Syrie: sommet tripartite à Téhéran pour décider du sort d’Idleb
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Syrie: sommet tripartite à Téhéran pour décider du sort d’Idleb

L'Iran, la Russie et la Turquie parrainent les belligérants en Syrie, soutenant les autorités de Damas pour Téhéran et Moscou, et les rebelles pour Ankara

(Montage) De gauche à droite : le président iranien Hassan Rouhani à New York, le 22 septembre 22 ; le président turc Recep Tayyip Erdogan à Londres le 15 mai 2018 et le président russe Vladimir Poutine le 7 juin 2018 à Moscou. Ils sont réunis à Téhéran le 7 septembre pour un sommet tripartite sur le sort de la province d'Idleb, en Syrie. (Crédits : AFP PHOTO / AFP PHOTO et SPUTNIK)
(Montage) De gauche à droite : le président iranien Hassan Rouhani à New York, le 22 septembre 22 ; le président turc Recep Tayyip Erdogan à Londres le 15 mai 2018 et le président russe Vladimir Poutine le 7 juin 2018 à Moscou. Ils sont réunis à Téhéran le 7 septembre pour un sommet tripartite sur le sort de la province d'Idleb, en Syrie. (Crédits : AFP PHOTO / AFP PHOTO et SPUTNIK)

Les présidents iranien, russe et turc se retrouvent vendredi à Téhéran pour un sommet sur le sort de la province d’Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle de Syrie où la communauté internationale redoute un désastre humanitaire imminent en cas d’offensive des forces loyalistes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est arrivé peu après 13h00 (08h30 GMT) à l’aéroport de Mehrabad, dans la capitale iranienne, précédant l’hôte du Kremlin, Vladimir Poutine, d’environ 40 minutes, selon des images de la télévision d’État.

L’Iran, la Russie et la Turquie parrainent les belligérants en Syrie, soutenant les autorités de Damas pour Téhéran et Moscou, et les rebelles pour Ankara.

Devenus incontournables dans le conflit, les trois pays pilotent le processus d’Astana, série de discussions de paix lancée après l’intervention militaire russe de 2015, qui a totalement changé la donne dans cette guerre en remettant en selle le président Bachar Al-Assad. Le processus d’Astana a éclipsé les négociations de Genève dirigées par l’ONU.

La rencontre de Téhéran a lieu quelques heures seulement avant une autre réunion sur la situation à Idleb, convoquée par les États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les présidents iranien, russe et turc ont commencé vendredi après-midi une réunion au sommet à Téhéran pour décider du sort de la province d’Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle de Syrie, selon un photographe de l’AFP.

Hassan Rohani, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont retrouvés dans un centre des congrès du nord de la capitale iranienne au moment où la communauté internationale a les yeux rivés sur Idleb et redoute un désastre humanitaire alors qu’une offensive des forces loyalistes semble imminente.

Selon la télévision d’État, les trois dirigeants auront chacun « des rencontres bilatérales » en marge de leur sommet.

La lutte contre « le terrorisme » à Idleb est inévitable mais ne doit « pas faire souffrir les civils », a déclaré vendredi à Téhéran le président iranien Hassan Rohani lors d’un sommet consacré à cette poche rebelle syrienne avec ses homologues russe et turc.

« Combattre le terrorisme à Idleb est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie, mais ce combat ne doit pas faire souffrir les civils ou entraîner une politique de la terre brûlée », a déclaré M. Rohani.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde vendredi contre un « bain de sang » en cas d’offensive du régime syrien sur la province rebelle d’Idleb, à l’ouverture du sommet.

Une offensive sur Idleb provoquerait « une catastrophe, un massacre et un drame humanitaire », a déclaré M. Erdogan. « Nous ne voulons absolument pas qu’Idleb se transforme en bain de sang », a-t-il ajouté devant ses homologues iranien, Hassan Rohani, et russe, Vladimir Poutine, dont les pays soutiennent le régime syrien.

Il a appelé à la mise en place un cessez-le-feu dans la province syrienne d’Idleb que le régime de Damas veut reprendre.

