaliens et les humains modernes, la méga-faune et ce qui s’est passé lorsqu’elle s’est éteinte, le développement de l’agriculture et de la métallurgie, les structures mégalithiques, la société humaine primitive et plus encore.

« Cet endroit est très spécial sur le plan de la préhistoire et de l’histoire ancienne de la race humaine », explique le professeur Barkaï au Times of Israël depuis son bureau de l’université, encombré d’outils préhistoriques en pierre.

Israël était « un corridor entre les continents. Un grand nombre de choses se sont passées ici. C’était un endroit rêvé, un vrai paradis. Les gens vivent ici depuis 1,5 million d’années au moins, ce qui fait que cet endroit est une mémoire de l’histoire de l’humanité sous tous les plans », explique Barkaï.

Collection d’outils préhistoriques en pierre du professeur Ran Barkai, dans son bureau de l’Université de Tel Aviv, le 28 février 2024. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israël)

Lorsque l’archéologie s’est développée à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, « l’endroit a fait l’objet de toutes les attentions… C’est ici que l’étude de la préhistoire a commencé avec les Anglais et les Français : ils ont bien vite réalisé que c’était l’endroit où il fallait être pour faire des recherches en dehors de l’Europe », explique Barkaï. « La recherche archéologique dans cette zone est sans commune mesure avec ce qui a pu se passer dans le reste du monde. »

C’est ce que montre « They were here before us », dont les auteurs présentent non seulement un aperçu de la recherche et des découvertes préhistoriques, mais expliquent également avec beaucoup d’intelligence de quelle manière les découvertes ont été faites et par qui. Parmi les personnages les plus intéressants, on citera Amos Frumkin, le professeur de géologie de l’Université hébraïque qui, en 2000, est tombé sur la désormais célèbre grotte de Qesem, très important site paléolithique dont la voûte s’est effondrée lors de la construction de l’autoroute 5.

La Terre Sainte est « un tout petit bout de terre très densément peuplé dès l’aube de l’humanité, et encore aujourd’hui », explique Barkaï. Des découvertes telles que la grotte de Qesem peuvent « se produire tout le temps. Un peu comme à Rome, mais dans une plus grande mesure encore. Le territoire entier fourmille de sites antiques. »

L’entrée de la grotte de Qesem le long de l’autoroute 5 dans le centre d’Israël. (Avec l’aimable autorisation de Watkins Publishing)

Sans doute qu’un très grand nombre de sites préhistoriques existe dans d’autres régions du Levant, au Liban, en Syrie et en Jordanie, mais pour des raisons historiques, il n’y a « pas de tradition de recherche comme ici », explique-t-il.

Les Néandertaliens : des frères d’une autre mère

Les Néandertaliens, qui utilisaient des outils et avaient probablement une culture et une langue sophistiquées, ont coexisté avec les premiers humains pendant des milliers d’années. Les premières rencontres entre ces deux espèces apparentées ont probablement eu lieu en Israël, explique Barkaï, sujet qu’il aborde dans les tout premiers chapitres de son livre.

« Je pense que les Néandertaliens étaient très semblables à nous, un peu comme des cousins, des gens de la famille. J’ai une haute opinion des Néandertaliens, à l’encontre de la conception populaire qui les considère comme des brutes ignorantes. Je pense qu’ils ont eu beaucoup de succès et qu’ils nous ressemblaient beaucoup, qu’ils étaient finalement assez peu différents », ajoute-t-il.

« Ils avaient bien compris comment fonctionnait le monde. C’est ce que nous appelons aujourd’hui ‘la connaissance écologique ancienne’. Elle n’était pas fondée sur des études universitaires, mais sur l’expérience et les connaissances transmises d’une génération à l’autre. Ces hommes se sont éteints ou se sont assimilés à l’homme moderne. Comment et pourquoi, nous l’ignorons. Ils ont prospéré pendant 400 000 ans : pour moi, c’est une partie réussie de la préhistoire humaine.

Selon Barkaï, les Néandertaliens se sont éteints parce qu’ils étaient bien adaptés aux conditions arctiques et spécialisés dans la chasse aux mammouths, et que, lorsque les conditions ont changé et que l’ère glaciaire s’est terminée, ils n’ont pas pu s’adapter. A peu près à la même époque, les premiers homo sapiens sortaient d’Afrique pour aller vers l’Est en passant par Israël.

Couverture de « There Were Here Before Us », Watkins Publishing, 2024.

Dans « They Were Here Before Us » et dans un article récent, Barkaï émet l’hypothèse que l’extinction des mammouths et d’autres représentant de la méga faune a forcé les premiers humains à développer de nouvelles stratégies de chasse pour des proies plus petites, ce qui a conduit au développement technologique et social et, finalement, au développement de l’agriculture.

« Nous montrons que la taille des animaux chassés par les humains a considérablement diminué jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien, ce qui selon nous est le principal motif du développement de l’agriculture », explique Barkaï.

La terre des perdus

Les auteurs présentent une image saisissante de la zone à l’époque préhistorique : une terre luxuriante et généreuse, pleine de ressources et de vie, dans laquelle les troupeaux de mammouths et d’hippopotames côtoyaient les meutes de hyènes et de grands prédateurs. Cette terre a été explorée et finalement apprivoisée par l’humanité.

L’ouvrage s’efforce par ailleurs de comprendre ces premiers humains, en se plongeant notamment dans le chamanisme, les systèmes de croyance, l’organisation sociale ou l’utilisation précoce du langage en suivant des indices physiques laissés il y a fort longtemps.

Ces humains étaient grandement « comme nous. Il n’y a pas de différence », souligne Barkaï, certain qu’ils avaient une spiritualité, une langue et une société complexes.

Parmi les nombreux indices qui étayent ses dires, il y a notamment la découverte d’un os d’aile de cygne attestant que des plumes en ont été arrachées, signe de leur utilisation à des fin rituelles ou de décoration, ou encore la construction, plus tardive, de structures mégalithiques sans fonction pratique aisément interprétable, comme le cercle de pierres de Rujm el-Hiri, dans le Golan, avec sa mystérieuse, Chambre centrale.

Passage vers la chambre intérieure, au centre des cercles de pierres mégalithiques de Rujm el-Hiri, dans le Golan. (Avec l’aimable autorisation de Watkins Publishing)

Pour Barkaï, la recherche et l’étude des hommes préhistoriques et de leur monde a une application directe dans le temps présent.

« Je pense que le secret de la survie et de la prospérité de l’humanité, pendant plus de 1,5 million d’années, a été le comportement respectueux envers le monde et les autres humains. Ils traitaient tout de la même manière, ne gaspillaient rien, savaient qu’ils avaient un impact sur le monde. Ils étaient préoccupés par cela. »

Il rappelle que l’introduction de l’agriculture a ouvert la voie à des sociétés plus hiérarchisées et requis davantage d’efforts, car les premiers chasseurs-cueilleurs humains travaillaient beaucoup moins pour leur subsistance que les premiers agriculteurs ou les humains modernes.

Contrairement à la pensée populaire, on trouve très peu de preuves, dans les premières sociétés humaines, « d’un grand nombre de morts par violence. Ils mouraient plutôt en bonne santé. Ils ont réussi à survivre et prospérer pendant des centaines de milliers d’années, dans un monde qui n’était pas facile. »

« Ils se sont trompés, apparemment. Et nous nous trompons. Il y a donc là une leçon à tirer », conclut Barkaï.

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