« Si nous arrivons à émettre une déclaration de cessez-le-feu ici, alors ce serait l’un des résultats les plus importants de ce sommet et cela apaiserait grandement les populations civiles », a déclaré M. Erdogan.

Le gouvernement syrien « a le droit » de reprendre le contrôle de la totalité du territoire national, a affirmé vendredi le président russe Vladimir Poutine alors qu’une offensive du régime semble imminente à Idleb, dernière poche rebelle en Syrie.

« Le gouvernement syrien a le droit de prendre sous son contrôle la totalité de son territoire national, et doit le faire », a déclaré M. Poutine face à ses homologues iranien et turc.

M. Poutine a accusé les « éléments terroristes » à Idleb de « continuer les provocations, les raids à l’aide de drones, les bombardements ».

« Nous ne pouvons pas l’ignorer (…) Nous devons régler ensemble ce problème », a-t-il ajouté.

Conquis en 2015 par les insurgés, Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, est leur dernier grand bastion dans le pays. C’est là qu’ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils évacués d’autres bastions de l’opposition repris par les forces loyalistes à travers le pays.

Des rebelles syriens du Front national de la Libération, près du village d’Abu Dali, dans la province d’Idleb, le 1er septembre 2018. (Crédit : AFP / Nazeer AL-KHATIB)

Jeudi, des centaines de civils ont commencé à fuir la zone par crainte d’un assaut imminent des troupes gouvernementales.

Déterminé à reprendre l’ensemble du territoire et fort du soutien militaire russe et iranien, le pouvoir de Damas a massé des renforts aux abords de la province, frontalière de la Turquie et dominée par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), mais qui accueille aussi d’importantes factions rebelles.

Damas, Moscou et Téhéran doivent cependant tenir compte de la position de la Turquie, qui dispose de troupes à Idleb et craint un afflux massif de réfugiés sur son territoire.

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a rappelé vendredi matin la position russe selon laquelle « une liquidation totale et définitive des terroristes sur tout le territoire de la Syrie est nécessaire ».

« Pire catastrophe humanitaire »

L’Iran a assuré Damas de son « soutien » et de sa volonté de « poursuivre son rôle de conseiller et son aide pour la prochaine campagne d’Idleb ».

La rencontre entre MM. Rohani, Poutine et Erdogan pourrait déterminer l’ampleur et le calendrier de l’offensive contre Idleb.

La Turquie, qui dit craindre un « massacre », a affirmé qu’elle allait tenter à Téhéran d’empêcher un assaut.

Selon un journal turc, elle doit soumettre un plan prévoyant l’évacuation des groupes armés d’Idleb.

La ville rebelle de Muhambal,dans la province d’Idleb, le 4 septembre 2018, ravagée après une frappe attriibuée à la Russie. (Crédit : AFP / OMAR HAJ KADOUR)

Aux termes de ce plan rapporté par le quotidien progouvernemental Sabah, douze « groupes armés », dont HTS, qui domine 60 % de la province, devront déposer les armes.

L’Iran, de son côté, a assuré vouloir aider Damas à chasser les insurgés d’Idleb « avec le moins possible de pertes humaines ». « La Russie fait tout ce qui est en son pouvoir pour que les pertes humaines et le préjudice pour la population civile d’Idleb soient réduits au maximum », a affirmé mercredi Mme Zakharova.

Quelque trois millions d’habitants vivent dans la province d’Idleb et les quelques poches insurgées dans les provinces voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l’ONU. Près de la moitié sont des déplacés.

Mercredi, les Nations unies ont mis en garde contre un « bain de sang » à Idleb, craignant qu’une offensive ne provoque une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite depuis le début du conflit syrien.

Dans une communiqué commun, huit ONG internationales actives en Syrie, dont Save The Children, ont appelé les « dirigeants mondiaux » qui se réunissent vendredi à Téhéran et New York à « travailler ensemble pour éviter » que survienne « la pire catastrophe humanitaire en sept ans de guerre en Syrie »

La Maison Blanche a mis en garde mardi Damas et ses alliés russe et iranien contre un recours aux armes chimiques à Idleb. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a réaffirmé jeudi la détermination de la France « à n’accepter aucune dérogation à la non prolifération chimique ».

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